Publié le Mercredi 9 septembre 2026 à 11h00.

Le « net », le « brut » et les truands

Alors que l’inflation s’envole à nouveau, la seule évocation d’une augmentation des salaires a suscité l’hilarité générale à la grand-messe de rentrée du MEDEF. À l’inverse, l’exigence du « rapprochement du salaire net du salaire brut », reprise par les bons élèves É. Philippe, G. Attal et B. Retailleau, y a été applaudie avec enthousiasme.

 

Cette revendication s’inscrit dans la campagne menée par le MEDEF à l’occasion de la présidentielle. Pour « alléger durablement le coût du travail, simplifier le système, et redonner des marges aux entreprises », le MEDEF revendique soixante milliards d’euros d’exonérations supplémentaires de cotisations dites « patronales » à la Sécurité sociale. Il demande, dans le même temps, un allègement de dix milliards d’euros des cotisations dites « salariales », ce que résume la formule « rapprocher le salaire net du salaire brut ».

Pour les patrons, l’affaire serait, en effet, excellente. Soixante milliards d’euros d’exonérations de cotisations sociales s’ajouteraient aux quatre-vingt-trois milliards déjà accordés. Elles permettraient de grossir les « marges » des entreprises, tandis que « l’augmentation du salaire net » par la suppression des cotisations dites « salariales » ne leur coûterait rien.

En finir avec le salaire socialisé

La création de la Sécurité sociale, en 1945, a imposé, dans un rapport de forces favorable, l’obligation pour l’employeur de verser des cotisations sociales s’ajoutant à la rémunération directe (nette) de ses salariéEs. Cette part supplémentaire de salaire est mise en commun (« socialisée ») dans les caisses de Sécurité sociale pour répondre de manière collective et solidaire à des besoins sociaux fondamentaux des salariéEs : éducation des enfants, santé, retraites. Les 443 milliards de cotisations sociales (« salariales » ou « patronales ») actuellement collectées en France constituent une part de salaire qui va aux travailleuses et travailleurs, aux retraitéEs, aux malades, aux victimes d’accidents du travail, ou qui permet l’éducation de leurs enfants. Pour le patronat, elles ont le gros défaut de diminuer la part des profits. C’est bien à cela que le MEDEF veut mettre fin.

Le « salaire brut » est une notion virtuelle qui figure sur une ligne du bulletin de salaire. Dans la réalité, n’existent que le « salaire net » que touche effectivement le ou la salariéE à la fin du mois et les cotisations sociales, qu’elles soient « patronales » ou « salariales », que le patron verse obligatoirement à l’Urssaf (Sécurité sociale). Attirer l’attention sur le salaire brut permet de créer l’illusion d’un intérêt commun des salariéEs et des patrons dans une lutte contre les « charges » sociales.

Les salariéEs ont, au contraire, tout à y perdre.

Comme le reconnaît très explicitement le MEDEF, la baisse massive du financement par des cotisations aurait une triple conséquence. Premièrement, la mise à contribution de toutes celles et ceux qui ne sont pas « au travail », à commencer par les retraitéEs. Deuxièmement, la réduction de la Sécurité sociale à une couverture minimale. Elle devrait être complétée par des assurances complémentaires privées (santé, retraites), dont les cotisations ponctionneraient d’autant le salaire « net » que le MEDEF prétend augmenter. Troisièmement, le remplacement des cotisations par une fiscalité indirecte. L’augmentation de la TVA de 2,3 points (19 milliards d’euros aux dires du MEDEF), pesant essentiellement sur les classes populaires, achèverait d’anéantir l’augmentation promise du salaire net.

À ce marché de dupes, il faut opposer l’exigence de la hausse des salaires, et donc des cotisations sociales, et celle du financement intégral de la protection sociale par des cotisations dites « patronales ». Cette lutte suppose évidemment un affrontement avec le patronat et le pouvoir pour la répartition de la richesse produite entre salaires et profits.

L’urgence d’un combat unifié

En cette rentrée, les hausses des prix des carburants, de l’énergie et de l’alimentation prennent à la gorge des millions de salariéEs. Elles montrent l’urgence d’une mobilisation de grande ampleur pour l’augmentation des salaires et leur indexation sur les prix. Ce combat est indissociable de la lutte contre l’austérité budgétaire que veut imposer le gouvernement et son cortège de nouvelles régressions touchant les services publics et la protection sociale.

La colère est là. Encore doit-elle s’organiser efficacement pour que les patrons et le pouvoir cessent de rire quand il est question d’augmentations de salaires et de mettre fin à l’austérité. Pour cela, il faut tout autre chose que les initiatives en ordre dispersé qui vont s’égrener au long du mois de septembre. Elles doivent néanmoins être utilisées comme tremplin pour préparer une mobilisation gréviste, unitaire, interprofessionnelle, dans la durée, pour imposer l’augmentation des salaires et le financement de la protection sociale à hauteur des besoins par les cotisations des employeurs. C’est la condition pour que notre camp social reprenne confiance dans ses forces et impose ses solutions, sans que l’impuissance et la démoralisation ne le poussent vers un vote pour l’extrême droite.