Depuis le début du génocide, plusieurs organisations ont recommencé à pointer du doigt la responsabilité des universités israéliennes dans sa poursuite. Loin d’être des institutions neutres et universalistes, elles participent, amplifient et organisent l’entreprise coloniale. Même si individuellement certain·es chercheur·e·s sont opposé·e·s à l’état colonial et d’apartheid, en tant qu’institutions les universités israéliennes sont des points d’appui pour légitimer, justifier et organiser la domination sur le peuple palestinien, la suprématie ethno-nationaliste et la justification de l’entreprise coloniale.
Les universités, des institutions du savoir racial en Palestine occupée
Les universités sont des institutions particulières car elles représentent la connaissance, la libre discussion et circulation des idées. La raison d’être de la formation des étudiant·es est de développer une expertise critique afin de devenir les futur·es membres des classes dirigeantes.
Les universités Israéliennes sont d’une part une partie intégrante de la société israélienne, le taux d’études supérieures pour les citoyens non-juifs est extrêmement faible. La nécessité de faire son service militaire, et l’adaptation des études à ce service défavorise largement les populations palestiniennes qui ne le font pas. Elles organisent leur programme directement avec l’armée et les soldats sont présents sur le campus. Les recherches militaires sont directement liées aux différentes industries d'armement Israéliennes. De même, depuis de nombreuses années, les directions universitaires ont participé activement à supprimer tout discours anti-colonial, anti-apartheid. Les manifestations, notamment d'étudiantEs palestinienNEs, sont régulièrement interdites. Les posts enflammés anti-palestiniens de plusieurs directions d'université - dont Tel Aviv notamment- font aussi partie de la complicité.
Les universités structurellement participent à un processus d’effacement du peuple palestinien et de justifications des pires crimes de manière plus insidieuse et sont au service de la justification idéologique d’un État raciste : recherche archéologique biaisée au profit de l'historiographie juive au détriment des autres peuples, recherche en droit permettant de légitimer le massacre de civils et l'éthique de l’utilisation de l’IA sur des populations. Bien entendu la recherche en écologie et environnement qui permettent de déloger des palestinienNes et transformer leur terres en parc national sous prétexte de préservation de la nature.
Organiser le boycott universitaire
Il faut donc boycotter les universités israéliennes, mais celles-ci sont épargnées par les critiques au nom de l'universalité et sont même très souvent des partenaires des universités françaises, notamment sous la forme de programme ERASMUS. Pourtant, ERASMUS est un programme d’échange européen, et techniquement, Israël n’est pas un Etat européen. D'ailleurs si ces dernières n'affichent plus vraiment ces partenariats - et admettent du bout des lèvres qu'ils ne concernent quasiment personne - les universités israéliennes- les mettent en avant pour indiquer et renforcer l’aspect de normalité de ces partenariats. L’apparence de normalité est une stratégie importante dans le branding d’Israël. Des conférences se déroulent à quelques kilomètres de gaza et donc d’un génocide sans que cela ne pose problème aux conférenciers.
Plus largement, les financements européens sont aussi fléchés vers la recherche israélienne. Si l’on analyse les programmes effectués par l’Europe depuis 2015, on peut établir qu’ils ont lieu selon deux types de processus de financement : H2020 (jusqu'en 2022) et Horizon Europe (qui court jusqu'en 2030). Ces programmes sont des appels à projets : selon les cas, une thématique est proposée au financier et un consortium - un groupe de laboratoires et/ou d’institutions - répond à cet appel. S’il est sélectionné après un processus très compétitif - il se retrouve financé.
Les montants totaux sont de plus de 2 Milliards d’Euros fournis à des partenaires israéliens sur les 10 dernières années soit donc près de 200 Millions d'euros par an !
On note une augmentation des financements Horizon Europe et ce malgré le début du génocide en 2023.
Financement de l’armement
Si la plupart des institutions financées restent des universités - les 3 principales d’entre elles sont le Weizmann Institut of Science, Tel Aviv university et l’université Hebraique de Jérusalem (installé illégalement à Jérusalem Est par ailleurs) - Israël est un partenaire important en recherche et développement militaire. Entre 3 et 10 projets par an ont été financés par l’Europe sur un total de 79 durant les10 dernières années et l'essentiel des partenariats concernent Thales, Leonardo et bien entendu les boîtes d'armements israéliennes comme Elbit, IAI et Rafael. (figure 2)
On note également ici des projets financés au-delà de 2023. L’Europe finance donc directement sous prétexte de recherche scientifique l’industrie d’armement israélienne (et européenne) !
Certains projets n’ont pour consortium que des institutions israéliennes mais la plupart sont financées en collaboration avec des institutions européennes en général des laboratoires. Nous avons trouvé qu’en nombre de projets, le principal collaborateur avec Israël est français : il s’agit du CNRS qui est un EPST (Établissement public à caractère scientifique et technologique ) dédié à la recherche fondamentale et le principal organisme de recherche étatique français. On note ensuite l'Allemagne et l'Italie mais aussi le Commissariat à l’Energie Atomique (CEA) français parmi les top cinq contributeurs.
Près de 80 projets sont de près ou de loin associés à des contrats de défense, de recherche militaire en association avec des marchands de canons Européens et Israéliens. Parmiceux-ci le projet POLIIICE (sic) qui selon sa propre description« vise à faire évoluer les services répressifs européens (Law enforcement agencies, LEA) afin d’utiliser de nouvelles méthodes de renseignement, d'enquête et d'analyse pour lutter efficacement contre la criminalité et le terrorisme. Ce projet permettra la mise au point, la validation et la mise en place de mesures innovantes en matière de renseignement que ce soit au niveau du cloud, des réseaux et des appareils connectés afin de permettre aux services répressifs de s’ajuster au difficultés rencontrées et d'assurer un traitement à haut débit de leurs données de renseignement. POLIIICE mènera des recherches et développera des modèles de déverrouillage, de détection et de décryptage quantiques, et améliorera l'échange d'informations et la coopération entre les forces de l'ordre européennes. » A noter que le ministère de l’intérieur français est partenaire de ce projet avec Libereu Entrepreneurship Ltd, une pépinière de start-up israéliennes.
Autre exemple, le projet StarLight, accepté en 2025, associe STMicroelecronics, Thales et Mellanox, une boite israélo-américaine de composants électroniques. STARLight t vise à« contribuer à la souveraineté Européenne » dans la« photonique du silicone ».
Une stratégie de normalisation
L’Europe finance également plusieurs projets écologiques, développement durable et biodiversité en collaboration avec Israël. L’utilisation du greenwashing pour laver les crimes d’apartheid, de colonisation et de génocide n’est plus à démontrer : utilisation de terres volées à des palestiniens pour le développement de parcs protégés, déforestation de la flore locale (notamment des oliviers) pour la remplacer par des espèces européennes. Les financements européens n’échappent pas à la règle : par exemple le ministère de la protection de l’environnement israélien touche presque 5 millions d’euros pour le projet Biodiversa-plus qui vise « la mise en œuvre de la recherche et de l'innovation en matière de biodiversité, en collaboration avec les ministères de la Recherche, les organismes de financement et les agences de protection de l'environnement (75 organisations issues de 37 pays). »
Nombreux sont les projets pouvant paraître, vu de l’extérieur, anodins comme les adaptations des populations côtières de la méditerranée au Néolithique, ou encore l’étude des écosystèmes arides du« désert de Judée » (sic) durant l’antiquité. D’autres projets sont typiquement banals même s’ils peuvent être incongrus comme Empiricon, qui travaille sur les controverses empiriques du droit constitutionnel et des constitutions pour 1,5 millions d’euros dans un pays qui n’a pas de constitution par ailleurs. Cet aspect banal et même normal du financement de la recherche est effectivement l’objectif d’Israël. Comparés aux financements nationaux en France, les budgets et les financements européens sont très conséquents et favorisent l’attractivité de la recherche israélienne. Ils induisent régulièrement des articles dans des journaux prestigieux, des invitations dans des conférences internationales
Il faut un refus net de l’éligibilité d’Israël pour ces programmes de financements, ce qu’un cadre comme le FRACBI et la campagne BDS permettent de soutenir. Il doit viser le pays coupable du génocide, mais également les universités complices. Pour le moment, l’Europe continue de soutenir la présence d’Israël ainsi que le financement des projets de recherche européens En 2021, des parlementaires avaient demandé la sortie d'Israël du programme : celui-ci a été renouvelé en 2022. En 2013, déjà, une tentative, soutenue par une pétition de plusieurs centaines de chercheurs avait été initiée, avec pour cible l’université d'Ariel, localisée en Cisjordanie occupée, qui avait pourtant reçu des fonds de l'Europe. Depuis 2023 et la vague de coupure de partenariats avec les institutions israéliennes de la part d’universités Européennes certains groupes de recherche ont également annulé leur participation à des consortiums ou ont opté pour exclure les groupes israéliens.
Les figures ont été réalisées par l'auteur à partir des bases de données CORDIS de l'Union Européenne en libre accès.