Publié le Mercredi 17 juin 2026 à 15h00.

Parcoursup, un rouleau compresseur

Le mardi 2 juin, à 19 heures, les premiers résultats de Parcoursup sont tombés. Pour les 1 046 000 candidatEs inscritEs sur la plateforme, c’est le début de plusieurs longues semaines de stress, d’angoisse et d’incertitude quant à leur avenir. Cette année, ce sont un tiers des candidatEs qui n’ont reçu aucune réponse favorable.

Créé en 2018 dans le cadre de la loi « orientation et réussite des étudiants » (ORE) portée par Frédérique Vidal, alors ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, Parcoursup remplace APB (Admission post-bac) et devient le passage obligé pour une jeunesse voulant accéder aux études supérieures. Mais une fois encore, cet algorithme montre sa véritable fonction : mettre en concurrence autour de la sélection et gérer la pénurie de places dans les universités.

 

Toujours plus de candidatEs, toujours moins de places

Comme chaque année, le nombre de candidatEs bat le record de l’année précédente. Cette fois-ci, ce sont 1 046 000 candidatEs contre 980 000 l’année dernière, soit une augmentation de 7 %. Cependant, les capacités d’accueil dans les universités ne suivent pas, avec des amphithéâtres qui débordent et de moins en moins de personnels. Les conséquences sur la plateforme ne sont donc pas une surprise : davantage de refus, des listes d’attente interminables et de plus en plus d’étudiantEs laisséEs sans solution pour l’année scolaire 2026-2027. 

La situation n’est pas moins alarmante en master. Sur la plateforme Mon Master, on observe une augmentation de 8 % des demandes alors que les places, elles, diminuent et ont même chuté de plus de 13 % dans les formations les plus demandées.

 

Une jeunesse triée au profit du patronat

Face à ce constat, le gouvernement se dédouane en mettant en cause l’augmentation démographique. Mais nous ne sommes pas dupes. Le rouleau compresseur de Parcoursup est le produit de décisions politiques parfaitement assumées par les gouvernements successifs, orchestrant des coupes budgétaires de plus en plus insoutenables dans l’Éducation nationale et l’enseignement supérieur. Pendant que les universités manquent de places et de personnels, le gouvernement trouve des milliards pour le réarmement et l’économie de guerre. De l’argent magique, oui, mais pas pour l’enseignement public.

Parcoursup est un produit pur et dur de la logique néolibérale et de la rationalisation capitaliste. En faisant de l’université un lieu élitiste fermé aux classes populaires, le système pousse une partie de la jeunesse vers une insertion directe dans le monde du travail. Nous ne sommes pas toustes égaux face à l’algorithme. Le tri passe par l’invisibilisation des dossiers, par une méconnaissance de l’outil, de ses codes. En ce sens, c’est tout un pan de la société qui en est exclu, une jeunesse précaire, souvent non blanche. En effet, ce sont les jeunes des classes populaires et les jeunes raciséEs qui sont les principales victimes de cette sélection. Alors que les ouvrierEs représentent 20 % de la population générale en France, les enfants d’ouvrierEs ne représentent que 9 % des étudiantEs. En outre, d’après le rapport de l’ONDES, les candidatEs sur la plateforme Mon Master aux nom et prénom identifiés comme d’origine française ont 8,5 % de chances de succès de plus que les candidatEs aux nom et au prénom identifiés comme d’origine africaine.

 

Contre la sélection, construire le rapport de forces !

Cette sélection répond aux besoins du patronat. Cette jeunesse qui ne fait pas d’études supérieures car éjectée de cette opportunité devient alors une main-d’œuvre à bas coût, prête à accepter des salaires dérisoires et des emplois précaires pour survivre.

Depuis 2018, et comme chaque année, la rentrée universitaire est l’occasion de remettre en question la loi ORE et la sélection mise en place par le gouvernement, mais surtout de se mobiliser avec les « sans-fac » dans les universités. La rentrée de septembre 2026 ne fera pas exception.