Publié le Jeudi 21 mai 2026 à 08h00.

Mobilisation contre la centrale à bitume à Boën-sur-Lignon

Depuis près de dix ans, habitantEs, collectifs et militantEs se battent contre l’installation d’une centrale à bitume à Boën-sur-Lignon (42). Malgré les recours et les alertes sanitaires, les travaux ont commencé.

Boën-sur-Lignon est un gros bourg entouré de communes rurales à la sociologie modeste, à l’extrémité nord de Loire Forez Agglo, plutôt riche et bourgeoise. C’est sur cette proie facile que l’entreprise STAL TP a jeté son dévolu pour implanter une énième centrale à bitume, à moins de 300 mètres d’un Ehpad, d’un collège, d’une crèche collective et de zones d’habitation. 

Petits arrangements entre amis

L’enquête publique a logiquement massivement rejeté ce projet écocidaire. Les services concernés — ARS, service départemental de l’environnement — ont d’ailleurs rendu un avis unanimement défavorable à cette installation classée ICPE, située sur le bassin versant d’un réseau d’étangs en zone Natura 2000.

Mais c’était sans compter sur les amitiés de l’entrepreneur avec quelques potentats locaux : le maire-autocariste de Boën, devenu depuis sénateur, ainsi que les présidents de l’agglo, proches de ce dernier. Tous ont multiplié les arrangements iniques pour contourner les réglementations et permettre l’implantation, sur 2,7 hectares de terres humides, d’une industrie notoirement polluante au cœur d’un lieu de vie, au mépris le plus total de la santé des habitantEs.

Depuis 2016, l’association « Cesse goudron », des collectifs et des militantEs du NPA 42 se battent pour faire respecter le droit et ont réussi, grâce à différentes procédures — dont certaines sont encore en cours —, à retarder ce projet écocidaire. Depuis bientôt dix ans, nous menons, souvent de manière isolée, cette lutte inégale dans la Loire, dans un contexte où les appuis politiques et les intérêts financiers privés dictent largement les décisions.

De plus, l’État et ses représentantEs locauxALES n’ont manifestement même pas pris la peine d’ouvrir les dossiers (disponibles sur cessegoudron.fr) et n’ont donc relevé ni les inepties et invraisemblances techniques, ni les mensonges caractérisés de l’industriel. La collectivité ne s’est pas davantage émue de la gabegie de fonds publics profitant très directement à M. STAL et à son industrie polluante. 

Passage en force

Dans la nuit du 29 au 30 janvier dernier, les travaux ont commencé en catimini. Sous la protection d’une milice privée, l’entreprise s’est arrogé le droit de privatiser le domaine public et de bloquer une rue sans autorisation, à l’aide d’hommes équipés de chiens, sous le regard de la gendarmerie locale, manifestement complice de cette manœuvre illégale. RéveilléEs en pleine nuit, des militantEs ont tenté de s’opposer pacifiquement à ce nouvel acte de force de STAL TP, dont les sbires n’ont pas hésité à recourir à la violence, blessant deux camarades.

Le 27 avril, M. STAL a donné une conférence de presse à Saint-Étienne, à 60 km de Boën, au siège de la CPME dont il est administrateur. Il y a affirmé, sans rire et devant une presse silencieuse, que sa centrale à bitume ne rejetait que de la vapeur d’eau ! Sans jamais évoquer les dérivés du benzène, notoirement toxiques, rejetés dans l’air comme dans les sols, qui valent justement à son installation d’être classée ICPE… alors qu’il vient d’écoper d’une amende infligée par la DREAL pour pollution de l’air et de l’eau liée à sa centrale à bitume de Ternay, dans le Rhône.

Aujourd’hui, l’écocide est en marche ! Les travaux ont commencé par la destruction de la terre végétale sur une partie du site et l’installation de caméras de surveillance, alors même que plusieurs procédures judiciaires sont toujours en cours et que d’autres devraient suivre, avec la constitution de parties civiles de diverses organisations impliquées dans la mobilisation.
Bref, à Boën-sur-Lignon, on ne lâche rien : notre santé vaut plus que leurs profits !

Fred, NPA-A 42 et veilleur (140e jour) sur la ZAD de Boën-sur-Lignon