Publié le Mercredi 10 juin 2026 à 09h33.

Pour L

Le 29 mai dernier, Lyhanna, âgée de 11 ans, disparaît à Fleurance, dans le Gers. Son corps est retrouvé le 4 juin. Nous pensons à elle, à ses proches. Lyhanna ressemble à tant d’autres petites filles, son histoire ressemble à tant d’autres histoires.

Le principal suspect, Jérôme B., est un homme de 41 ans. Il a déjà été visé par plusieurs plaintes. En 2022, il est accusé de viol sur une enfant de 7 ans — l’affaire est classée sans suite. En août 2025, il est accusé de viol sur une petite fille de 10 ans, Rosa — il n’a jamais été interrogé par la police.

Il est difficile d’écrire sur la mort d’une petite fille de 11 ans, d’autant plus lorsque le premier sentiment qui nous vient est la colère. Car ce fait divers n’en est pas un, c’est un fait politique, dans la continuité d’un système qui broie de façon systématique la parole des enfants. Cinq millions de personnes en France ont été victimes de violences sexuelles lorsqu’elles étaient enfants — trois enfants par classe en moyenne. Pourtant, lorsque les enfants parlent, lorsqu’ils disent « protégez-moi », ils ne rencontrent que l’omerta, l’impuissance et l’absence.

Gérald Darmanin s’émeut : comment ? En France, on peut être accusé de viol sur mineur et ne pas être convoqué pendant près de 8 mois ? Et le voici exiger l’étude de 70 000 dossiers en deux mois par le peu de personnels qui restent, dans un système de justice exsangue à cause des politiques de restrictions budgétaires et par une activité davantage orientée par le maintien de l’ordre capitaliste et racial que par la protection de l’enfance.

Cela ne devrait pourtant pas l’étonner puisqu’en France, on peut être accusé de viol et devenir ministre de la Justice. Le juge Durand, ancien président de la CIVIISE (Commission indépendante sur l’inceste et les violences sexuelles faites aux enfants), demandait en vain : « Comment expliquer que plus des deux tiers des plaintes sont classées sans suite au motif que l’infraction est insuffisamment caractérisée ? » 

C’est tout un système patriarcal, de violences contre les femmes et les enfants, qu’il faut détruire en profondeur.

Nous sommes beaucoup à être affectéEs par la mort de Lyhanna et plusieurs rassemblements ont eu lieu. Pour casser un système comme celui-là, il nous faudra être nombreux et nombreuses dans la rue, pour Lyhanna, pour Rosa, pour elles et pour eux toustes.