Publié le Mercredi 23 janvier 2019 à 10h53.

Macron à Souillac : état de siège

Le 18 janvier, sa majesté Macron est venu à Souillac, dans le Lot, où il était attendu de pied ferme. Aussi ses services ont-ils pris des mesures très tôt. Secret absolu sur le programme. 

En ville le marché du vendredi et la foire mensuelle ont été supprimés. D’où le mécontentement de nombreux petits producteurs : « Il dit qu’il est pour le travail et il nous enlève le pain de la bouche. »

Sa causerie était prévue au Palais des congrès qui, pour la circonstance, fut transformé en « bunker » ; réquisition des maisons autour pour y installer des tireurs d’élites, interdiction totale de stationner et retrait des voitures la veille.

Mais ce n’était sans doute pas suffisant car nous avons ensuite appris que la circulation et le stationnement des voitures seraient interdits dans la commune et bien au-delà, dans les villages proches. Le 18 janvier, l’ancienne N20, qui traverse Souillac, l’était aussi et la circulation déviée sur l’autoroute. Même les poissons de la Dordogne étaient surveillés avec des embarcations et des hommes en armes !

Quant aux habitantEs, pour rentrer chez eux ils devaient montrer leurs papiers. Les écoles étaient fermées et l’on conseillait fermement aux commerçants de baisser les rideaux. 

Zone interdite

Bref dans un rayon de 10 km c’était zone interdite. Les voitures étaient contrôlées et fouillées et les papiers demandés.

La crainte était évidemment le rassemblement appelé par les Gilets jaunes, les syndicats, la Confédération paysanne, les partis politiques (à l’exception du PS) et de nombreuses associations au rond-point de l’autoroute A20, situé à plusieurs kilomètres du centre-ville.

Pourtant, ce quadrillage policier ne nous a pas empêché de nous faire entendre. Le matin, puisque tous les accès étaient coupés (même les chemins de terre), nous nous sommes repliés sur Martel avec blocage des routes et prises de parole. Pendant ce temps, d’autres arrivaient à se réunir à Souillac (des habitantEs et des manifestantEs arrivés la veille et qui y avaient dormi). Ils et elles étaient une centaine qui se sont rassemblés, pacifiquement, mais fermement à 200 mètres du Palais des congrès, avec sit-in sur la rue. Ceux de Martel apprenant qu’un restaurant de Rocamadour attendait des hôtes importants s’y sont rendus et y ont trouvé des ministres qui ont été fortement interpellés, de façon « trop politique » selon des journalistes ! Il n’empêche que les ministres ont dû prendre la poudre d’escampette sous la protection des gendarmes. Pendant ce temps, sa majesté Macron était parti quasiment incognito rendre visite à une école à Saint-Sozy (il ne savait sans doute pas que cette école avait été sauvée grâce à une lutte de parents, de maires et de la population). Il a toutefois été interpellé par des habitantEs dont des retraitéEs mécontents.

Tout cela a fait prendre du retard au déplacement de sa majesté, qui a fini par faire son show devant ceux qui avaient accepté de venir. Plusieurs maires du Lot avaient fait savoir publiquement qu’ils ne participeraient pas à cette mascarade. L’un, entre autres, parce qu’il est Gilet jaune et avait occupé le rond-point de Souillac ; un autre, écrivant au préfet : « J’y vois uniquement de la propagande présidentielle ». On ne saurait mieux dire. 

Correspondant