Début juillet, la sénatrice paraguayenne Celeste Amarilla avait enchaîné contre Kylian Mbappé les clichés négrophobes, mêlant référence à la noix de coco et animalisation, avant de le qualifier de « Camerounais issu de la colonisation, s’efforçant désespérément de passer pour un Français ».
Quelques jours plus tard, l’ancien Premier ministre de l’État espagnol Mariano Rajoy disait que l’équipe de France « a un très haut niveau, cela dit, sans Français ».
La droite internationale témoigne ainsi de son racisme le plus crasse, le plus cru, le plus honnête aussi. Celui qui fait de la nationalité une question ethnique, une affaire de sang.
En France, les condamnations sont unanimes. De Valls à Bardella, tout ce que le pays compte de politicienNEs racistes mais carriéristes s’empresse de pourfendre les propos de ces étrangers sans raffinement.
Pécresse écrit par exemple : « La France, elle se choisit, parce qu’elle est plus qu’un pays, elle est un idéal. Avec son racisme minable, Mariano Rajoy montre son incompréhension totale de ce qui fait l’âme du peuple français. »
Vous comprenez, en France, on a un racisme plus subtil : on parle, comme Pécresse, de « Français de papier » ou de « grand remplacement ». On dit, comme Marine Le Pen ou Bardella, que la nationalité s’hérite ou qu’elle doit se mériter.
Ici, on couvre notre racisme d’un voile culturel — la biologie, c’est si vulgaire. C’est pourquoi l’islamophobie est au cœur de l’offensive raciste dans l’Hexagone : elle permet de présenter comme une critique de la religion ce qui relève en réalité d’une racialisation.
On dispose aussi d’une conception affective, culturelle et/ou civique de la nationalité, mobilisée y compris à gauche, qui permet de justifier le nationalisme sans recourir au vocabulaire racialiste.
Sans tout mettre sur le même plan, on peut pointer le continuum nationaliste qui traverse l’essentiel du champ politique français et rappeler que toute définition qui donne un contenu à la nationalité crée, par là même, des critères d’exclusion.
La nationalité n’est pourtant rien d’autre qu’une contingence biographique et un statut administratif.
On ne combattra pas le racisme et le nationalisme sans les affronter radicalement, notamment en défendant la liberté de circulation et d’installation ainsi que la régularisation de toustes les sans-papiers.