Publié le Samedi 7 mars 2026 à 09h00.

Au Sénégal, une dérive autoritaire nourrie par la dette

La réponse du gouvernement à la crise de la dette aggrave la situation sociale des populations et restreint l’espace démocratique.

Le Sénégal est entré dans une zone de fortes turbulences. Les audits sur la situation économique du pays montrent que les chiffres publiés par l’ancien ­gouvernement dirigé par Macky Sall étaient faux.

Manipulations comptables

En 2023, le montant officiel de la dette était estimé à 17 milliards de dollars. En réalité, au moins 7 milliards de dollars ont été dissimulés, plaçant le Sénégal parmi les pays les plus endettés du continent.

L’essentiel de cette dette cachée provient de prêts accordés à des entreprises parapubliques, enregistrés comme emprunts commerciaux. Ces structures, bénéficiant de la garantie de l’État, ont financé de grands travaux d’infrastructures dont la pertinence interroge, notamment l’aménagement d’un réseau autoroutier, la construction d’un nouvel aéroport international ou encore l’achat de biens immobiliers pour différents ministères.

À l’époque, la politique de Macky Sall était saluée par les dirigeantEs des institutions financières, notamment le FMI. Aujourd’hui, ce dernier conditionne un prêt de 1,8 milliard de dollars à la restructuration de la dette qui placerait le pays sous tutelle en lui imposant les recettes classiques des politiques d’ajustement structurel : démantèlement des services publics, privatisations et ­suppressions des subventions.

Des mesures contraires aux intérêts populaires

Cette situation a provoqué une crise au sein du gouvernement. Le président Diomaye Faye se montrerait plus conciliant envers le FMI que son Premier ministre Ousmane Sonko, qui exclut toute restructuration de la dette et défend des solutions préservant la souveraineté nationale.

Certaines mesures prises vont cependant à l’encontre des populations : instauration d’une taxe sur les transferts d’argent par mobile, très utilisés en Afrique, et réduction des subventions à l’énergie. Les autorités élues sur la promesse de répondre aux attentes sociales mènent une politique à l’opposé.

La mobilisation des étudiantEs, réclamant le paiement de leurs bourses, en témoigne. Le retard atteint parfois une année. La réponse du gouvernement a été d’une grande brutalité : fermeture des restos U, intervention violente des forces de l’ordre sur le campus, passage à tabac d’étudiantEs, entraînant la mort d’Abdoulaye Ba, et saccage de la cité universitaire.

Cette répression s’étend également aux journalistes et aux opposantEs, accuséEs de délits d’opinion. Alors que des « assises de la justice » se sont tenues en juin 2024, aucune des propositions visant à renforcer les droits démocratiques n’a été mise en œuvre.
Pire encore, une vague d’homophobie traverse le pays, alimentée par un projet de loi porté par Sonko, prévoyant pour les « actes contre nature » des peines d’emprisonnement allant de cinq à dix ans.

La solution n’est sûrement pas d’affaiblir les droits démocratiques, mais, au contraire — comme le suggère la gauche radicale — de contester cette dette odieuse en mettant en lumière la responsabilité du FMI.

Paul Martial