Publié le Mercredi 10 juin 2026 à 11h00.

La France empoisonne ses paysannEs, ses habitantEs et ses écosystèmes pour les actionnaires

Présentée comme une réponse à la crise agricole, la loi adoptée le 2 juin par l’Assemblée nationale poursuit en réalité la même logique productiviste que les gouvernements précédents. Pesticides, mégabassines, élevage industriel : au nom de la compétitivité, le vivant et les intérêts des paysannEs sont sacrifiés au profit de l’agro-industrie.

 

Ils ont menti. Ils ont détruit. Ils recommencent. En mai 2017, Emmanuel Macron monte les marches de l’Élysée au son de l’Hymne à la joie. Il allait interdire le glyphosate, réduire les pesticides de moitié, protéger la biodiversité. « Make our planet great again ». Neuf ans plus tard, le bilan est brutal : la France artificialise deux fois plus vite que ses voisins, les pesticides n’ont jamais autant circulé dans nos nappes, 90 000 fermes ont disparu. Et le 2 juin 2026, l’Assemblée nationale adoptait à 369 voix contre 178 une loi qui organise méthodiquement la destruction du vivant au profit d’une poignée de grands propriétaires terriens. Ce n’est pas une erreur de politique publique. C’est un choix de classe.

 

Écophyto, symbole d’une trahison permanente

En 2017, Macron promet : le glyphosate sera interdit « au plus tard dans trois ans ». En 2020, la France bat un record historique : 8 644 tonnes vendues en un an. Le plan Écophyto, censé réduire de moitié les pesticides avant 2018, a été décalé, édulcoré, enterré. Entre 2016 et 2018, les ventes de produits phyto­sanitaires avaient bondi de 25 %. Le ministère de l’Agriculture — fief de la FNSEA — a toujours gagné ses bras de fer contre l’écologie. Toujours.

 

Des ministres, un seul patron : la FNSEA

Neuf ans, cinq ministres, une seule politique. Travert (2017-2018) enterre la sortie du glyphosate et reçoit les félicitations de la FNSEA. Denormandie (2020-2022) accorde les premières dérogations pour les néonicotinoïdes « tueurs d’abeilles ». Fesneau (2022-2024) se félicite d’avoir posé « une brique importante » — pendant que pour 3 agriculteurs partant à la retraite, 1 seul jeune s’installe. Genevard (depuis 2024) n’a plus besoin de masque : c’est elle qui déclare que le mot « sobriété » est « un chiffon rouge absolu » pour les irrigants, et qui préside sereinement à l’adoption de la loi Duplomb puis de la loi d’urgence agricole. Aucune n’a réglé le revenu des paysans. Aucune n’a rompu avec la FNSEA. Ce n’est pas de l’incompétence. C’est de la cohérence de classe.

 

Duplomb légifère pour sa propre ferme

Laurent Duplomb se présente comme « un petit paysan ». Depuis 2020, sa structure familiale a capté plus d’un million d’euros d’aides publiques — 209 000 euros à elle seule en 2023, ce qui le place dans le 1 % des exploitations les plus aidées de France. Sa propre loi de juillet 2025 relevait le seuil d’autorisation des élevages de 150 à 200 vaches. Seuil utile s’il veut agrandir. Il agrandissait, pendant le vote. Derrière lui, la FNSEA co-rédige les textes agricoles depuis des décennies : 20 % des exploitations captent la moitié des aides de la PAC. Le modèle tue les paysans. Et on continue de le financer.

 

2 juin 2026 : le saccage voté en séance publique

Troisième texte agricole en moins d’un an. « Trois textes qui conduisent dans la même impasse productiviste », résumait Mathieu Courgeau, président du Collectif Nourrir.

Ils ont voté pour privatiser l’eau. Les mégabassines deviennent la réponse officielle à la sécheresse. Les réunions publiques sont supprimées. Seuls 6 % des agriculteurs irriguent, et 36 % de leur production part à l’export. « Avec les mégabassines, on exporte notre eau », dénonçait la députée Manon Meunier.

Ils ont voté pour l’élevage industriel sans contrôle. Le gouvernement peut réécrire par ordonnance — sans vote, sans débat — le cadre réglementaire des bâtiments d’élevage. Les associations qui s’y opposent pourront se voir réclamer des dommages et intérêts : un mécanisme pour assécher les finances des opposantEs.

Ils ont voté pour réintroduire les pesticides qui passent la barrière placentaire. L’acétamipride et le flupyradifurone — néonicotinoïdes interdits, toxiques pour les pollinisateurs, détectables chez le fœtus — sont en voie de réautorisation. Le Conseil constitutionnel avait censuré la mesure en août 2025. Qu’à cela ne tienne : le 30 avril 2026, les parlementaires ont voté contre la publication d’un rapport scientifique sur le sujet. On étouffe la science.

 

Ce qu’ils appellent « urgence », nous l’appelons pillage

Leur urgence agricole est l’urgence capitaliste : accélérer la concentration des terres, lever les derniers obstacles à l’agro-­industrie, transformer l’alimentation d’un peuple en variable d’ajustement des marchés. « Quand les politiques vont-ils prendre conscience qu’on va crever avec ce modèle ? », demandait Stéphane Galais, secrétaire national de la Confédération paysanne. Leur réponse, ils l’ont votée à 369 voix contre 178.