Traduction de l’espagnol (Argentine) par Laura Alcoba. Éditions Métailié, 2026, 200 pages, 21 €.
Neuf nouvelles, neuf voix, neuf destins, neuf tranches de vie de trans, de prostituéEs, d’enfants et de femmes maltraitéEs qui disent à l’unisson, parfois avec une complicité joyeuse, les féroces réalités vécues.
« La haine qu’on nous porte est patrimoine de l’humanité », déclare la narratrice, « trans latina, coiffeuse à Harlem », du premier récit.
D’autres Amériques
Au fil des histoires, on voit la réponse à la violence subie se loger précisément dans l’humanité que dessine l’autrice. Avec un style à la fois oral, frontal et sincère, elle transforme le quotidien le plus atroce en une poésie percutante et chaleureuse, en donnant vie à une galerie de personnages dont on se sent inévitablement proches.
Des figures connues, comme Billie Holiday. Des personnages historiques, comme le travesti indien du Mexique de « Cotita de la Encarnación », torturé et brûlé en 1657. Des enfants confrontés à l’exclusion. Une « amoureuse de location » qui offre ses services d’alibi-escort à des homosexuels « au placard ». Des prostituées trans qui font des rencontres malheureuses avec des rugbymen, ou plus heureuses avec les Sœurs de la Compassion, dont l’une porte le nom de la star colombienne Shakira.
« Les tristes révérences que j’ai faites au monde pour ne pas me faire trucider » : tel est le quotidien de celles et ceux que la société bien-pensante refoule.
L’action salutaire des oppriméEs
Les histoires de ce recueil sont traversées par un souffle de révolte. Transphobie, racisme, mépris de classe et sexisme sont battus en brèche par des personnages qui font des choix et s’imposent, parfois par la vengeance. Ainsi, une grand-mère arme sa petite-fille : « Quand ils arriveront, si un de ces fils de pute descend de la camionnette, tu vises la tête. »
Pour raconter ces histoires au plus proche de ces vies, l’autrice adopte le point de vue de ses protagonistes ou utilise la première personne, assumant la dimension autobiographique de son écriture, comme dans son premier roman, Les Vilaines (2021).
Sous la plume de Camila Sosa Villada, les oppressions se croisent mais, même cabossés par la vie, malmenés par les préjugés, les rejets et les agressions, les personnages gardent le cap de valeurs humaines généreuses. Les biens volés aux riches rugbymen paieront d’abord le loyer puis les ingrédients pour cuisiner et partager des scones avec les amiEs. La haine endurée trouve son exutoire dans la solidarité, la sororité, le partage et parfois… la nécessaire vengeance.
Aurélie