En Europe, le temps de l’augmentation incessante de la production de voitures est terminé. C’est notamment le cas en France où le nombre de voitures fabriquées était de 1,34 million en 2024, un total inférieur à celui de 1960, année pendant laquelle 1,5 million de voitures avaient été produites.
Alors que les capacités de production installées avaient, il y a vingt ans, dépassé les 3 millions de voitures, depuis a été opérée leur destruction massive avec des centaines de milliers d’emplois supprimés et beaucoup de friches industrielles promises à l’abandon où la spéculation immobilière.
Un cas similaire lors de la Deuxième Guerre mondiale
Lors de l’irruption de la crise mondialisée de 2008, des premiers appels avaient été lancés pour la reconversion de ces usines condamnées à la fermeture par la logique du capitalisme. Pour en montrer la possibilité, l’exemple de la Deuxième Guerre mondiale avait été cité : rapidement General Motors avait, en 1942, réaffecté plusieurs de ses usines de la côte Est des États-Unis à la fabrication d’avions. Si cela avait été possible dans les années 1940 pour le secteur de l’armement, d’autres reconversions étaient possibles et nécessaires, dans les années 2000, pour la satisfaction des besoins de la majorité de la population. Mais la logique du capital l’emporta partout en Europe.
Brusque changement en 2025 : l’Union européenne décide, à l’horizon des dix prochaines années, l’investissement massif pour son réarmement. Entre les milliards d’euros à mobiliser et des armes effectivement utilisables, des usines sont indispensables pour les fabriquer : la « vieille » industrie automobile suscite toute l’attention du secteur de l’armement.
Des usines à vendre
En Belgique, alors que l’usine Audi de Bruxelles a été fermée par Volkswagen, le ministre de la Défense a déclaré : « Le site d’Audi Brussels est toujours vide. C’est un très beau site d’assemblage, de haute technologie. Ce serait quand même dommage que la Défense ne puisse pas en profiter. » En Allemagne, l’entreprise Rheinmetall « propose de racheter » l’une des usines Volkswagen. En Italie, la filiale IVECO de Fiat Stellantis fabrique déjà du matériel militaire et est prête à augmenter sa production, reprenant des usines automobiles à Fiat.
La France suit le même chemin
En France, il ne reste plus qu’une seule fonderie encore en activité pour Renault : les Fonderies de Bretagne actuellement en redressement judiciaire et en attente d’un nouveau repreneur. Le candidat le plus sérieux à la reprise est le groupe d’armement Europlasma dont le PDG a déclaré : « L’industrie automobile est en train de se transformer complètement, les volumes de la Fonderie ont diminué drastiquement et il n’y a pas d’activité qui puisse se substituer aussi rapidement que l’industrie de défense ». L’objectif est d’y produire, dès cette année 2025, 300 000 corps d’obus de mortier. Le plan de reprise indique qu’en consacrant 50 % de l’activité de l’usine à la défense, il serait possible de produire 3 millions d’obus par an et cela pour les profits du groupe Europlasma qui ne reprendrait que 240 des 285 emplois existants aujourd’hui, avec du travail forcé les samedi et dimanche.
En Allemagne, à l’initiative de membres du syndicat IG Metall opposés à la cogestion du plan de 35 000 suppressions d’emplois de Volkswagen, et de militantEs se réclamant de l’écosocialisme, un appel a été lancé pour la priorité aux transports collectifs : « Dans les conseils d’administration, deux solutions sont envisagées : une diminution drastique des effectifs, incluant la fermeture d’usines et le passage à la production d’armements. Ces deux options ne répondent absolument pas aux besoins de la société ».
La France est aujourd’hui l’un des premiers exportateurs mondiaux d’armes à destination de certaines des pires dictatures de la planète. S’il est possible d’utiliser la « vieille » industrie automobile à produire autre chose que des voitures, c’est bien au mouvement social de définir les besoins et les priorités. Le choix ne saurait être entre les bagnoles et les canons.
Jean Claude Vessillier