Publié le Mardi 13 février 2024 à 15h00.

Série : The Restaurant, de Johan Rosenlind, Ulf Kvensler, Malin Nevander

Série suédoise, titre original : Löwanders (2017-2020), disponible sur Arte.tv.

Stockholm, 1945, la vie reprend son cours en Suède. Au sortir d’une guerre ay cours de laquelle le pays n’a pas été envahi par les nazis, grâce à des compromis douteux1 : accepter les réfugiés juifs mais leur appliquer certaines politiques antisémites, expulser vers la Norvège occupée les déserteurs Allemands et résistants Norvégiens, laisser les trains de la Wehrmacht traverser son territoire2.

À travers la famille Löwander, proprios d’un restaurant de luxe, on y voit une bourgeoisie raciste et antisémite, et regrettant la défaite des nazis, auxquels elle avait vendu du fer pendant la guerre et pour laquelle elle avait des penchants idéologiques.

La question du post-traumatisme de la Shoah y est ainsi incarnée par la figure de Suzanne, Française rescapée des camps de la mort et réfugiée à Stockholm.

On y découvre aussi en parallèle (un peu à la façon de la série culte Downton Abbey, dont elle s’inspire, mais de façon plus politique) le bas de l’échelle sociale, le monde des serveurs et des commis de cuisine : la surexploitation, les logements indignes et le rationnement (pendant que les bourgeois s’enrichissent grâce au trafic des coupons), dans un pays commençant à s’urbaniser et s’industrialiser.

La toile de fond, c’est aussi le syndicalisme, par la figure courageuse de Margareta, mère célibataire et lesbienne, à une époque où l’homosexualité était interdite. Et de manière plus large, la conquête des grands acquis sociaux d’après-guerre (sécurité sociale, retraites, allocations familiales), par l’intermédiaire d’une social-démocratie hégémonique et endossant un rôle proche de celui des partis communistes français et italien.

Résolument féministe et antiraciste, magnifiquement interprétée par chacun des acteurs, très vivante et dynamique, et n’hésitant pas à lever quelques zones d’ombre sur le prétendu « modèle nordique », c’est une grande et belle série.

Augusto Sandino