Publié le Lundi 2 février 2026 à 18h37.

Goya de père en fille et Marcher dans tes pas, de Leonor de Recondo

Goya de père en fille. Verdier, 64 pages, 7,00 €.

Marcher dans tes pas. L'Iconoclaste, 242 pages, 20,90 €.

Leonor de Recondo, c'est d'abord une plume : magnifique, sobre et directe, poétique et musicale, sensible et vibrante, qui touche au cœur ses lecteurEs ! Autrice singulière s'il en est, elle publie deux livres presque simultanément, et dans l'un – Marcher dans tes pas – parle de l'autre – Goya de père en fille.

La pierre angulaire de l'un comme de l'autre, ce pourrait être le fameux – dans tous les sens du terme – gâteau de riz, abandonné sur la table de la cuisine le 18 août 1936, dans la maison d'Irun que la famille abandonne en quelques minutes sous la menace de l'arrestation que leur fait craindre la progression des factieux franquistes au Pays basque. C'est que pour passer le pont qui mène en France, il faut sembler partir en pique-nique, donc les mains quasiment vides.

Un bon gâteau

Le gâteau de riz ne sera jamais mangé – il ne peut qu'en être définitivement le meilleur ! – par celui pour qui il est confectionné, le jeune Jean, sept ans, dont c'est justement l'anniversaire. Son petit frère Félix, lui, a quatre ans lorsque sa maman, Enriqueta, les conduit jusqu'à Hendaye où leur vie va basculer définitivement dans l'exil.

Enriqueta, la grand-mère de l'autrice, est le personnage central de Marcher dans tes pas, Félix, fils d'Enriqueta, père de Leonor, celui de Goya de père en fille. L'on pourrait dire, sans doute, de l'exil qu'il est celui de l'œuvre de Leonor de Recondo ! Déjà, dans Rêves oubliés (Wespieser, 2012), l'autrice installe dans les Landes sa famille de nationalistes basques militantEs, menacéEs par l'Espagne franquiste et si mal accueilliEs par une France lâche et déjà policière.

La France, l'Espagne et l’art

Violoniste de profession, Leonor de Recondo promène sa vie au milieu de la création artistique dont ses parents l'ont entourée – elle peintre, lui sculpteur et peintre – et qu'iels lui ont léguée. Pietra viva (Wespieser, 2013) et Le grand feu (Grasset, 2023) en témoignent, qui racontent les émois et la force qui animent ses personnages hors du commun confrontés à leur entrée en création.

Goya de père en fille permet à l'autrice de remonter aux sources, aux origines de l'œuvre qui relie son père, Félix, à Goya. Les images – depuis la France de l'exil – de l'un (Prison), comme en écho à celles – depuis l'Espagne résistant à l'agression française – du grand peintre espagnol (Les Désastres de la guerre).

L'Espagne, justement ! Les deux ouvrages font état de la démarche de Leonor de Recondo, qui a décidé, dans le cadre de la loi espagnole sur les petits-enfants, ou Loi de la mémoire démocratique (2022), de demander la nationalité espagnole en sa qualité de petite-fille d'exiléEs politiques. Hésitante, pleine de doutes quant à sa légitimité à le faire, Leonor va au bout de la démarche. Une réparation, une restitution, qui entérine le fait que l'Espagne, jamais, ne vous laisse en paix. Foi de Claude Moro.

Claude Moro