À Montpellier, travailleurEs et patientEs luttent ensemble contre la fermeture de leur centre de santé communautaire.
150 personnes se sont réunies le jeudi 26 février dernier devant la CPAM de l’Hérault pour demander le maintien des financements du centre de santé communautaire Human Santé, menacés, comme pour 25 autres centres en France, par Matignon. Nous avons interrogé les travailleuses et patientEs du centre ainsi qu’un membre de la coordination du social et du médico-social contre les coupes budgétaires.
Qu’est-ce que la santé communautaire ? En quoi modifie-t-elle votre pratique ?
Camille C (coordinatrice à Human Santé) : Pratiquer la santé communautaire, c’est accueillir toutes et tous dans des conditions favorables à la santé, faire de la promotion et de la prévention en santé, proposer une prise en charge globale avec plusieurs professionnelLEs en exercice coordonné, avoir des temps hors consultation pour se retrouver et s’entraider pour des patientEs qui demandent davantage d’accompagnement. C’est aussi questionner les rapports de domination, entre salariéEs — puisqu’on est en autogestion sans hiérarchie — et entre salariéEs et patientEs.
Pratiquer la santé communautaire, c’est accueillir tout le monde, avec une prise en charge globale, et questionner les rapports de domination
Camille M (médecin à Human Santé) : Notre prise en soin ne se base pas uniquement sur la pathologie, elle est plus globale. Par exemple, si une personne parle peu français et a des difficultés d’accès aux soins, elle va pouvoir être aidée par mes collègues médiateurEs. Elle va également avoir accès à des séances d’activité physique adaptée, à des séances avec une psychologue ou encore à un groupe de marche et de remise en mouvement. Cet accès gratuit et pluri-professionnel est hyper précieux, on n’a ça nulle part ailleurs. Je ne me verrais plus trop exercer seule en cabinet, ça me paraîtrait beaucoup trop compliqué, surtout pour un public qui accumule parfois énormément de vulnérabilité et de difficultés sociales.
Pourquoi vous mobilisez-vous aujourd’hui ?
Camille M : En fait, tous ces temps hors consultation, cet accès aux autres professionnelLEs, les ateliers de prévention et promotion en santé, le tiers-payant intégral… tout ça était financé par un dispositif appelé SECPA, expérimenté depuis 2021. On a appris en janvier que cette expérimentation s’arrêtait et on est entréEs dans une période de transition en attendant de rentrer dans le droit commun afin que les financements puissent être pérennes. Mais finalement on nous a dit que la période de transition allait s’arrêter sans que l’on rentre dans le droit commun. Donc on ne sait pas du tout comment on sera financé après octobre 2026, ce qui met en danger tout le centre de santé, ses salariéEs et ses patientEs. L’activité des médecins s’autofinance, mais si tous mes collègues s’en vont, il ne faut pas croire que les médecins vont rester travailler ici seulEs.
On aimerait que les financements se maintiennent, entrent dans le droit commun et s’élargissent
Camille C : Sachant qu’on n’est pas seulEs dans ce cas, on est 26 structures dans cette expérimentation. Et ce qu’on aimerait c’est que les financements se maintiennent, entrent dans le droit commun, mais aussi s’élargissent à toutes les structures qui le demandent en intégrant ce financement dans le PLFSS (projet de loi de financement de la sécurité sociale) 2027. On en accompagne beaucoup qui veulent se monter, toutes les évaluations du dispositif SECPA ont été positives et pour autant on nous arrête les financements donc on ne comprend pas cette décision du ministère de la Santé et de Matignon.
Pour quelles raisons des patientEs participent-ils à cette mobilisation ?
Didier (patient du centre Human Santé) : Un centre de santé communautaire, c’est vraiment une manière très différente d’aborder la médecine. On a plus de temps, on a l’impression d’être beaucoup plus écouté, on vient pas simplement chercher une ordonnance et repartir, on repart avec des conseils qui nous permettent de régler nos problèmes.
Elena (patiente du centre Human Santé et présidente de l’association) : J’ai beaucoup d’ateliers, ils veulent qu’en tant que patientEs on prenne notre santé en main et qu’on soit acteurEs ! D’ailleurs Human Santé est une association et la présidente, le secrétaire et le trésorier sont des patientEs !
Un centre de santé communautaire, c’est vraiment une manière très différente d’aborder la médecine.
Didier : Le centre c’est un endroit où on peut s’arrêter quand on passe, discuter avec les animateurEs et d’autres patientEs, rester un moment dans la convivialité.
Elena : On est tellement bien en tant que patientEs dans ce lieu, on s’y sent aussi en co-création, donc on participe aussi aujourd’hui, on n’a pas envie de perdre notre centre, on veut que ça continue et la médecine devrait être comme ça partout !
En quoi la lutte des éducateurEs de rue est-elle liée à celle d’Human Santé ?
Yoann (éducateur spécialisé dans l’accompagnement administratif au droit au logement et membre de la coordination du social et du médico-social contre les coupes budgétaires) : En amont de la coordo il y a eu une grosse mobilisation menée par APS34, des éducateurEs de rue, contre les coupes budgétaires qui menaçaient leur structure. L’équipe entière s’est mobilisée et d’autres travailleurEs du secteur se sont jointEs à la mobilisation pour montrer que la réalité des coupes budgétaires touchait plusieurs associations et services et a des conséquences sur les conditions de travail et l’accompagnement des personnes.
On a ensuite tenté d’élargir la lutte au-delà du secteur social pour apporter une réponse collective aux coupes budgétaires qui suivent la même logique dans la santé, dans la culture et l’ensemble des services publics. La coordo a subi toute une vague de répression en fin d’année dernière, on a vu de nombreux salariéEs membres être licenciéEs de manière abusive et des services entiers fermer.
Donner des soins dans une démarche globale coûte beaucoup moins cher que laisser la santé des gens dépérir
Pour ce qui est d’Human Santé, en tant qu’éduc on a rapidement identifié le centre comme un partenaire très sûr avec une démarche de santé globale, on y a orienté beaucoup de personnes en sachant qu’elles seraient accompagnées et en sécurité. En plus, il est prouvé que donner des soins dans une démarche globale coûte beaucoup moins cher que laisser la santé des gens dépérir. Cette coupe des financements c’est aussi une attaque envers les personnes précarisées et sans papiers. Alors dès l’annonce on a voulu se mobiliser aux côtés des travailleurEs du centre. Au-delà d’un soutien, l’idée est de faire coordonner leurs luttes et les nôtres et celles d’autres secteurs, pour s’opposer à une logique de dégradation des budgets des services publics !
Comment voyez-vous la suite de la mobilisation ?
Camille C : Pour ce qui est de la suite, le cabinet du ministère de la santé s’est dit prêt à travailler avec nous sur une nouvelle charte mais nous a prévenuEs que ça bloquerait à Matignon. Selon comment ça avance, on appellera à de nouvelles mobilisations et surtout quand le débat du PLFSS va commencer, c’est-à-dire en octobre 2026, là il va falloir vraiment charbonner !
Propos recueillis par Émi et Kiks du NPA-A Montpellier