Depuis plusieurs semaines, l’île Maurice a vécu des révoltes sociales, des blocages suivis d’un couvre-feu imposé par le gouvernement Ramgoolam.
Le point de départ a été une sévère dégradation de la distribution de l’eau entraînant d’importantes restrictions pour les classes populaires.
Les retraites et les conditions de vie attaquées
Mais la mobilisation sociale avait aussi démarré dès la fin du printemps contre les attaques sur le régime de pension universelle à 60 ans. Le projet de loi de finances introduisait une décote pour un départ avant 65 ans. Auparavant, un autre projet proposait de déduire du montant de la pension les revenus externes obtenus par les retraitéEs. Une riposte massive de l’ensemble du mouvement syndical avec une grande mobilisation à Port-Louis le 11 juillet avait amené le retrait du projet de la loi de finances. Mais le gouvernement maintient sa menace de mesures identiques dans le budget 2027. Les syndicats ont d’ores et déjà décidé d’appeler à la grève générale si ces mesures réapparaissent.
À Maurice, la situation s’est lourdement dégradée ces dernières années, avec l’augmentation du coût de la vie (beaucoup de biens de consommation sont importés et ont subi de lourdes augmentations). Le riz subventionné a disparu des rayons des supermarchés et l’allocation sociale pour les faibles revenus a été supprimée. Les coûts de l’énergie ont explosé et un jeune sur cinq est au chômage.
Pendant ce temps, le gouvernement veut continuer à faire de Maurice une vitrine touristique centrée sur les investissements de luxe et la finance. En 2025, l’île a accueilli 1,4 million de touristes, soit davantage que sa population.
L’eau, étincelle de la révolte
Ce qui a déclenché les grandes mobilisations de ces dernières semaines a été la crise de l’eau. L’État n’a pas investi ces dernières années dans la maintenance du circuit de distribution, qui subit d’importantes pertes, ni dans un système de réservoirs permettant de gérer les flux et les dérèglements provoqués par la crise climatique. Les niveaux des réservoirs avaient récemment chuté de 87 % à 56 %. Les coupures d’eau se sont multipliées dans les quartiers, plusieurs jours par semaine, avec quelques heures de distribution. La population s’est spontanément révoltée pendant plusieurs semaines avec des manifestations, des barrages routiers, des palettes et des pneus enflammés. Des jeunes ont créé un groupe WhatsApp « Burning Paradise ».
Le 9 octobre, près d’un reste de barrage à Camp Levieux, au sud de Port-Louis, une femme qui revenait en bus de son travail a été grièvement blessée par le tir d’un policier avec son arme personnelle. Celui-ci a été inculpé et mis en détention provisoire.
Violences policières et ségrégation sociale
Cette agression policière a modifié la nature du mouvement. Plusieurs nouvelles nuits d’émeutes ont suivi, dans plusieurs régions de l’île, avec des groupes de jeunes cagoulés attaquant la police, des commerces et divers édifices dont des commissariats. L’essentiel de la population qui organisait les barrages les semaines précédentes est restée en dehors de ces nouveaux affrontements, s’en est même désolidarisé et les a condamnés, mais ceux-ci ont rassemblé beaucoup de jeunes des quartiers les plus pauvres. Ramgoolam a tout de suite mis en cause les réseaux de narcotrafic, les accusant d’avoir manipulé et payé ces jeunes. Le trafic et les réseaux de distribution de drogue sont bien une réalité dans des quartiers où l’avenir social est bouché, mais beaucoup insistent justement sur la ségrégation sociale et les violences policières qui provoquent la révolte des jeunes des quartiers. Cette exclusion a encore été accentuée récemment par un programme gouvernemental favorisant les collèges privés et les collèges publics « d’excellence ».
Le couvre-feu vient à peine d’être levé et les syndicats appellent à une journée de mobilisation contre les menaces sur les retraites le 31 octobre. À Maurice comme ailleurs, la question de la convergence des exigences sociales et des révoltes est posée.
(à partir des éléments et des échanges avec les camarades de Lalit de Maurice et de Sac nou Vé de la Réunion)