La situation en Palestine fait moins la une de l’actualité, mais reste un enjeu central des luttes. L’isolement international d’Israël s’accentue, et le mouvement de solidarité y contribue.
Le discours de Benjamin Netanyahou à l’ONU, le 24 septembre, en témoigne. Il marque sans doute la fin d’une époque : peut-être s’exprimait-il pour la dernière fois à cette tribune. Il s’adressait surtout à son électorat, alors que les délégations de 77 pays avaient quitté la salle.
Dans un registre victimaire, il a dénoncé ce que le monde ferait à Israël, en taisant ce qu’Israël inflige aux Palestiniens et à la région. Il voulait surtout afficher sa volonté de défier le monde, alors même que l’opposition internationale reste modérée. Un discours électoral, pour convaincre qu’Israël reste uni et n’a pas besoin de changer.
Une société israélienne fracturée
Or la pression internationale et surtout la guerre génocidaire creusent les fractures internes, loin de cette image d’une nation unie. Selon Drop Site, un rapport de la CIA souligne les tensions à l’approche des élections israéliennes du 27 octobre : « une crise économique et une flambée des dépenses militaires ; le retour d’anciens combattants lourdement armés après des combats prolongés, dont beaucoup souffrent de graves traumatismes psychologiques ; une colère grandissante à l’égard des hommes ultra-orthodoxes exemptés du service militaire ; une escalade de la violence des colons en Cisjordanie occupée ; et Benjamin Netanyahou, en lutte pour se maintenir au pouvoir, qui provoque une crise constitutionnelle. »
L’opposition à Netanyahou ne repose toutefois pas sur le soutien aux Palestiniens, mais sur la contestation de sa gestion de la guerre et sur sa responsabilité dans l’échec sécuritaire du 7 octobre. Selon les sondages récents, les blocs pro- et anti-Netanyahou peinent tous deux à atteindre les 61 sièges nécessaires pour gouverner.
Le rapport de la CIA décrit une société en profonde crise économique et « traumatisée » par la guerre. Il souligne les précédents historiques de cette combinaison de fractures politiques et d’un nombre croissant d’anciens combattants lourdement armés et traumatisés. « On se souvient notamment que les Freikorps allemands étaient des anciens combattants en proie au syndrome de stress post-traumatique, armés et assoiffés de sang », a déclaré, sous couvert d’anonymat, un des rédacteurs de ce rapport. « Je ne dis pas qu’Israël après Gaza est l’Allemagne après la Première Guerre mondiale, mais certains aspects de cette situation me semblent certainement similaires. »
À Gaza, les bombes non explosées continuent de tuer
Quant à la population de Gaza, elle subit un traumatisme incommensurable à cause de cette guerre génocidaire. Selon Mahmoud Basal, porte-parole de la défense civile de Gaza, plus de 200 000 tonnes de munitions explosives y ont été larguées depuis le 7 octobre 2023, dont environ 70 000 tonnes n’ont pas explosé. À titre de repère, la bombe atomique larguée sur Hiroshima a libéré une énergie équivalente à l’explosion de 15 000 tonnes de TNT.
Selon l’ONU, ces munitions non explosées auraient déjà tué ou blessé plus de 1 200 personnes, près de la moitié des victimes étant des enfants. Gaza manque de démineurs pour les neutraliser : selon Basal, environ 90 % des spécialistes du déminage ont été tués, dans l’exercice de leur travail ou en étant ciblés chez eux par Israël, comme beaucoup de travailleurs des infrastructures civiles. Même si les démineurs étaient encore disponibles, Gaza manque du matériel nécessaire pour neutraliser les munitions non explosées. Cette tâche difficile est pourtant indispensable, alors que la population se concentre désormais sur environ 36 % du territoire.
Relancer la mobilisation internationale
Mais Israël restreint encore l’entrée de l’aide alimentaire, et surtout du matériel de déblaiement et de détection des munitions, ainsi que des prothèses. Les témoignages d’amputations dues à ces explosions se multiplient, notamment chez les enfants, tandis qu’Israël continue de bombarder Gaza quotidiennement.
Il est urgent de poursuivre le combat. L’isolement d’Israël ne suffit pas : il faut tarir ses approvisionnements en armes (voir l’article consacré à cette campagne page 6) et renforcer la solidarité internationale, notamment lors de la manifestation nationale du 10 octobre.