Publié le Samedi 14 mars 2026 à 14h00.

Macron relance l’arme atomique

En annonçant une « dissuasion avancée » et un renforcement de l’arsenal nucléaire, Macron relance la logique de course aux armements et tourne le dos aux politiques de désarmement.

Le 2 mars, sur la base opérationnelle de l’Île Longue, devant le dernier sous-­marin nucléaire, le Téméraire (!), Macron a annoncé un tournant décisif dans la ­doctrine d’emploi de l’arme nucléaire.

Dissuasion nucléaire renforcée et étendue

Jusqu’à présent, la dissuasion nucléaire était étroitement liée à une vision gaullienne de l’indépendance nationale (nourrissant le fantasme d’une France puissante et respectée). Aujourd’hui, la « dissuasion avancée » étendrait le parapluie nucléaire à plusieurs pays européens. Les armes nucléaires permettraient de faire de la gesticulation « nucléaire » en déployant des avions français équipés de leurs ogives nucléaires chez les partenaires européens.

Macron annonce en même temps une augmentation et une modernisation des ogives nucléaires, ainsi que la construction d’un nouveau sous-marin nucléaire lanceur d’engins.

Ce renforcement de l’arsenal nucléaire n’a aucune justification, puisque nous disposons déjà de suffisamment de ressources pour anéantir n’importe quel agresseur… et la planète entière !

Une bombe utilisable sur le champ de bataille

Pour le président, l’arme nucléaire ne serait plus l’arme de dernier recours contre un éventuel agresseur, mais pourrait être considérée comme une arme de bataille. Il utilise même la notion d’« ultime avertissement », un concept nouveau, très discutable et très dangereux : un pas vers son emploi possible.

Avec cet affaiblissement de la frontière entre armes classiques et arme nucléaire, Macron s’inscrit de manière explicite dans un nouvel âge de l’arme nucléaire : « Le demi-siècle qui vient sera un âge d’armes nucléaires », un horizon dominé par le nucléaire où Macron/Zeus serait investi du pouvoir de vie et de mort…

Un virage à l’opposé du désarmement

Cette prise de position de la France est un signal fort de participation à la course aux armements nucléaires. Cette banalisation de l’arme nucléaire (et de son usage) rend progressivement acceptable ce qui devrait rester impossible.

Alors que les tensions géopolitiques sont à leur niveau maximum, mettant en jeu des puissances nucléaires (Russie, États-Unis, Israël, Inde, Pakistan), il est urgent de relancer une politique internationale de désarmement nucléaire. Comment les diplomaties française et européenne pourront-elles défendre de manière crédible la non-prolifération lors de la prochaine conférence d’examen du TNP (Traité de non-prolifération), du 27 avril au 22 mai, tout en valorisant l’intérêt des armes nucléaires pour leur propre sécurité ?

Absence de débat démocratique

Aucune consultation parlementaire n’a précédé cette annonce et aucun débat à l’Assemblée nationale n’est programmé. Le président prévient qu’aucune information ne sera donnée quant au nombre d’ogives nucléaires supplémentaires. De même, les négociations sur les conditions d’emploi entre pays européens (notamment avec le Royaume-Uni, autre puissance nucléaire européenne) se mèneront à l’écart des instances de débat public.

Pour stopper la dérive militariste des dirigeants de l’UE, le mouvement contre l’armement nucléaire doit se mobiliser et réagir vite et fort — en lien avec le mouvement anti-guerre, les associations contre le nucléaire civil et tous nos partenaires européens.

Dominique Boury