Publié le Jeudi 23 juillet 2026 à 15h57.

Défendre le service public de la culture, faire vivre un art émancipateur !

L’écosystème économique du spectacle vivant, du cinéma, de l’audiovisuel et de l’édition, tel qu’il s’est établi depuis plusieurs décennies, est mis à mal : pendant que l’État et les collectivités territoriales se désengagent, les milliardaires fascisants gagnent du terrain.

L’extrême droite, dès qu’elle arrive au pouvoir, commence par s’en prendre à la culture et à l’audiovisuel public : en Argentine, le soutien public à la production cinématographique s’est effondré sous Milei ; en Hongrie et en Italie, Orbán puis Meloni ont attaqué l’audiovisuel public ; et Trump a pris la main — entre autres choses — sur le Kennedy Center. En France, le ­gouvernement actuel lui facilite la tâche.

Une situation alarmante

Vingt-huit institutions du spectacle vivant (théâtres labellisés, opéras) vont subir un « surgel » de leurs crédits : les subventions versées par l’État seront finalement inférieures de 13 % aux montants annoncés. [Dernière minute. Face à la levée de boucliers, le gouvernement a renoncé à ce surgel. NDLR]

Dans l’édition, la situation est également très préoccupante. Bolloré, on le sait, détient désormais une grande partie de la presse et de l’édition du pays. Mais, pour les maisons d’édition indépendantes, un nouveau coup dur vient d’avoir lieu : lorsqu’un livre est publié, il doit parcourir tout un chemin avant de parvenir en librairie. Or Makassar, intermédiaire majeur entre les librairies et un grand nombre de maisons d’édition de gauche, annonce une faillite imminente, qui menace ­directement les ­maisons ­concernées. 

Dans l’audiovisuel public, le gouvernement prépare le démantèlement ; dans le cinéma, Bolloré concentre les pouvoirs et l’État laisse faire.

L’assèchement de la vie culturelle fragilise les conditions de la création et crée un terreau sur lequel l’extrême droite n’aura plus qu’à faire fleurir ses projets nauséabonds.

L’extrême droite veut transformer la culture en propagande

Dans le spectacle vivant notamment, l’extrême droite prétend savoir ce qu’est un art populaire. Le Puy du Fou en serait l’archétype : on paye très cher son billet (pas loin de 50 euros par jour et par adulte) pour se balader dans une nostalgie savamment orchestrée de l’Ancien Régime. « C’était mieux avant » : la faute à la Révolution française, qui a ôté leur joie de vivre aux paysans. Le Puy du Fou a inspiré d’autres spectacles son et lumière tout aussi nauséabonds, comme ceux financés par Stérin, qui esthétisent les drapeaux nazis en redonnant du cachet à la croix gammée.

Face à ces mascarades, une tradition théâtrale décentralisée s’est ancrée en France depuis la fin des années 1940. Festivals et salles de spectacle subventionnées sont présents sur tout le territoire. Contrairement à une idée reçue, les théâtres publics sont pleins (entre 80 et 90 % de remplissage) et accueillent en particulier de nombreux jeunes : plus de 20 % de leur public a moins de 26 ans. Dans le réseau des centres dramatiques nationaux, le prix moyen du billet est de 9 euros. 

Quant aux près de 6 000 compagnies qui maillent le territoire, elles inventent chaque jour des activités d’éducation artistique et culturelle, parallèlement à la diffusion de leurs spectacles. De la crèche à l’Ehpad, en passant par les prisons et les hôpitaux, les artistes sont présentEs sur l’ensemble du territoire pour faire de l’art et de la culture une richesse au quotidien, et pas seulement les jours de fête.

Mais cela n’empêche pas l’extrême droite de dénoncer un prétendu entre-soi culturel et de proposer de remplacer cette activité foisonnante par quelques têtes d’affiche programmées à des tarifs exorbitants… Et ce serait cela, un art populaire !

Mettons la culture au centre du débat politique !

Les travailleurEs du spectacle s’organisent : 1 800 personnes se sont rassemblées à Avignon pour défendre notre modèle culturel !

Mais ce combat ne concerne pas les seulEs professionnelLEs du spectacle. L’ensemble des forces progressistes doit s’engager dans la bataille culturelle. Réapproprions-nous la culture du débat esthétique et du dissensus. Réapprenons à confronter des avis divergents sur les œuvres que nous voyons. Mais, pour cela, réclamons le droit de continuer à découvrir des œuvres vivantes et originales — certaines un peu ratées, d’autres qui nous habiteront à jamais — qui, ensemble, continuent de faire de nous des êtres complexes et critiques, capables de s’émanciper.

Marie S.