Drame, 2 h 25 min, 2026, actuellement en salle
Ce qu’il reste de nous retrace le destin d’une famille palestinienne depuis 1948 jusqu’à aujourd’hui.
Le film suit la désintégration progressive d’un milieu bourgeois palestinien contraint à l’exil après la création d’Israël, tout en interrogeant ce qu’il reste d’une identité collective marquée par la dépossession, la dispersion et la mémoire.
La réalisatrice mobilise les grands moyens du cinéma international, moyennant un certain conformisme formel, pour faire connaître plus largement la Nakba et ses conséquences intergénérationnelles.
Vivre après la Nakba
La première partie décrit la violence de 1948, de la dépossession, de l’expulsion et de l’exil.
Au fil des défaites politiques et militaires, la famille se fragmente. Il y a ceux qui partent et ceux restent — où ils peuvent. Ce film choral donne à voir une diversité de manières de faire avec la vie après un tel traumatisme, selon les générations et les subjectivités des différents personnages.
Le grand-père est toute sa vie habité par la colère contre l’injustice et la nostalgie du foyer perdu. Le père porte une forme de résignation apparente, un pragmatisme d’adaptation à ce qui est possible — mais rien ne permet d’échapper à la violence coloniale. Le fils, lui, est traversé par une révolte intérieure insondable, nourrie à la fois par le récit et par l’expérience vécue de la domination.
L’humiliation coloniale
Le film commence par une séquence sur la transmission et la poésie, à travers un très beau poème où la langue arabe parle d’elle-même de manière métaphorique — le grand-père transmettant à ses enfants le sens même de la métaphore. Cette ouverture vaut comme une clé du film.
En écho, une séquence marque particulièrement : une scène d’humiliation du père devant son enfant, comme l’exercice de la domination coloniale en fourmille. Cette scène vaut elle-même métaphore et symbole. Car la colonisation allie la spoliation matérielle, l’élimination des corps, et l’humiliation continue — celle des défaites et de leur mémoire, de la soumission, de la déshumanisation.
On ne dira presque rien ici de l’intrigue qui se noue à la fin du film, des questions éthiques et politiques qu’elle pose, de ce qu’elle donne à voir de la déshumanisation des palestinienNEs dans les yeux d’un colon — même lorsqu’il leur doit sa vie. Parce qu’il faut aller voir et faire voir ce film, qui peut — espérons-le encore — contribuer à ouvrir les sensibilités occidentales à la prise en compte des vies palestiniennes.
Olivier Lek lafferrière