Publié le Mercredi 4 février 2026 à 11h00.

Un budget de sursis pour un régime en crise

Le budget a donc été définitivement adopté lundi 2 février à l’issue d’une séquence qui aura montré l’ampleur de la crise de régime et l’illégitimité du gouvernement. 

Trois gouvernements, un Premier ministre qui se saborde avant des mobilisations, une loi spéciale et un budget encore unanimement rejeté en commission des finances trois jours avant son adoption via le 49.3… Le pouvoir obtient un sursis. Mais pour combien de temps ?

Un budget de guerre sociale et de guerre tout court

Lecornu l’écrivait aux patrons il y a quinze jours pour les rassurer : « Vous demandiez de la stabilité (…). Ce message a été entendu. » Et « l’ensemble des règles fiscales applicables aux entreprises est stabilisé ». Traduction : ce budget permet de stabiliser la situation politique sans toucher aux plus de 200 milliards d’euros d’aides publiques aux entreprises.

Dans ses grandes lignes, le budget 2025 est reconduit, avec le saupoudrage de quelques millions, que le PS pourra revendiquer (dégel du barème de l’impôt sur le revenu, abattement des retraitéEs maintenu…). Des miettes par rapport au seul poste de dépenses qui augmente : l’armée, avec une hausse de plus de 13 % (de 54 à plus de 60 milliards d’euros).

Le budget 2026 s’offre même la suppression de l’Institut national de la consommation (INC) et de son magazine, 60 millions de consommateurs. En 2025, l’INC, c’est notamment des alertes sur les produits ultratransformés dans l’alimentation pour les enfants, sur la présence de plastifiants dans des huiles d’olive, de pesticides et de fragments plastiques dans les épices, de métaux lourds dans des ­e-cigarettes, sur les manquements des assureurs et sur les poupées sexuelles d’apparence enfantine vendues sur la plateforme Shein…

« Il faut passer à autre chose »

C’est le vœu formulé par Lecornu. La suite va arriver en fait très vite car les prochaines attaques sont déjà sur la table. À commencer par le budget 2027, dont les premières réunions préparatoires auront lieu dès la fin des municipales. Ce budget devra doubler les réductions de dépenses pour tenir l’engagement de réduction du déficit à 4,1 % du PIB en 2027 (contre 5 % en 2026). Ces discussions vont s’ouvrir alors qu’il n’y a toujours pas de majorité. Du coup, une simplification du débat parlementaire est envisagée, « pour fluidifier les débats à venir », selon Yaël Braun-Pivet.

Les patrons sont déjà passés à autre chose. À la nouvelle mouture d’un sous-contrat pour les jeunes notamment : un CDI qui pourrait être rompu sans raison les premières années et payé moins que le SMIC… Vingt ans après, c’est le retour du Contrat première embauche (CPE). Mais le CPE, en 2006, c’est aussi la dernière grande victoire d’un mouvement social d’ampleur… Plus que jamais, l’enjeu est de remettre ça. (Lire à ce sujet notre dossier page 5.)

Comment repartir ?

La séquence qui se ferme avec l’adoption du budget ne clôt pas la crise politique. Et le risque que le RN accède au pouvoir est plus que jamais là. Les choix d’alliance du PS avec le gouvernement nous rapprochent de l’abîme.

Nous avons besoin de maintenir la perspective de l’unité politique autour d’un programme de rupture et de reprendre le chemin de la rue et des luttes. Dans les projections de François Bayrou, la baisse la plus importante des dépenses devait être réalisée en 2026 pour pouvoir lâcher du lest l’année de la présidentielle. Même si nous n’avons pas fait plier le gouvernement, ce sont bien nos mobilisations de l’automne et nos résistances de ces dernières années qui ont poussé le gouvernement à diviser par deux la réduction du déficit initialement prévue.

Il n’y aura pas de sortie de crise sans son approfondissement par nos mobilisations. Les municipales peuvent être l’occasion de construire des fronts antifascistes, de popularisation et de soutien aux luttes à l’échelle locale. Dès la journée de grève féministe du 8 mars, nous pouvons faire converger les différents fronts de notre solidarité internationale (Iran, Ukraine, Palestine, Venezuela, etc.) et antimilitariste. On ne passera pas à autre chose tant qu’on n’aura pas mis un coup d’arrêt aux projets de ce gouvernement !

Willam Donaura