La lutte s’organise contre le plan de licenciements annoncé par Gibert, qui se présente comme la première librairie indépendante de France.
Gibert emploie 500 salariéEs dans 16 magasins. En avril dernier, le groupe a placé les entreprises le composant en redressement judiciaire et annoncé la fermeture du magasin de Paris-Barbès et du corner Paris-Printemps-Nation, la recherche de repreneurs pour les magasins de Paris-quai Saint-Michel, Évreux et Poitiers, avec 84 licenciements secs à la clé. 71 licenciements avaient déjà été prononcés en 2020 et l’entrepôt logistique avait été vendu.
Des choix désastreux
Ce choix s’est avéré désastreux, le prestataire logistique tardant à approvisionner les rayons et à honorer les commandes, tandis que les librairies se vident, contribuant à inquiéter les salariéEs sur l’avenir de l’enseigne. À Paris-Barbès, les perspectives du magasin étaient déjà bien incertaines, avec des conditions de travail particulièrement dégradées, résultant notamment d’une panne de la climatisation et du chauffage, d’un litige sur les travaux à réaliser avec le propriétaire des locaux, bailleur social de la Ville de Paris, et du non-remplacement des départs.
Gibert envisage de se recentrer sur le livre d’occasion, activité rentable dont elle est précurseuse, mais où la concurrence s’avive au niveau international, notamment en ligne avec Vinted ou Leboncoin. Selon la CGT, rien ne permet d’affirmer que ce choix permettra d’enrayer la baisse du chiffre d’affaires et il n’y a aucune raison que les salariéEs fassent les frais des erreurs de la direction du groupe.
La riposte s’organise
Les fermetures seraient catastrophiques, et pas seulement pour les salariéEs. À Évreux, Gibert est la dernière librairie généraliste de la ville et du département. À Paris-Barbès, le magasin contribue à la variété des activités commerciales dans un quartier déjà mis à mal par la fermeture de Tati, et à son animation culturelle.
L’administrateur judiciaire se montre particulièrement inflexible. Il refuse de réduire le nombre de licenciements, et même de mettre en place un plan de départs volontaires et d’accorder des indemnités supralégales, outils traditionnels des patrons pour assurer un minimum de paix sociale. Selon plusieurs témoignages, il exige que les représentantEs des salariéEs l’appellent « Maître » tout en affichant une proximité avec la direction, signe d’un évident mépris de classe. C’est dire si la barre est placée haut, mais la riposte s’organise. Les 26 et 29 août, deux journées de mobilisation réussies ont eu lieu. À Paris, les magasins menacés ont dû fermer. À Barbès, un piquet de grève s’est tenu avec le soutien sur place de la FI, du PCF et du NPA-L’Anticapitaliste.
Julien Dumans