Publié le Jeudi 17 mars 2016 à 07h47.

19 mars : « des manifestations contre l’inhumanité de l’Europe de la guerre, de l’austérité et du racisme »

Entretien. Membre de la Coordination nationale de la KEERFA (Mouvement Unis contre le racisme et la menace fasciste) en Grèce, Katerina Thoïdou revient sur le contexte dans lequel se prépare la journée internationale de manifestation du samedi 19 mars1.

Que va-t-il se passer ce 19 mars ?

Face à la politique barbare de l’Union européenne, le mouvement international de solidarité aux réfugiéEs s’apprête à répondre par une mobilisation sans précédent dans toute l’Europe le 19 mars. Il s’agit d’une mobilisation coordonnée qui s’étend de jour en jour, après l’appel commun de la KEERFA lors de la Rencontre internationale des mouvements antiracistes-antifascistes de plusieurs pays, organisée à Athènes en octobre dernier, afin de préparer cette journée. Des manifestations auront donc lieu en Grande-Bretagne, Autriche, Slovénie, Croatie, Pologne, Pays-bas, Danemark, France, Suisse, Chypre, Liban, Australie...

En Grèce, la manifestation centrale aura lieu à Athènes à 15h, suivie d’une marche vers les bureaux de l’UE. Des dizaines de syndicats, d’associations étudiantes, de communautés de migrantEs, de municipalités, ont pris la décision de participer. Des tracts ont été traduits et distribués dans les communautés de migrantEs et dans les camps de réfugiéEs, au port du Pirée et dans d’autres quartiers d’Athènes. Sept autres villes grecques appellent aussi à des manifestations. Ce 19 mars est la suite de la grande manifestation à la frontière gréco-turque à Evros les 23-24 janvier dernier.

Quelles sont les conséquences des décisions de l’UE pour les réfugiéEs et les migrantEs ?

Deux jours avant la manifestation, les 17 et 18 mars, aura lieu la conférence au sommet, où les dirigeants de l’UE avec la Turquie vont décider de la fermeture des frontières pour les réfugiéEs et les migrantEs et officialiser la décision du blocus barbare de la route des Balkans, la prise en charge par l’OTAN du rôle de gardien des frontières dans la mer Egée, ainsi que des expulsions avec la collaboration des gouvernements de Grèce et de Turquie. La fermeture des frontières au nom de la chasse aux passeurs, va obliger des centaines de milliers de réfugiéEs à verser de plus grandes sommes afin de passer par d’autres passages, mettant ainsi encore plus leur vie en danger.

Quelle est la réaction des gens en Grèce par rapport aux réfugiéEs ?

Cette politique vient s’imposer contre la grande majorité des gens qui ont montré leur solidarité dans toute l’Europe, obligeant les gouvernements à ouvrir les frontières l’été passé. La grande majorité des gens en Grèce pense qu’il est inacceptable de la part du gouvernement qu’il donne son consentement à la fermeture des frontières, à l’ouverture de camps de concentration, à l’immobilisation de milliers de réfugiés sans droits en Grèce, sous prétexte d’un futur transfert dans un autre pays.

Un sondage récent a montré que plus de 5 millions de gens vivant en Grèce (sur un total de 10 millions) ont aidé d’une manière ou d’une autre les réfugiéEs ces derniers temps.

Dans chaque ville où arrivent des réfugiéEs et migrantEs, les gens les reçoivent à bras ouverts, à contre-courant de l’hystérie raciste des médias. à Idoméni, à la frontière gréco-macédonienne, vivent environ 14 000 réfugiéEs dans des conditions inacceptables, 3 000 au port du Pirée, et des dizaines d’autres dans toute la Grèce. Des gens de tous âges ont entrepris de les restaurer, les soigner, et même de les distraire, des gens de partout font parvenir de la nourriture et des articles de première nécessité. Mais cela ne suffit pas. Nous revendiquons des papiers et des droits pour les réfugiéEs et les migrantEs, un hébergement, du travail, à manger, des papiers et des soins médicaux, et non qu’ils soient poursuivis par la police pour être enfermés dans des camps de concentration. Nous revendiquons que les mairies ouvrent des lieux d’hébergement.

Qu’en est-il de la menace fasciste en Grèce ?

Aube dorée n’ose nulle part apparaître publiquement, mais nous savons que la politique raciste peut alimenter à nouveau les fascistes. Le 19 mars sera une réponse contre Aube dorée et leurs disciples dans toute l’Europe. L’assassin de Pavlos Fyssas, Roupakias, sera libéré le 18 mars, après avoir accompli 30 mois de prison, et le procès de Aube dorée est à peine commencé. Nous exigeons que continue le procès, et qu’il aboutisse à la condamnation des néonazis et leur emprisonnement.

Est ce-que la Grèce et l’Europe peuvent accueillir autant de réfugiéEs et migrantEs ?

Le 4 février a eu lieu en Grèce la plus grande grève générale des dernières années qui a secoué le gouvernement et l’a obligé à reporter la présentation au Parlement du projet de loi sur les retraites. Dans le même temps, les mêmes gens ont été bouleversés par le drame des réfugiéEs et ont montré de mille façons leur solidarité.

Le 19 mars, ces deux mouvements de résistance et de solidarité vont s’unir dans des manifestations contre l’inhumanité de l’Europe de la guerre, de l’austérité et du racisme, en envoyant le message qu’en Europe, il y a de la place pour les réfugiéEs et les migrantEs, mais pas pour l’OTAN, les banquiers et les capitalistes.

Unis nous vaincrons !

Propos recueillis par Alain Pojolat

 

  • 1. A Paris, manifestation à 14h à Barbès.