Les succès électoraux de DSA et de la gauche progressiste bousculent le Parti démocrate et replacent le socialisme au cœur du débat politique aux États-Unis. Mais ils ravivent aussi, au sein de DSA, les désaccords sur la stratégie électorale et la nécessité de construire de puissants mouvements sociaux.
La guerre du président Donald Trump contre l’Iran et ses guerres tarifaires avec d’autres pays — qui contribuent toutes deux à la hausse des prix —, les baisses d’impôts accordées aux riches par son Parti républicain et les coupes dans les programmes sociaux destinés à la classe ouvrière, ainsi que ses attaques violentes et brutales contre les immigréEs, combinées à l’incapacité du Parti démocrate à se mobiliser pour s’opposer à Trump, ont créé un terrain favorable à l’aile gauche du Parti démocrate, en particulier aux Democratic Socialists of America (DSA).
Progrès de DSA et réaction de l’establishment démocrate
La victoire de Zohran Mamdani, membre de DSA, à l’élection municipale de New York a ouvert une récente série de victoires qui ont accru les tensions au sein du Parti démocrate comme de DSA elle-même. DSA n’est pas à proprement parler un parti électoral : elle propose et soutient des candidatEs dans le cadre du Parti démocrate. Les victoires de candidatEs de DSA lors des primaires pour le Congrès à New York, dans le Colorado, le Michigan et la Floride — c’est-à-dire dans toutes les régions du pays, aussi bien dans des États démocrates que républicains — ont permis de battre des démocrates plus modéréEs soutenuEs par la direction du parti. DSA remporte ces succès en défendant la taxation des riches, Medicare pour touTEs et la fin du financement par les États-Unis de l’armée israélienne. Ces victoires de DSA ont eu un impact considérable sur la conscience politique à l’échelle nationale, où le socialisme fait désormais partie du débat.
Dès lors, certains responsables démocrates veulent écraser DSA. L’establishment du Parti démocrate affirme que, si ces candidatEs de gauche peuvent gagner les primaires, ils et elles seront trop à gauche pour les élections générales, où il leur faudra séduire non seulement les démocrates modéréEs, mais aussi les républicains et les indépendantEs — ces dernierEs représentant désormais 43 % de l’ensemble des électeurEs. Selon cet argument, les succès de la gauche pourraient ainsi conduire à une victoire républicaine. La menace que DSA représente pour l’establishment a conduit quinze démocrates centristes à publier un manifeste antisocialiste intitulé Promise to America, dans lequel ils défendent le capitalisme, la police et la « discipline budgétaire ». Il s’agit d’une déclaration de guerre de la fraction centriste du Parti démocrate contre DSA. La droite s’en réjouit évidemment, puisque Trump et les républicains qualifient désormais de « communistes » non seulement DSA, mais l’ensemble du Parti démocrate.
Des débats politiques au sein de DSA
Alors même qu’elle subit ces attaques extérieures, DSA connaît également une lutte interne. DSA, qui se définit comme une organisation « attrape-tout », est un agrégat de plus d’une douzaine de tendances, qui ne soutiennent pas toutes sa stratégie électorale consistant à présenter des candidatEs dans le cadre du Parti démocrate. Certaines de ces tendances, qui se définissent comme communistes ou marxistes-léninistes, considèrent que soutenir les démocrates, un parti capitaliste, est contraire aux objectifs socialistes de DSA. Certaines défendent plutôt la construction d’un parti socialiste révolutionnaire. D’autres tendances estiment que la clé du changement social ne réside pas dans les succès électoraux, mais dans de puissants mouvements syndicaux et sociaux.
La députée Alexandria Ocasio-Cortez se retrouve souvent au centre de ces débats. Elle est considérée comme une possible candidate à la primaire présidentielle du Parti démocrate en 2028. Si elle n’a pas encore annoncé sa candidature, cette éventualité polarise les membres de DSA. Beaucoup seraient enthousiastes à l’idée de la voir se présenter, tandis que les tendances hostiles à la stratégie électorale affirment qu’elle s’est transformée en démocrate centriste — même si son bilan au Congrès ne le montre pas. Elles craignent que les victoires électorales n’entraînent DSA toujours davantage dans le monde capitaliste et corrompu du Parti démocrate. Les critiques de la stratégie électorale mettent le doigt sur un véritable problème : les démocrates sont un parti capitaliste dominé par l’oligarchie des grandes entreprises. Mais leur alternative semble consister à présenter des candidatEs socialistes ayant peu de chances de recueillir beaucoup de voix.
Reste à savoir si ces victoires électorales et l’évolution de la conscience politique qu’elles accompagnent dans le pays pourront contribuer à faire émerger le puissant mouvement syndical et social susceptible d’impulser un véritable changement social.
Dan La Botz