Publié le Mercredi 14 janvier 2026 à 04h00.

Les nôtres. Eleni Varikas

Militante trotskiste, théoricienne féministe et intellectuelle marxiste majeure, décédée en janvier 2026. Fille de Vasos Varikas, figure historique du trotskisme grec, elle s’est engagée très tôt dans le mouvement révolutionnaire, au sein du Front révolutionnaire communiste trotskiste, puis de l’OKDE après l’unification de 1977. Militante active du journal Roadblock, elle participa également aux premiers groupes féministes en Grèce, tout en restant toute sa vie fidèle aux principes de la 4e Internationale.
Eleni Varikas fut professeure associée à l’université Paris-8, membre du CNRS, et enseigna dans de nombreuses universités en Europe, aux États-Unis et en Amérique latine. Ses travaux ont marqué l’histoire du féminisme, la théorie critique, les études de genre et de race. Dans la Révolte des Dames : genèse d’une conscience féministe dans la Grèce au XIXe siècle (1830-1907), elle analyse les conditions matérielles et politiques de l’émergence du féminisme. Avec Pour une théorie féministe du politique, elle met en lumière la dimension profondément politique de la différenciation des sexes. Dans les Rebuts du monde, figures du paria, elle inscrit l’histoire des femmes aux côtés de celles des esclaves, des Juifs et des prolétaires, soulignant que « l’histoire des luttes des opprimés fait partie intégrante de l’histoire humaine ».

Nous nous associons à la Tendance Programmatique 4e Internationale et à l'OKDE Spartakos, pour saluer cet héritage intellectuel et politique, tout en adressant nos condoléances à son compagnon, notre camarade Michael Löwy.

Nous reproduisons ci-dessous l'hommage de la Tendance Programmatique 4e Internationale :

ELENI VARIKA (1949 – 2026)

C’est avec une grande tristesse que nous avons appris le décès, le 9 janvier 2026, de la militante de gauche et du mouvement féministe international, Eleni Varika. Eleni faisait partie de celles et ceux qui, dès les années 1970, ont marqué de leur empreinte les luttes en Grèce pour le développement du mouvement féministe et du courant de la Quatrième Internationale.

Elle est née en 1949 à Athènes, de Ioanna et Vassos Varikas – son père était un critique littéraire et théâtral de gauche très connu. Elle a étudié à la Faculté de philosophie de l’Université d’Athènes, puis à l’École des hautes études en sciences sociales et à l’Université Paris VII à Paris. Pendant son séjour d’études en France, elle a participé au mouvement antidictatorial et s’est liée à la Quatrième Internationale. Elle a pris part aux événements de Mai 1968, et en particulier à l’occupation du pavillon grec de la Cité internationale universitaire de Paris.

Après la chute de la dictature, elle est rentrée en Grèce et a joué un rôle de premier plan, en 1975, dans la création du Front communiste révolutionnaire (KEM) et de sa revue Odofragma (Barricade), une organisation déjà liée aux positions de la Quatrième Internationale avant même son unification, en 1977, avec la section grecque de la Quatrième Internationale, alors l’OKDE.

Parallèlement à son rôle dirigeant dans ces processus politiques, elle a été particulièrement active dans la création d’un cercle féministe, qui a évolué vers le « Mouvement pour la libération des femmes », lequel a introduit pour la première fois en Grèce des questions telles que l’avortement et la contraception – des sujets tabous jusque-là dans la société grecque. Il est caractéristique que, pour avoir traduit en grec Le Petit Livre rouge des élèves, un ouvrage danois abordant ces thèmes, elle ait été poursuivie par des milieux chrétiens, traduite en justice, et acquittée seulement après une vaste campagne de défense.

En 1981, elle est retournée à Paris avec une bourse pour préparer sa thèse sous la direction de Michelle Perrot, sur l’histoire du féminisme en Grèce. À partir de 1991, elle est devenue professeure à l’Université Paris VIII et chercheuse au Centre national de la recherche scientifique (CNRS). Elle a enseigné dans de nombreuses universités en France, en Suisse, aux États-Unis, au Brésil, ainsi qu’à Athènes et en Crète. Elle a écrit une série de livres et d’articles sur le féminisme, les hiérarchies sociales et le genre dans la théorie politique, traduits dans de nombreuses langues.

En Grèce ont été publiés ses livres Avec un visage différent : genre, différence et universalité et La révolte des dames. La genèse d’une conscience féministe en Grèce, 1883-1907.

Elle est toujours restée fidèle à ses convictions émancipatrices. Nous avons eu la chance, lors de ses visites relativement fréquentes en Grèce, avec son compagnon, l’intellectuel, penseur et dirigeant de la Quatrième Internationale bien connu, Michaël Löwy, de bénéficier plus directement de la discussion et de la collaboration avec eux. Eleni va très fort nous manquer, parce que ce qui émanait d'elle, c'est qu'elle savait pleinement apprécier les liens humains, l'amitié, la vie.

Ses obsèques civiles auront lieu à Paris, au cimetière historique du Père-Lachaise, le vendredi 23 janvier 2026.

TPT – « 4 »
Athènes, 13 janvier 2026

Photos sur le site de la TPT – « 4 »