Publié le Jeudi 24 mars 2022 à 08h21.

Même s’ils ne le veulent pas, la campagne Poutou est là !

Même si le rituel est bien rodé, il y a toujours une part d’imprévisible dans une campagne présidentielle. C’est notamment le cas avec les thématiques qui peuvent s’inviter dans les débats – si l’on peut parler de débat, on y reviendra. Mais il y a aussi du prévisible, avec le caractère profondément antidémocratique de la campagne, qui atteint cette année des sommets.

 

Il y a deux mois, on aurait difficilement pu imaginer que la campagne serait polarisée, entre autres, par une guerre en Ukraine et par une révolte populaire en Corse… Deux questions qui se sont imposées (surtout l’Ukraine) et qui ont changé en partie le bruit de fond de la campagne, qui s’était lancée quasi exclusivement autour des thématiques de l’extrême droite la plus raciste et brutale.

De la Corse à l’Ukraine

Le fait que ces thématiques se soient invitées n’est évidemment pas, en soi, une bonne nouvelle. Ne serait-ce déjà, cela va sans dire, mais cela va mieux en le disant, parce que l’on ne saurait se réjouir ni d’une guerre ni de la mort d’un homme emprisonné loin des siens. Mais aussi parce que la guerre en Ukraine, pour ne parler que d’elle, a servi de carburant à Macron pour se poser en chef de guerre et protecteur des peuples, et à la plupart des autres candidatEs pour entonner, à des degrés divers, leurs rhétoriques nationalistes, patriotiques, chauvines, va-t-en guerre, y compris dans une certaine gauche.

Du côté de la campagne Poutou, nous tentons de nous appuyer sur ces événements pour faire entendre une autre voix sur les questions internationales, y compris en ce qui concerne l’impérialisme français. Le moteur de notre internationalisme est en effet non seulement une solidarité entre les peuples, mais aussi un refus de toute complicité, active ou passive, avec tel ou tel impérialisme, tel ou tel régime oppresseur, et de toute logique visant à jouer un impérialisme contre un autre, y inclus et notamment notre propre impérialisme. Et donc une dénonciation des méfaits de ce dernier et de ses politiques coloniales et néocoloniales, y compris au sein même du territoire « français », que cela soit dans les Antilles, à la Réunion, en Kanaky ou en Corse.

Les règles iniques du temps de parole

C’est ce que nous tentons de faire entendre, mais le moins que l’on puisse dire est que, s’il y a une part d’imprévisible dans une campagne présidentielle, il y a aussi des choses prévisibles. À cet égard, nous nous doutions bien que notre parole serait marginalisée dans la campagne, et notamment dans son traitement médiatique. On doit toutefois avouer que même si cela été prévisible, nous sommes surpris de la grossièreté avec laquelle une candidature comme la nôtre est maltraitée du point de vue de son temps d’exposition médiatique. La faute, diront certains, à des règles absurdes, fixées par l’Arcom (ex-CSA), qui, sous le vocable trompeur d’« équité », attribue un temps de parole ridicule aux « petits » candidats, sur la base de critères aléatoires (sondages, positions institutionnelles et « animation » de la campagne). C’est ainsi que Philippe Poutou se retrouve à faire des interviews de 5 minutes sur France Inter lorsque d’autres ont des dizaines de minutes pour s’exprimer.

Mais la faute n’en incombe pas seulement à l’Arcom. Les grands médias ont évidemment une responsabilité dans ce déséquilibre flagrant, en acceptant de jouer servilement le jeu de « l’équité » et en privilégiant systématiquement – ce à quoi l’Arcom ne les oblige pas – les « bons » créneaux pour les « gros » candidats. C’est ainsi que Philippe Poutou se retrouve à être invité aux matinales radio… du samedi et du dimanche. Nous aurons l’occasion d’y revenir, en révélant certaines des coulisses de ce maltraitement. À titre d’exemple, nos lecteurEs seront sans doute charmés d’apprendre que la couverture télé-radio des obsèques d’Alain Krivine a été décomptée comme du temps de parole de Philippe Poutou.

Les « gros » candidats dans le moule antidémocratique

Mais au-delà de l’Arcom et des médias, il en va également de la responsabilité des candidatEs institutionnels qui, au pire, se servent de ces règles iniques pour minorer le temps de parole des autres (en refusant par exemple de participer à une soirée électorale de BFM-TV, ce qui crée mécaniquement une entorse à l’équité) ou, au mieux, acceptent de « jouer le jeu », en se rendant par exemple à une émission de TF1 sur la présidentielle de laquelle quatre candidatEs sont exclus. Le summum du mépris et de l’arrogance autoritaire est évidemment atteint par Macron qui, en postulant qu’il refuserait de participer à un quelconque débat avant le premier tour, a largement contribué à favoriser les logiques anti-démocratiques de la campagne. Non qu’un débat entre touTEs les candidatEs aurait réglé tous les problèmes. Mais le refus du monarque d’accepter de se faire directement interpeller sur son bilan n’a rien d’anodin et donne le ton.

Nous avons écrit à l’ensemble des candidatEs de gauche (ou du moins se revendiquant comme tel) pour poser les problèmes et pour leur demander s’ils et elles étaient prêts à envisager une protestation commune, autour entre autres de l’exigence d’un débat entre touTEs les candidatEs. Nous n’avons malheureusement eu, à ce stade, aucune réponse, chacunE préférant sans doute se concentrer sur son écurie et sa campagne. Dont acte. Cela ne nous empêchera pas de continuer à défendre nos positions et notre programme, tout en faisant des propositions unitaires lorsque nous estimons que cela est judicieux – voire nécessaire. Il serait en effet grand temps que chacunE réalisé, du côté des forces progressistes, que c’est dès maintenant que se préparent les lendemains de l’élection, et que l’on ne sera jamais trop nombreux pour résister à la prochaine violente étape de l’offensive réactionnaire.