Charlotte Puiseux est morte le 9 août dernier, à l’âge de 39 ans. Ces dernières années, ses livres et ses interventions militantes avaient permis à beaucoup de découvrir une pensée radicale sur la question du handicap, en lien avec le combat contre le capitalisme et toutes les oppressions. Charlotte avait milité au NPA, y entrant peu après sa fondation, et son départ laisse un grand vide.
Chez toustes les camarades qui ont connu Charlotte, une phrase revient : « Elle nous a fait avancer. » C’est vrai en particulier pour toustes les camarades valides qui n’avaient jamais questionné le point de vue dominant concernant les personnes dites « en situation de handicap » : un point de vue qui présentait le handicap comme une condition « objective », peu enviable, et qui ignorait ou minorisait le rôle des personnes handicapées dans leur propre libération et, en même temps, dans notre libération à toustes. Contre toutes les condescendances, Charlotte n’a eu de cesse de franchir les barrières qui n’avaient pas lieu d’être, en luttant contre les barrières réelles posées par une société qui exige des personnes handicapées qu’elles s’adaptent.
Quand elle a commencé à militer, elle avait déjà une réflexion avancée sur les liens entre différentes oppressions. Au contact, notamment, de camarades britanniques, elle a pu développer une compréhension marxiste du handicap vu sous tous ses angles. Le mouvement et la théorie crip, en particulier, l’ont profondément marquée, et l’on peut dire qu’elle a été l’une des principales interprètes de ce mouvement en France : un mouvement et une théorie qui situent la condition handicapée dans le cadre de l’adaptation forcée au monde de l’exploitation capitaliste. Lorsque l’adaptation des transports, du bâti et des modes de travail est jugée trop coûteuse, les personnes handicapées sont exclues du travail et de la vie sociale dans son ensemble. Au-delà, le regard infantilisant porté sur les personnes handicapées entraîne également une difficulté accrue à être reconnuEs dans la vie sociale, intellectuelle et amoureuse.
En entrant au NPA, Charlotte a tenté simplement de militer, quitte à devoir batailler sans cesse pour que les réunions aient lieu dans des locaux accessibles, à devoir convaincre qu’elle avait sa place jusque dans le service d’ordre, à tenter de convaincre avec patience les camarades qui ne comprenaient pas l’enjeu politique de cette lutte. Cette expérience, dont elle parle notamment dans son livre De chair et de fer, a fini par la conduire à la conclusion qu’elle serait plus efficace dans un mouvement spécifique, Les Dévalideuses, ainsi qu’en poursuivant ses études et son travail théorique. De notre point de vue, ce départ doit continuer de nous interpeller et nous inciter à remettre en question nos pratiques et notre vision du handicap. C’est le meilleur hommage que nous puissions lui rendre.
Toustes celleux qui l’ont connue se souviendront aussi de son humour, de son regard malicieux et de son goût de la fête. Après avoir dû batailler contre d’autres formes de scepticisme, Charlotte a mené à bien son désir d’avoir un enfant, et nous envoyons des condoléances toutes particulières à son fils, à son compagnon Vincent, à ses parents ainsi qu’à toustes ses proches.