Publié le Vendredi 29 mai 2026 à 21h54.

Désarmer le béton 

Le béton moderne a émergé au 19e siècle avec l’invention du ciment. Depuis 1945, sa place est centrale dans le secteur de la construction. Associé à une urbanisation exponentielle, c’est le matériau le plus rentable dans une économie capitaliste axée sur le profit et au cœur des accointances politiques et des conflits d’intérêts.

Comme le montre le chantier de l’A69, où le groupe Pierre Fabre œuvre depuis des années pour imposer l’autoroute, le béton est au cœur des logiques productivistes et de nombreux grands projets inutiles. Obéissant au « toujours plus » de la croissance infinie, son usage massif repose sur une extraction colossale de ressources : d’après l’architecte Léa Hobson, on extrait chaque année neuf fois plus de granulats que de pétrole (Désarmer le béton - Ré-habiter la terre, La Découverte, 2025). Le béton est aujourd’hui de plus en plus remis en cause pour ses effets néfastes.

Énergivore

Sa fabrication nécessite de grandes quantités d’énergie, souvent issues des énergies fossiles, et de l’eau potable, impactant les ressources locales disponibles pour l’agriculture et les besoins domestiques.

Extractiviste

En 30 ans, la demande de sable, ressource non renouvelable, a triplé. La surexploitation conduit à sa disparition dans de nombreux endroits du monde.

De plus, l’extraction du « bon sable », celui des bords de rivières et des littoraux, laisse place à des trous d’eau qui mitent les paysages. Le long de la Seine, riche en alluvions, Lafarge, Cemex et consorts creusent inlassablement, toujours et encore. Si la loi les oblige à reboucher (avec les gravats du Grand Paris entre autres), bien souvent les trous sont aménagés par les collectivités en plans d’eau touristiques et de loisirs. Les terres disparaissent, laissant place à une multitude de ballastières.

Altère la biodiversité

L’extraction du sable et des graviers dégrade les espaces naturels. La construction d’infrastructures en béton les fragmente, réduit les surfaces vertes et perturbe la faune et la flore. Des projets pharaoniques (le « Palm Island » à Dubaï ou le remblai de la raffinerie de Dangote Lekki au Nigéria, 30 millions de m3 de sable) montrent combien l’exploitation des ressources peut être monumentale et au détriment d’écosystèmes entiers.

Participe au réchauffement climatique

Le béton, c’est 8 % des émissions mondiales de CO2 et 30 % de celles du secteur de la construction.
Pollutions et maladies

Production de poussières, de projections, éboulement des berges, bruit des engins et des camions, affaissement de terrain, pollution des eaux souterraines. Déclenchement de maladies professionnelles : silicose, gale du ciment, ainsi que les accidents sur les chantiers.

Entrave à la rénovation

L’abondance et le bas coût du béton ont ancré le réflexe de la construction neuve au détriment de la rénovation ou de la réhabilitation d’habitats existants.

Construire sans béton est-il possible ?

D’après le site Reporterre, « dans 56 % des logements individuels en France, le béton peut être remplacé par d’autres matériaux ». Le collectif Les Batisseureuses des terres réunit des architectes, des artisanEs, des chercheurEs et travaille sur les alternatives qui existent, permettant de réduire l’empreinte carbone, d’améliorer l’efficacité énergétique et de créer des environnements intérieurs sains : la terre crue (mélange de terre, de sable, de paille, d’eau), matériau qui ouvre la porte aux femmes dans un secteur de la construction très masculinisé, réutilisable à l’infini et qui dure dans le temps ; le béton de chanvre (chanvre, chaux et eau) ; les ballots de paille. Ces alternatives ne génèrent pas de mégaprofits, et elles sont ignorées.

Dans la construction comme ailleurs, la reconversion des modes de production et des métiers est nécessaire. La bétonisation à outrance, c’est non !

Sophie Ozanne