Publié le Jeudi 29 janvier 2026 à 16h57.

Renault fabricant de drones de combat !

Un nouveau pas vient d’être franchi avec l’implication de Renault dans la production d’armement et, plus globalement, dans le passage rêvé par Macron à une économie de guerre.

Deux des usines historiques de Renault devraient être « mobilisées » : Cléon, une usine de fabrication de moteurs, et Le Mans, spécialisée dans la fabrication de châssis, pour l’assemblage. Depuis déjà plusieurs mois, des prototypes de drones terrestres étaient testés sur les sites Renault de Guyancourt et de Villiers-Saint-Frédéric.

Un milliard d’euros sur dix ans

Un milliard d’euros, au total sur dix ans ! Ce « milliard » est brandi pour créer un effet de souffle et bien montrer que c’est du sérieux. Le partenaire en armement de Renault est « Turgis Gaillard », une toute récente entreprise d’armement du nom de ses deux fondateurs, avec 400 salariés pour un chiffre d’affaires annuel de 80 millions d’euros. Son site internet est plus bavard que Renault : le drone prévu, Chorus, est un engin kamikaze opérable à distance pour des frappes précises sur cibles mobiles, exportable si besoin vers l’Ukraine ou l’OTAN. L’avantage pour un profiteur de guerre, c’est qu’un outil kamikaze doit être renouvelé après chaque opération !

Alors que l’industrie d’armement est déjà florissante en France, pourquoi y enrôler Renault ? « Il capitalise ses atouts production (coûts bas, délais courts) dans un contexte politique favorable. Ce partenariat complètement inédit marque l’entrée des grands civils dans l’effort de défense nationale ». L’enjeu est d’abord politique : Turgis Gaillard vend ainsi la mèche.

« On n’est pas là pour faire des armes ! »

Cela est largement entendu parmi les ouvrierEs. La nouvelle, apprise d’abord par la presse, a souvent choqué et ne passe pas auprès de nombreux salariéEs. Il faut toutefois prendre garde à l’intoxication nationaliste qui commence à se répandre. Dès juillet, au moins cinquante ouvrierEs seraient installés dans un bâtiment séparé dans l’usine du Mans. À terme, des informations font état d’environ 200 salariés impliqués sur tout le périmètre du groupe Renault en France.

Les syndicats SUD et CGT se sont prononcés contre une production de Renault à des fins militaires. La CGT y a ajouté la demande que des garanties soient apportées « aux salariés refusant de travailler à la production de matériels à usage militaire ». Une sorte de droit à l’objection de conscience qui reprend la revendication qu’avait formulée l’Union démocratique bretonne en mai dernier lors du démarrage de la production d’obus aux Fonderies de Bretagne.

Construire un mouvement anti-guerre

L’enjeu est de passer de la protestation individuelle à un mouvement collectif. Ce qui est annoncé aujourd’hui chez Renault prouve à une large échelle la militarisation de l’économie voulue par les pouvoirs en place. Cela devrait nourrir le mouvement anti-guerre à construire dans le pays et celui-ci devrait aider à la construction de ripostes chez Renault et les autres entreprises concernées. Ne laissons pas faire !

Et n’oublions pas la leçon qui nous est donnée. Oui, une entreprise automobile peut produire, avec le savoir-faire des salariéEs, autre chose que des voitures ! Nous pouvons et devons choisir entre fabriquer des armes ou produire pour le bien commun.

Jean-Claude Vessillier