Après l’attentat raciste de Trappes, la responsabilité des médias dans la banalisation de l’extrême droite est posée. La révolte en cours bouscule aussi leur traitement des mobilisations et ouvre des brèches dans les rédactions.
Depuis l’assassinat de Pengo Bossio Wangi, lors de la tuerie du 23 octobre à Trappes, la responsabilité médiatique dans la montée du racisme est pointée avec une vigueur nouvelle. La pétition demandant le retrait de la fréquence TNT de CNews dépasse 730 000 signatures : le seuil ouvrant la voie à un éventuel débat à l’Assemblée est franchi.
Ces bougés sont liés au rapport de forces créé par la mobilisation. La révolte, l’indignation face à la répression et la dénonciation du racisme médiatique ébranlent les discours dominants et donnent des points d’appui aux journalistes qui les contestent.
Des fissures
Le 24 octobre, BFMTV a déprogrammé Zemmour après une pétition dénonçant son invitation au lendemain de l’attentat. Le 26, après les accusations de la sénatrice RN Edwige Diaz contre Trappes, Alice Darfeuille, qui l’interviewait, a réagi : « C’est insupportable ».
Le 29 octobre, sur Franceinfo, Jennyfer Haas, vice-présidente des Jeunes LR, est restée silencieuse plusieurs secondes lorsqu’on lui demande si elle veut aussi interdire Reconquête comme LFI, compte tenu des condamnations de Zemmour pour racisme.
Ces gestes tranchent avec la déférence habituelle envers l’extrême droite.
Manon Mella, journaliste à France Inter, dénonce le pluralisme invoqué pour diffuser des discours racistes. Dès le 16 octobre, 780 étudiantEs en journalisme accusaient les rédactions d’invisibiliser les revendications lycéennes et les violences policières.
Les résistances se heurtent aux directions. Sur LCI, Isabelle Saporta a écopé d’une semaine de suspension après son accrochage avec Prisca Thevenot sur le mouvement social. La brutalité des plateaux est tolérée contre la gauche combative, mais la moindre ténacité devient insupportable quand elle vise le pouvoir.
La presse régionale commence aussi à offrir d’autres récits. À Lille, La Voix du Nord donne la parole aux jeunes qui contestent les annonces de Lecornu. Saper Vedere relève davantage d’articles centrés sur les jeunes dans la presse régionale que nationale. Mais les vitrines y restent souvent mieux traitées que les revendications.
L’Arcom rattrapée par son indulgence
L’Arcom a fini par saisir le parquet des propos de Zemmour diffusés sur LCI, BFMTV et CNews après le 17 octobre. Un réveil tardif : Mediapart révèle qu’en juillet, elle avait écarté une séquence raciste et complotiste de Zemmour des sanctions contre CNews, malgré l’avis contraire du rapporteur indépendant. Celui-ci soulignait le risque de légitimer des violences contre les populations visées. Le régulateur savait et n’a rien fait.
Arracher l’information aux milliardaires
Avec CNews, Europe 1 et le JDD, Bolloré dispose d’un appareil de promotion de l’extrême droite. Son groupe a pris 25 % de Frontières en septembre. Bouygues contrôle TF1 et LCI, Saadé possède BFMTV : quelques fortunes disposent d’un pouvoir exorbitant sur le débat public.
Amplifions la pression pour retirer à CNews sa fréquence TNT. Avec Acrimed, exigeons une loi contre la concentration, des droits collectifs pour les rédactions, un service public indépendant du gouvernement et du marché, et des moyens pour les médias associatifs. Le droit d’informer et d’être informé appartient à toustes.
Pétition "Supprimer CNews de l'audiovisuel français" : https://petitions.assemb…