Le 28 avril, journée mondiale de la sécurité et de la santé au travail, était l’occasion de rendre visibles, non seulement les travailleurEs mortEs au travail, mais aussi toutes les attaques patronales et des gouvernements contre nos droits, notre santé et notre sécurité au travail.
Entre autres initiatives, un rassemblement de plusieurs centaines de cheminotEs, de postierEs, d’enseignantEs et d’agentEs publics à Paris entendait visibiliser ces sujets et dénoncer le déni et les carences des employeurs.
Sinistre bilan
Ce bilan du macronisme est indiscutable : en 2024, au moins 820 personnes sont mortes au travail, une augmentation de 208 cas, soit 34 % par rapport à 2017, date de la première élection de Macron. Chiffre minorant qui ne prend en compte ni les fonctionnaires ni les autoentrepreneurEs. Soit, en réalité, au moins trois décès par jour, un sinistre record d’Europe. Une accidentalité qui concerne en premier lieu les ouvrierEs, les travailleurEs faiblement qualifiéEs, les intérimaires et les plus jeunes, souvent en contrat précaire et, de plus en plus souvent, les femmes.
Sans compter que la très officielle Commission sur la sous-estimation des accidents du travail et des maladies professionnelles estime, sur la base d’une enquête du ministère du Travail menée en 2024, que 64 % des arrêts de travail ne seraient pas déclarés, pour un coût annuel estimé entre 2,1 milliards et 38 milliards d’euros, solvabilisés par la branche maladie de la Sécu.
Services publics
Les gouvernements qui se sont succédés ont fait le choix d’une gestion purement capitalistique des établissements publics, avec comme leviers de croissance la destruction de l’emploi et la réduction de la portée des missions de service public. À l’arrivée, ce sont des cadences de travail qui s’accélèrent, aux effets désastreux sur la santé et les conditions de travail des salariéEs.
Dans le rail, depuis le 1er janvier, 12 cheminots se sont suicidés et l’accidentologie globale a augmenté de près de 16 %. Derrière ces drames, il y a des choix politiques, l’ouverture à la concurrence, l’intensification du travail, l’augmentation des charges physiques et mentales, la fatigue accrue et les expositions plus fortes aux risques. Pendant ce temps, l’emploi chutait de 3 %.
À La Poste, depuis 2003, 165 347 départs n’ont pas été remplacés. Une machine à broyer qui en rappelle une autre, France Télécom et son sinistre bilan.
Dans l’Éducation nationale, le déni est très installé et les personnels meurent en silence, même si quelques cas emblématiques ont pu briser l’omerta ces dernières années, des directrices d’école se suicidant dans leur école comme Christine Renon pour cause d’épuisement, ou Caroline Grandjean, victime d’insultes et de menaces lesbophobes. Deux révélateurs du profond malaise d’une profession. L’institution se dégage de ses responsabilités en réduisant ces drames à des « problèmes personnels », en refusant de communiquer des données sérieuses d’accidents, de maladies, de leur imputabilité au travail. Avec 1 médecin pour 16 000 agentEs, l’Éducation nationale délaisse totalement ses missions de prévention des risques.
Des causes connues et récurrentes
Les employeurs privés et publics ne prennent aucune mesure de protection suffisante pour éviter les accidents et les maladies. Individualisation, culpabilisation, refus de reconnaître la responsabilité des conditions de travail et donc de l’employeur sont au cœur de ces drames. La touche macronienne a été apportée par l’affaiblissement des institutions représentatives du personnel et notamment celles des CHSCT.
Face à l’augmentation des coûts (!) liés aux accidents du travail et des maladies professionnelles, le plan du ministère du Travail visant à « réduire l’absence au travail » ne propose comme mesure concrète que l’accompagnement des assuréEs en arrêt de travail, avec pour objectif de favoriser le maintien dans l’emploi et de faciliter le retour à l’activité, et un renforcement des contrôles afin de lutter contre les abus.
Dans tous les secteurs, dégradation des conditions de travail et de service, précarisation de l’emploi entraînent accidents du travail, maladies professionnelles, souffrance, maladies psychiques, décès et suicides… les raisons de se mobiliser et d’être en colère sont nombreuses. Tout le monde devrait rentrer chez soi, en bonne santé après une journée de travail.
Commission intervention sur les lieux de travail