Publié le Mercredi 25 février 2026 à 09h00.

La voix de Leyla s’est éteinte

Leyla Shahid s’en est allée le 18 février 2026, dans le sud de la France. Loin de la Palestine — son père était originaire d’Acre, et sa mère de Jérusalem. Loin de Beyrouth également, où elle est née en 1949.

Ses premières années militantes se font au contact des camps de réfugiéEs palestinienNEs au Liban des années 1960 et 1970, moment de bascule historique où les PalestinienNEs incarnaient l’avant-garde des révolutions arabes. 

Partie à Paris, elle préside l’Union générale des étudiantEs palestinienNEs (GUPS) à partir de 1976. Elle fait entrer Jean Genet dans les camps de Sabra et Chatila, à Beyrouth, au lendemain des massacres de septembre 1982 : l’écrivain en tire son fameux Quatre heures à Chatila.

La voix de Leyla était celle d’une diplomate chevronnée, digne héritière de la diplomatie militante de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) depuis la fin des années 1960, lorsque Mahmoud Hamshari prend les rênes de la centrale palestinienne à Paris. Il est assassiné par les Israéliens en janvier 1973. Le Bureau d’information et de coordination de l’OLP obtient le statut de Délégation générale palestinienne en 1989. Leyla Shahid en prend la tête en 1993, après avoir officié aux Pays-Bas et en Irlande. Elle reste la diplomate attitrée de l’OLP à Paris jusqu’en 2005, avant de partir pour Bruxelles. Proche du président Arafat, elle demeure alors une compagne fidèle des mouvements de solidarité avec la Palestine en France et en Europe.

Ses dernières années, consacrées à l’Institut des études palestiniennes (IPS), furent aussi celles d’un éloignement progressif du Fatah, avec qui elle partagea un temps les illusions des accords d’Oslo. 

Son ultime choix de se donner la mort exprime un double refus : de la maladie et du monde tel qu’il va (mal), à l’heure du génocide à Gaza. 

Mais jusqu’au bout combative, elle défendit son peuple dans les tribunes qui lui étaient encore offertes après le 7 octobre 2023, encourageant les jeunes générations à toujours résister.