Publié le Samedi 30 mai 2026 à 06h56.

Jubilä 432, de Leïla Martial

1 CD chez Full Rhizome, 2026, 13,99 euros.

Et si, pour changer, on se faisait juste du bien ? Avec son nouvel album, la chanteuse Leïla Martial ambitionne de livrer, dans un joyeux fourre-tout, la quintessence de toutes ses expériences musicales passées. 

Ce disque constitue une photographie très partielle du spectacle qu’elle a créé en 2023 et qui tourne toujours (courez-y !). Pour la première fois, elle assumait d’y être seule sur scène, avec sa fantaisie, sa drôlerie et son éclaboussant talent.

Une diva aux mille voix

Seule aux commandes ou presque, on aurait pu s’attendre à ce qu’elle se lance dans le même exercice que Björk ou Camille il y a quelques années : faire de sa voix l’unique instrument de tout un disque. Mais cela aurait mené à un exercice de style un peu inutile. On le sait, la diva a mille voix, et pas seulement humaines. Sur La Bergère, elle se mêle aux chants d’oiseaux. Sur La Rencontre, elle revendique les onomatopées comme un langage aussi pertinent que tous les autres existants.

Ses claviers l’accompagnent et, quelquefois, s’échappent dans des envolées électro frénétiques et indomptables. Et quand vient s’ajouter l’envie d’un orchestre à cordes, pourquoi se priver ! (Ce sont d’ailleurs ces cordes-là qui, ultime pied de nez, auront le fin mot du disque.) S’il devait y avoir une démonstration, ce serait peut-être celle qu’elle n’est pas seulement une interprète détonnante, mais aussi une compositrice inspirée — écouter entre autres les harmonies aventureuses et majestueuses de Might Be.

La plénitude par la multiplicité

Son appétit est insatiable et communicatif, et s’exprime sous la forme d’un catalogue déstructuré d’aventures et d’acrobaties, de Bach aux chants pygmées, traités de manière complexe et chatoyante ou, pourquoi pas, dans le simple accompagnement rythmique d’un sachet en plastique. Son univers n’est jamais indigeste, nous emmenant toujours en hauteur, y compris lorsque le propos se fait plus confidentiel. « Jubilation » est bien le terme approprié.

Le « 432 » qui complète le nom du disque évoque une fréquence d’accordage ancienne — plus basse que celle communément employée aujourd’hui — considérée comme plus pure et naturelle. Notre artiste y apporte sa propre définition : une fréquence où la plénitude serait atteinte par la multiplicité. Comme elle le dit elle-même : « À croire que pour aimer il suffit d’écouter. »

Benjamin Croizy