Publié le Mercredi 11 mars 2026 à 11h00.

Le 14 mars, contre le racisme et le fascisme, reprenons la rue

Dans un contexte de fascisation accélérée en Europe et en France, marqué par une nouvelle offensive raciste contre les migrantEs, la banalisation de l’extrême droite et la montée de l’islamophobie, les mobilisations contre le racisme et le fascisme prennent une importance particulière.

Le 9 mars, la commission des libertés civiles du Parlement européen a adopté une version encore plus violemment raciste du règlement dit « Retour », sur l’expulsion des sans-papiers. Ce texte a été imposé à la faveur d’une manœuvre de la droite menée par François-Xavier Bellamy, avec le soutien de l’extrême droite. Interdictions d’entrée permanentes, détentions facilitées, et surtout création de centres de retour hors de l’Union européenne. L’UE veut ainsi créer des camps de concentration pour étrangerEs refouléEs dans des pays partenaires. On pensait ­difficile de faire pire que les CRA…

Cette convergence entre droite et extrême droite s’inscrit dans une dynamique de fascisation à l’échelle du continent. Les politiques migratoires européennes reposent de plus en plus sur la sous-traitance des expulsions et des frontières à des États tiers, au mépris des droits fondamentaux. L’extrême droite impose son agenda dans le débat public, jusqu’à devenir un partenaire politique pour des droites traditionnelles de plus en plus alignées.

Un climat international marqué par la guerre et le racisme colonial

Les guerres et les politiques impérialistes alimentent un climat où la vie des peuples est considérée comme une variable secondaire face aux intérêts des grandes puissances. À Gaza et en Cisjordanie, le massacre de la population palestinienne se poursuit avec la complicité des puissances occidentales. L’escalade militaire au Moyen-Orient, avec l’agression contre l’Iran et l’extension des conflits dans la région, s’inscrit dans cette même logique de domination et de violence (lire page 4).

Le racisme colonial déshumanise les victimes. L’islamophobie joue un rôle central dans ce dispositif : elle permet de désigner un ennemi intérieur et d’entretenir un climat justifiant l’invisibilisation, la répression et les violences de tous types : institutionnelles, de groupuscules fascistes et individuelles.

Fascisation et islamophobie en France

En France aussi, la banalisation de l’extrême droite libère la violence. Des locaux syndicaux ou associatifs et des permanences politiques sont attaqués, des militantEs et éluEs de gauche sont agresséEs. À Strasbourg, une liste municipale soutenue par la gauche radicale a dû se retirer face à des menaces de mort. Les attaques contre des organisations politiques ou ­syndicales se multiplient, tandis que le récit imposé par les fascistes après les affrontements de Lyon s’est imposé sans difficulté dans une large partie du champ médiatique.

L’islamophobie occupe une place centrale dans cette offensive réactionnaire. Droite et extrême droite rivalisent pour exclure les personnes musulmanes de l’espace public. À Chalon-sur-Saône, le maire sortant LR a tenté d’interdire aux femmes voilées d’assister aux conseils municipaux, avec le soutien du RN. À Metz, la campagne municipale a été marquée par une intrusion fasciste dans une mosquée. À Annecy, l’extrême droite mène campagne contre la construction d’un lieu de culte musulman.

Cette offensive se déploie aussi dans le monde du travail. À l’hôpital public, à la RATP, à l’université ou dans le secteur privé, les discriminations visant les salariéEs musulmanEs se multiplient. Entre interdictions du hijab, surveillance des pratiques religieuses et précarité accrue, l’islamophobie constitue aujourd’hui l’un des principaux vecteurs du racisme d’État.

Faire front dans la rue et dans les urnes

La riposte s’organise. Après la forte mobilisation féministe du 8 mars, la Marche des solidarités appelle à manifester le 14 mars partout dans le pays contre le racisme, les fascistes et les violences d’État. Dans un contexte de menaces et d’attaques contre les organisations politiques et syndicales, cette journée doit être un moment de solidarité et de mobilisation massive.

Le lendemain, le 15 mars, se tiendra également la journée internationale de lutte contre l’islamophobie. Des initiatives que nous soutenons cherchent à faire du 15 mars un levier de véritable mobilisation pour changer les rapports de force.

La lutte contre la fascisation ne fait que commencer. Elle se joue dans nos mobilisations féministes, antiracistes et écologiques, dans les luttes sociales pour des conditions de vie dignes, pour l’égalité des droits, pour l’augmentation des salaires et des pensions. Elle se joue aussi dans les élections municipales, où il s’agit d’empêcher la droite et l’extrême droite de gagner du terrain (lire ci-contre).

Plus que jamais, il est urgent de faire front. Les organisations politiques, syndicales et associatives doivent agir ensemble pour rappeler une évidence : face au racisme, au fascisme et aux politiques autoritaires, notre force reste la solidarité et la mobilisation collective.

Olivier Lek Lafferrière