Sans grande possibilité d’atténuer le choc économique provoqué par la guerre dans le Golfe, l’Afrique apparaît plus fragilisée dans un monde où prévaut la loi du plus fort.
À l’exception d’un missile aperçu dans le ciel égyptien, le continent reste pour l’heure à l’écart du conflit déclenché par les États-Unis et Israël contre l’Iran, tant que les Houthis, alliés du régime des mollahs, préfèrent consolider leur pouvoir dans le nord du Yémen. Le risque de bombardement par leurs forces sur les positions israéliennes de l’archipel de Dahlak et du mont Soira en Érythrée, ou encore sur la base militaire américaine de Djibouti, est donc pour l’instant écarté.
Conséquences spécifiques
Au Nigeria, où la communauté chiite est importante, le Mouvement islamique du Nigeria a organisé des manifestations dans plusieurs grandes villes du Nord, mais aussi à Lagos et à Abuja. Une partie de cette communauté pourrait se radicaliser, d’autant que le gouvernement a autorisé une présence militaire des États-Unis sur le territoire.
Autre possibilité : la réduction par Dubaï de son soutien en armement aux Forces de soutien rapide du Soudan et à l’Armée nationale libyenne du maréchal Haftar.
La flambée du prix du pétrole inquiète particulièrement les pays enclavés. À cet égard, le Mali est parmi les plus durement touchés : il doit importer bien plus que ses besoins habituels afin d’anticiper les bombardements des groupes islamistes contre les convois de camions-citernes approvisionnant Bamako.
Une économie encore plus fragilisée
À l’exception des exportateurs de pétrole et de gaz — comme l’Angola, le Nigeria ou l’Algérie — susceptibles d’en tirer un bénéfice relatif, la majorité des pays africains subissent une hausse brutale du coût de l’énergie sans disposer de marges de manœuvre, qu’il s’agisse de réserves stratégiques ou de capacités budgétaires. Les crises successives — la pandémie de Covid-19 puis la guerre en Ukraine — ont déjà profondément ébranlé les économies africaines.
Depuis le début du conflit, les monnaies locales sont délaissées au profit du dollar, alourdissant le service de la dette et le coût des importations, ce qui accentue l’inflation. Celle-ci est également nourrie par la désorganisation des chaînes d’approvisionnement, perturbées par le blocage du détroit d’Ormuz.
Répercussions à moyen terme
À moyen terme, les effets risquent d’être lourds. En une décennie, les pays du Conseil de coopération du Golfe ont investi près de 100 milliards de dollars en Afrique dans les domaines des ports, de la logistique, de l’énergie et des technologies. Désormais, ces priorités financières seront réorientées vers la réparation et la reconstruction des infrastructures bombardées par l’Iran.
Les exemples répétés de violation du droit international des grandes puissances affaiblissent davantage l’Afrique et encouragent les ambitions territoriales de certains dirigeants comme Paul Kagamé, Abiy Ahmed en Éthiopie ou Mohammed VI. Ces dynamiques risquent d’accentuer des conflits souvent ignorés par la communauté internationale.
Paul Martial