Publié le Mardi 1 septembre 2026 à 09h42.

Libye : Trump entérine la loi des milices

Le plan des États-Unis enterre la possibilité pour les LibyenNEs de choisir la destinée de leur pays au profit des milices mafieuses.

Absents de la scène libyenne depuis 2012, date de l’assassinat de leur ambassadeur par un groupe djihadiste, les États-Unis reviennent en force avec le plan de l’émissaire de Trump, Massad Boulos, qui vise à réunifier le pays, partagé entre deux entités : l’Est et le Sud pour Haftar, et Tripoli et l’Ouest pour Dbeibah, l’actuel Premier ministre.

Un pouvoir affaibli

Les deux clans sont confrontés à d’importantes difficultés. Dbeibah a dû faire face à de fortes mobilisations populaires qui se sont déroulées à Tripoli, mais aussi dans d’autres villes comme Aïn Zara ou Hay al-Andalus, pour protester contre les coupures d’électricité et, plus généralement, contre la dégradation des conditions de vie. Si l’une des organisations, Harak Abna’ Souq al-Jumaa, a mis fin à la campagne de désobéissance civile, la tension reste vive. D’autant que le pouvoir de Dbeibah est basé sur différentes milices, qui parfois s’affrontent entre elles, comme dans la ville pétrolière de Zawiya.

Le clan Haftar fait face à d’autres difficultés. Khalifa Haftar a choisi parmi ses cinq fils son successeur, Saddam, à la tête de l’armée, entraînant des remous, notamment au sein de l’appareil militaire. L’attentat qui a coûté la vie à Fawzi Al-Mansouri, chef des services de renseignement, a mis à mal le discours sur le contrôle total par les forces de sécurité, qui plaît tant aux pays européens. Enfin, l’alliance entre Haftar et les tribus du Sud, notamment dans la région du Fezzan, a volé en éclats avec la création d’une milice armée dirigée par Mohamed Wardougou.

Le plan Boulos

Au niveau international, la Turquie, qui soutient Dbeibah, ainsi que l’Égypte et les Émirats arabes unis, qui appuient Haftar, ont de part et d’autre rencontré le camp adverse. C’est dans ce cadre que les États-Unis font leur retour diplomatique avec leur plan, qui vise à réunifier le pays par le haut, avec une administration, un gouvernement et une armée uniques.

Le programme consisterait à nommer Saddam Haftar président, tandis que Dbeibah conserverait son poste de Premier ministre. Le clan Haftar, favorisé par ce plan, montre sa bonne volonté en jouant un rôle central dans la libération de l’otage états-unien, le missionnaire Kevin Rideout, au Mali. La compagnie pétrolière libyenne National Oil Corporation vient de s’acquitter de ses dettes envers les entreprises américaines, notamment Baker Hughes et Halliburton.

Quant à Dbeibah, il doit composer avec les milices. Si certaines sont opposées au projet, d’autres sont plus circonspectes, comprenant que leur opposition les placerait en dehors du nouveau pouvoir.

Gains financiers et stratégiques

Les États-Unis sont motivés par des enjeux économiques : faire main basse sur les réserves de pétrole et permettre aux entreprises américaines de profiter d’un marché à fort potentiel. Il s’agit aussi de damer le pion aux troupes russes d’Africa Corps, présentes aux côtés du clan Haftar, et de renforcer leur emprise militaire sur l’Afrique du Nord.

Le risque existe que le plan Boulos déstabilise encore davantage le pays, où chacun cherchera à conforter son pouvoir ou à en acquérir un nouveau, y compris par la force. En effet, le pouvoir, qu’il soit acquis par la négociation ou par les armes, permet un enrichissement grâce à la contrebande, à la corruption et à la traite des êtres humains.

Les États-Unis jouent le rôle de parrain pour instaurer une paix entre gangs, tout en éloignant la perspective de voir les LibyenNEs décider eux-mêmes de l’avenir de leur pays en renouvelant profondément l’offre politique.

Paul Martial