Publié le Dimanche 8 novembre 2026 à 12h00.

BD Extrême droite : le Grand Péril

Éditions Rue de l’Échiquier, 2026, 17,90 €

 

Bande dessinée documentaire écrite par Ugo Palheta et illustrée par Tommy Dessine, avec une préface de l’historien Johann Chapoutot

 

De l’extrême droite, on a parfois l’impression d’avoir dit tout ce qu’il y avait à dire. Ce sont des racistes, misogynes et voyous, friands de dictatures. Des violents, aussi, qui n’aiment et ne comprennent que la force. C’est sûrement pour ça qu’on les retrouve régulièrement impliqués dans des lynchages et des projets terroristes, quand ce n’est pas directement dans des assassinats de sang-froid, souvent à l’arme à feu, avec toute la lâcheté qui les caractérise.

Leurs dernières victimes se nomment Djamel Bendjaballah, Federico Aramburú et Pengo Bossio Wangi.

Pour accéder au pouvoir, ils disposent d’un outil : un parti politique qui a déjà réussi à les sortir de la marginalité dans laquelle leur adhésion au projet européen de l’Allemagne nazie les avait enfermés : le Rassemblement national. Le nouveau nom de cette organisation, une référence directe au Rassemblement national populaire, le parti ultracollaborationniste de Marcel Déat, est un signe supplémentaire de la continuité qui unit ce parti aux crimes fascistes de la Seconde Guerre mondiale. Son ascension électorale a pleinement bénéficié de la violence et des conséquences sociales du néolibéralisme, du cynisme des autres formations politiques et d’un discours médiatique complice.

En reprenant à leur compte ce que le Front national dit de lui-même, les responsables politiques et médiatiques ont pleinement joué le jeu de sa prétendue dédiabolisation. Pire, ils ont installé l’idée que le FN/RN serait un parti antisystème, qui défend les petits, qui représente les jeunes ou les classes populaires. Même les discours apparemment défavorables, comme l’accusation de « populisme », participent à cette normalisation. Ce confusionnisme matraqué à longueur d’éditos et de plateaux télévisés, couplé à la reprise du programme et des éléments de langage du FN/RN par la quasi-totalité du champ politique, a des effets jusque dans le camp antifasciste, et le risque est grand de ne plus parvenir à comprendre la nature et la spécificité de cette organisation.

La bande dessinée d’Ugo Palheta et de Tommy Dessine est un remède puissant à cette confusion. En une centaine de pages, illustrées par les dessins satiriques de Tommy, auteur avec Pascal Boniface de Géostratégix, et servies par l’érudition d’Ugo Palheta, auteur de Comment le fascisme gagne en France et animateur du podcast Minuit dans le siècle, elle propose une synthèse des travaux d’histoire, de sociologie électorale et de journalisme d’investigation dédiés au FN/RN. Le premier chapitre, consacré à l’histoire du FN/RN, revient sur sa fondation par un attelage d’anciens Waffen-SS, comme Pierre Bousquet ou Léon Gaultier, et de nostalgiques de l’Algérie française. L’objectif affiché par les cadres d’Ordre nouveau était alors d’offrir une vitrine électorale respectable à ce que la droite comptait de plus nazi et de plus violent. Cette histoire pose le cadre à partir duquel il faut comprendre le projet de ce parti, détaillé dans le deuxième chapitre consacré à l’idéologie du FN/RN, qu’il partage avec les groupuscules les plus ouvertement racistes. Le livre se termine sur l’analyse de la stratégie de l’extrême droite, de ses résultats électoraux et de ses complices.

Il y a fort à parier qu’une diffusion massive de cette BD permettra aux militantEs antifascistes d’affiner leurs argumentaires dans la course présidentielle de 2027. Peut-être même qu’offerte à Noël, elle pourra ouvrir les yeux à certainEs. Rien n’est joué.