Publié le Jeudi 19 novembre 2020 à 16h29.

Des stratégies et des partis

La route des révolutionnaires serait simple s’il suffisait d’affirmer nos idées pour gagner les masses, si celles-ci n’attendaient que la bonne orientation, la bonne ligne politique pour faire face aux événements. L’expérience historique nous apprend que les routes sont bien plus sinueuses.

 

Une telle conception n’a rien de matérialiste. Les idées ne sont pas suspendues en l’air. Elles n’ont de sens que dans leurs interactions avec le monde tel qu’il est. Les expériences historiques montrent la difficulté pour les révolutionnaires à s’adapter aux nouvelles situations, de l’actualité de la révolution en Russie et de l’apparition des soviets aux Gilets jaunes. De plus, percevoir le sens d’un phénomène politique ne garantit pas de parvenir à s’y mêler, à en intégrer les dynamiques et à les influencer. On a pu le voir pendant les grands épisodes révolutionnaires des années trente, où dans des conditions particulièrement difficiles les groupes trotskistes n’ont pas réussi à développer une influence de masse, ou encore aujourd’hui avec les révoltes dans les quartiers populaires, les luttes pour le climat ou contre les violences policières voire les mobilisations féministes.

Pour comprendre et peser, il faut accepter d’abandonner la conception fausse héritée du vingtième siècle selon laquelle l’histoire des partis serait un progrès continu : la Iere Internationale aurait rassemblé le mouvement ouvrier sans distinction dans la période de l’émergence du mouvement ouvrier et de la constitution du prolétariat en classe, la IIe aurait apporté la séparation avec les anarchistes, la IIIe le clivage entre réforme et révolution, la question du double pouvoir et de l’État, et la IVe les apports sur la bureaucratie, le fascisme et la théorie de la révolution permanente. Tout cela n’est pas faux, mais cette vision tend à  envisager un progrès linéaire de la construction du clivage entre les classes dans lequel il suffirait d’affirmer les bonnes idées pour avancer.

Théories et pratiques

Il y a deux erreurs dans cette conception. La première est de croire que, depuis la Première Guerre mondiale et la révolution russe, les révolutionnaires ont vocation à se séparer systématiquement des réformistes. La seconde serait de croire que les partis se fondent sur une théorie plutôt que sur une pratique.

Ce second point est sans doute le plus faux. Au contraire, les bascules, regroupements et séparations découlent bien souvent de positionnements concrets par rapport à des événements historiques importants.

Ainsi, l’AIT, la Iere Internationale, « est établie pour créer un point central de communication et de coopération entre les sociétés ouvrières des différents pays aspirant au même but, savoir : la protection, le progrès et le complet affranchissement de la classe ouvrière. »

La scission de 1903 entre bolcheviks et mencheviks, qui constitue pourtant les prémices des différences entre IIere et IIIere Internationale, ne se concrétise pas sur le clivage entre réforme et révolution mais sur le fonctionnement, les contours du parti (Lénine défend une version des statuts où pour être membre du parti, il faut appartenir à une de ses instances, tandis que ses opposants estiment qu’il suffit d’agir « sous contrôle » d’une de ses instances1. D’ailleurs, Rosa Luxemburg s’oppose à cette scission et Lénine lui-même œuvre de toutes ses forces à tenter de l’éviter2. De son côté, si elle combat le réformisme et l’intégration au système bourgeois dans le SPD allemand, elle n’envisage pas de sortir du parti. La Ligue Spartakus, fondée en 1914 comme tendance du SPD, ne devient indépendante qu’en 1918.

Ce sont les positionnements par rapport à la Première Guerre mondiale, et surtout par rapport à la révolution russe, qui détermineront les contours futurs des deux internationales.

La IVe Internationale est fondée sur la base de l’opposition communiste au stalinisme, de la défense de l’URSS et du front unique. La JCR puis la Ligue communiste sont fondées autour d’une pratique et d’une analyse de Mai 68 débouchant sur la conception des « trois secteurs de la révolution mondiale », révolution dans les pays capitalistes, révolution politique dans les pays de l’Est, révolution permanente dans les pays dominés.

La principale illustration de la délimitation de partis par le biais du programme, la IIIe Internationale, est un contre-exemple puisque les « 21 conditions d’adhésion à l’Internationale communiste » n’ont pas empêché la stalinisation, la bureaucratie, la défense de l’impérialisme et le réformisme qui ont gagné l’ensemble des partis en quelques années.

C’est de ces exemples et ces expériences qu’est venue l’idée que le parti se construit sur une « compréhension commune de la situation et des tâches qui en découlent ». Nous y reviendrons.

La séparation entre réformistes et révolutionnaires n’est pas un invariant historique

Deuxième mythe, à faire tomber, l’idée que les révolutionnaires chercheraient systématiquement à se délimiter sur le plan organisationnel.

Dans les années trente, Trotsky œuvre de toutes ses forces à la construction de groupes révolutionnaires indépendants dont il estime qu’ils connaîtront de grands succès, même en étant petits (quelques dizaines de milliers de personnes tout de même…). Mais il comprend que la construction du parti révolutionnaire peut emprunter des voies très variées. Ainsi, en Espagne en 1931, après la défaite de l’opposition unifiée en URSS et sa propre expulsion du pays, il écrit : « les communistes espagnols doivent refaire leur unité : ce mot d’ordre constituera sans doute, dans la période qui vient, une formidable puissance d’attraction, laquelle grandira en même temps que l’influence du communisme. Les masses, et même leur élite, n’accepteront de fractions que celles qui leur seront imposées par leur propre expérience. Voilà pourquoi, me semble-t-il, le mot d’ordre du front unique en direction des ouvriers syndicalistes et socialistes doit s’accompagner de celui de l’unification des communistes, sur une plate-forme déterminée3 » puis « Les dissensions des communistes agaceront les masses. Celles-ci imposeront l’unité – sans doute pas pour toujours, car les événements peuvent encore rejeter les diverses tendances dans des voies différentes ; mais, pour la période qui vient, le rapprochement des fractions communistes me paraît tout à fait inévitable. Sur ce point, comme dans la question du boycottage et dans toute autre question politique d’actualité, la fraction qui aura pris l’initiative de refaire l’unité des rangs communistes en retirera le bénéfice4. »

En 1936, après avoir dénoncé le POUM, qu’il qualifie de « centriste », c’est-à-dire de parti qui oscille entre réforme et révolution, après avoir rompu avec ses dirigeants, il se retourne vers eux au début de la guerre pour lui proposer une collaboration militante : « s’il y a des divergences de programme ou de méthodes, même après l’expérience faite, ces divergences ne devront nullement empêcher un rapprochement sincère et durable. L’expérience ultérieure fera le reste5. »

En 1934, après l’arrivée au pouvoir d’Hitler, qui tranche pour Trotsky la nature de la IIIe Internationale et justifie de construire la IVe, il écrit à propos de la France : « Celui qui écrit “La IIe, ainsi que la IIIe Internationales sont condamnées ; l’avenir est à la IVe Internationale”, exprime une idée dont la justesse est à nouveau confirmée par la situation actuelle en France. Mais cette idée, juste en elle-même, ne révèle encore rien, ni comment, ni dans quelles circonstances et délais elle sera constituée. Elle peut naître – théoriquement, ce n’est pas exclu – de l’unification de la IIe et de la IIIe Internationale, d’un regroupement des éléments, épurés et trempés, de leurs rangs dans le feu de la lutte. Elle peut se former aussi à travers la radicalisation du noyau prolétarien du parti socialiste et la décomposition de l’organisation stalinienne. […] ». Plus loin, « L’adhésion de la Ligue au parti socialiste peut jouer un grand rôle politique. Il existe en France des dizaines de milliers d’ouvriers révolutionnaires qui n’appartiennent à aucun parti. Beaucoup sont passés par le PC : ils l’ont quitté avec indignation ou en ont été exclus. Ils ont conservé leur ancienne opinion du parti socialiste, c’est-à-dire qu’ils lui tournent le dos. Ils sympathisent ou sympathisent partiellement avec les idées de la Ligue, mais n’y adhèrent pas, parce qu’ils ne croient pas que, dans les conditions actuelles, un troisième parti puisse se développer6 ».

Il ne s’agit pas de considérer que Trotsky avait absolument raison, mais de comprendre que le débat sur la pertinence de la séparation organisationnelle entre réformistes et révolutionnaires est un problème qui a toujours existé, même si ses conditions ont évolué à travers l’histoire.

Parti et conscience de classe

En effet, les dirigeantEs révolutionnaires qui ont laissé leur trace dans l’histoire comprenaient que la conscience de classe et la théorie révolutionnaire sont des objets complexes, qui ne supportent pas d’être déconnectés de la réalité de la conscience des masses d’elles-mêmes, de la situation – des rapports de forces – et de la vision que les masses ont de la stratégie révolutionnaire. Sans cet aller-retour entre la théorie et la pratique, la théorie devient une idéologie. Engels, cité par Jakubowsky, écrit « l’idéologie est un processus que le soi-disant penseur accomplit sans doute consciemment, mais avec une conscience fausse7 ». Jakubowsky poursuit : « Le concept total d’idéologie cherche à découvrir les liens structurels objectifs auxquels correspond l’ensemble du point de vue adverse, sa façon de voir8 ». Ainsi, pour comprendre la conscience des masses, s’y lier et peser dessus, il est nécessaire de comprendre ce qui la produit, y compris par ce que les autres courants politiques formulent.

Et, réciproquement, « c’est bien moins la théorie, la science, la compréhension idéelle de la totalité de la société que l’expérience pratique qui presse les travailleurs avancés sur la voie de l’organisation continue et accroît la conscience de classe9. »

C’est cette préoccupation de ne pas être isolés des masses et d’accélérer les prises de conscience qui a poussé les révolutionnaires à ne pas ériger, comme nous l’avons vu, en absolu, la séparation avec les réformistes. Et, face aux bouleversements de la fin du XXe siècle, notamment la chute de l’URSS, et à la crise de la conscience de classe, des perspectives d’émancipation et des partis communistes, à reconsidérer la question.

Ainsi, sans revenir sur la différence faite par Marx entre le parti historique et le parti éphémère, Engels ne voulant pas avoir de rapports avec le « “prétendu parti révolutionnaire lui-même”, devenu dans la défaite “une pépinière de scandales et de bassesses10” », observons les raisons qui poussent les révolutionnaires à participer à la construction de partis non entièrement délimités. Pour revenir en arrière dans le temps, lorsque Trotsky pousse à la construction du Labor Party aux États-Unis dans les années trente, il argumente : « Parce que le déclin du capitalisme se déroule dix — cent — fois plus vite que le développement de notre parti. C'est une nouvelle contradiction. La nécessité d'un parti politique des travailleurs est donnée par les conditions objectives, mais notre parti est trop petit, manque d'autorité pour organiser les travailleurs dans ses propres rangs. C'est pourquoi nous disons aux ouvriers, aux masses : “II vous faut un parti.” Mais nous ne pouvons pas leur dire immédiatement de rejoindre notre parti. Dans un meeting de masse, cinq cents seraient d'accord sur la nécessité d'un Labor Party, mais cinq seulement le seraient pour adhérer au nôtre, ce qui montre que le mot d'ordre d'un Labor Party est un mot d'ordre d'agitation. Le second est pour l'avant-garde11. »

Concernant la France : « La fusion des deux partis [PCF et SFIO] signifierait la possibilité de recommencer. Tout est là. Le mouvement ouvrier est poussé dans une impasse historique… La fusion ouvrirait la voie à la discussion, à l’étude, à la lutte de fraction sur une grande échelle, et, en même temps, à la cristallisation d’un nouveau parti révolutionnaire. Le recul historique consiste non seulement dans l’attitude de la bureaucratie stalinienne, mais aussi en ce que cette fraternisation sans contenu présente un formidable progrès par rapport à l’impasse absolue… Terrible dialectique12… »

« La possibilité de recommencer », c’est bien ce qui obsède les révolutionnaires dans les années 80 et 90, au cœur de la contre-offensive libérale dont la chute de l’URSS est une étape décisive. Il s’agit, dans un contexte très différent de celui des années 30 – dans laquelle les partis ouvriers regroupent des centaines de milliers de membres, avec des références politiques émancipatrices – de recommencer à construire des partis ouvriers, des partis de classe, avec une délimitation qui n’est pas celle du trotskisme. Pour ce qui concerne la IVe Internationale, l’orientation est formulée de cette façon : « Notre orientation est-elle de construire des partis larges rassemblant tous les courants se situant à gauche de la social-démocratie libérale, comprenant à la fois des courants réformistes “antilibéraux” issus de partis sociaux-démocrates ou staliniens et des courants révolutionnaires ?13 » Pour Laurent Carasso, « Cette délimitation de partis larges a été en gros celle de partis ou de regroupements comme Die Linke (Allemagne), Synaspismos/Syriza (Grèce), l’ÖDP (Turquie), Respect (Grande-Bretagne), Rifondazione comunista (Italie) et le Parti des travailleurs (Brésil, au cours des années suivant sa création). »

L’appel à créer un nouveau parti, en 1995, par Lutte ouvrière, était formulé publiquement de cette façon – après bien des débats internes : « Nous discuterons avec tous ceux qui l'accepteront pour envisager les conditions de la création d'un grand parti se plaçant résolument et uniquement sur le terrain de la défense politique des exploités. » En 1968, elle avait appelé à la création d’un parti regroupant tous les « gauchistes ». Le SWP a concrétisé le même type de démarche avec la coalition Respect. Les lambertistes avec le Parti des travailleurs et les post-morénistes du PTS argentin avec le Front de gauche et des travailleurs.

Il s’agit, avec des conceptions différentes et surtout des réalités militantes, de tenter de dépasser les frontières du parti et de regrouper plus largement.

Des trahisons inévitables ?

Les résultats de ces expériences sont très variables. Le Parti des travailleurs du Brésil, le Parti de la refondation communiste en Italie, Podemos dans l’État espagnol et Syriza ont à la fois été des organisations qui ont regroupé des dizaines de milliers de membres, ont accompagné la construction de mobilisations importantes et la reconstruction de la classe – en particulier les deux premiers – et ont connu une intégration au capitalisme et à ses institutions qui les amènent à contribuer aux attaques des classes dominantes.

Manuel Garí explique en quoi Podemos a permis de bousculer le jeu politique dans l’État espagnol, entre le PSOE et le Parti populaire, mais aussi l’intégration des syndicats14. Le Parti des travailleurs au Brésil a accompagné la reconstruction du mouvement ouvrier après la dictature. Le PRC italien, lui, a combattu le passage à la social-démocratie du vieux PCI et a joué un rôle moteur dans le mouvement altermondialiste, qui a dynamisé le mouvement ouvrier mondial au début des années 2000.

Construire ces organisations était vu comme un outil pour faire progresser la conscience de classe propageant une série de revendications sociales, démocratiques, parfois transitoires, en tous cas radicales. Et, inversement, ces organisations, malgré leurs défauts, étant prêtes à participer aux mouvements de masse, de les mettre sous pression des mobilisations pour afin que les débats politiques s’élargissent, que les décantations se réalisent sous la pression de la pratique, des vérifications dans l’action.

Mais ces organisations ont fini par intégrer ou même diriger des gouvernements libéraux, sans que cela provoque de révolte massive à l’intérieur et des ruptures conséquentes. Les militantEs de la IVe Internationale en sont sortiEs, avec des groupes plus ou moins importants, mais sans parvenir à scinder ces partis.

 

On en peut en tirer quelques leçons très générales.

La première est que ces organisations  se sont construites comme représentants politiques de montées des luttes, avec une phraséologie radicale – à l’image également de La France insoumise – mais avec une grande instabilité. Cette instabilité est à chercher, selon les organisations, dans la participation de dirigeants très bureaucratisés et intégrés à l’appareil d’État, dans la faiblesse d’implantation et de structuration à la base et dans les difficultés de la situation politique. Dans les périodes de reflux, les directions de ces organisations ont été très rapidement absorbées par les logiques institutionnelles, ont effectué de violents tournant à droite et combattu avec acharnement les secteurs de gauche, en particulier les révolutionnaires, afin de couper toute possibilité de contestation de leur hégémonie. Cette trajectoire semble inévitable, car il n’y a pas de contre-exemple où ce seraient les secteurs de gauche qui prendraient le dessus sur les secteurs droitiers.

La seconde découle de la première : il est indispensable d’anticiper ces ruptures qui adviennent tôt ou tard et de les préparer. Les courants révolutionnaires qui ne l’ont pas fait et qui ont participé à ces expériences de façon trop peu délimitée n’ont pas réussi à structurer des secteurs oppositionnels significatifs. Il leur a été difficile de choisir le moment adéquat pour sortir et ont parfois perdu des secteurs de leur propre courant. C’est le cas au Brésil, où une partie de la DS est passée à la majorité.

Troisièmement, cette préparation doit mener de manière combinée la bataille démocratique contre la bureaucratisation accélérée de ces partis, la bataille d’orientation et la préparation à la construction organisationnelle d’un nouvel outil militant. Dans Podemos, selon Manuel Garí, c’est le deuxième point qui a été trop faible du côté d’Anticapitalistas15. Dans le PRC, c’est sans doute le dernier qui a conduit à l’éclatement de Sinistra anticapitalista en deux morceaux qui restent néanmoins solidaires.

Quatrième leçon, et non des moindres : les expériences ne fournissent aucune preuve sur l’efficacité de tel ou tel choix, entre la participation à un parti large et la construction d’une organisation révolutionnaire indépendante comme ça a été fait dans de nombreux pays, par exemple avec la LCR en France ou la SWP au Royaume-Uni, mais, même s’il faudrait tempérer avec les leçons de années 20 et 30 en Allemagne et les fiascos du KAPD et du KPD, les grandes révolutions ont montré la nécessité de construire des courants révolutionnaires délimités, suffisamment reconnus et identifiés pour pouvoir proposer aux masses des actions débouchant sur la prise du pouvoir par les travailleurs/ses. Ce n’est pas parce que ce n’est pas l’objet de cet article qu’il faudrait l’oublier…

Une compréhension commune de la situation et des tâches

Que l’on soit dans le cas de « partis larges » ou de forces politiques révolutionnaires délimitées, il est étonnant de voir à quel point est réelle la formule qui résume la réalité d’un parti à cette compréhension commune.

Lorsque les organisations larges ont basculé de la participation aux luttes vers une focalisation sur les élections et les positions institutionnelles, la rupture a été rapidement inévitable, car elles ont bientôt tourné le dos à bien des mobilisations16.

Des rapprochements entre la LCR et le SWP ont eu lieu dans la construction des mouvements altermondialiste et antiguerre. Le NPA s’est construit autour de la construction des luttes, de la reconstruction du mouvement ouvrier et d’une perspective de rupture avec le système.

Lorsque cette compréhension commue s’affaiblit voire disparait, alors le parti se disloque. C’est ce qui a touché nos camarades de Sinistra anticapitalista, divisé entre deux groupes l’un ayant comme sensibilité la construction dans le mouvement ouvrier et syndical, l’autre dans les mouvement alternatif et radical. Deux perspectives qui ne sont pas contradictoires théoriquement mais qui sont apparues comme des choix incompatibles dans la conjoncture.

De fait, on est ramené à une idée incontournable : le parti correspond à la structuration d’une fraction, plus ou moins importante, de la classe, autour d’objectifs militants. C’est un outil pour cet objectif, pour regrouper en son sein et autour de lui les militantEs qui se reconnaissent dans ces objectifs généraux. La théorie, le programme, sont des supports fondamentaux pour stabiliser, solidifier, permettre des choix plus pertinents et appuyés, mais ne constituent pas les délimitations concrètes, à moins de ne vouloir construire que des groupes sectaires qui n’ont pas vocation à gagner la majorité de la classe mais seulement à justifier leur propre existence.

Pour construire un parti dans la prochaine période, il y a donc urgence à reconstruire une « compréhension commune de la situation et des tâches qui en découlent ». Au vu de la situation, l’essentiel reste de combiner la reconstruction du mouvement ouvrier, l’implication dans la construction des luttes de classe et la défense d’une politique de rupture avec les institutions et le capitalisme.

  • 1. Un pas en avant, deux pas en arrière, Lénine, 1904.
  • 2. « Parti ou fraction/secte », Quatrième internationale, juillet-août-septembre 1980.
  • 3. Lettre à Andrés Nin, 31 janvier 1931.
  • 4. Lettre à Andés Nin, 15 février 1931.
  • 5. Lettre « à Nin et aux autres » envoyée à Jean Rous, 16 août 1936.
  • 6. « SFIO et SFIC : la voie du débouché », La Vérité n°220, numéro spécial de septembre 1934.
  • 7. Engels, Lettre à Mehring du 14 juillet 1893, in Études philosophiques, p.165.
  • 8. Franz Jakubowsky, Les superstructures idéologiques dans la conception matérialiste de l’histoire, EDI, p. 166.
  • 9. Ernest Mandel, « Lénine et le problème de la conscience de classe prolétarienne », disponible sur ernestmandel.org.
  • 10. Daniel Bensaïd, Stratégie et parti, Éditions La Brèche, p.74.
  • 11. Compte rendu sténographique d’une discussion avec des militants du SWP, 31 mai 1938.
  • 12. Cité par Daniel Bensaïd dans Stratégie et parti, p.113.
  • 13. « Rôle et tâches de la IVe Internationale », XVIe congrès, 1995.
  • 14. « Splendeur et crépuscule de Podemos : les raisons d’un adieu », Inprecor n°677, septembre 2020.
  • 15. Manuel Garí, « Anticapitalistas a commis une erreur au Congrès fondateur de Vista Alegre I. Comme le cadre du débat s’est centré sur le modèle organisationnel, elle a concentré ses efforts presque exclusivement sur la réponse à donner à la question démocratique interne – une question, certes, tout à fait importante – mais sans mener bataille avec suffisamment d’énergie pour un projet politique, ce qui aurait permis d’agréger autour d’Anticapitalistas les courants de radicalisation existants. », Ibid.
  • 16. Sur le PRC, voir « Italie : retour sur l’histoire de Rifondazione », Franco Turigliatto.