Publié le Dimanche 26 avril 2026 à 12h52.

Lutter contre les violences faites aux enfants dans le périscolaire

Après la mise en lumière des violences intrafamiliales (rapport de la CIIVISE) ou à l’école (affaire Bétharram), les témoignages de violences faites aux enfants dans le périscolaire se multiplient depuis 2025 : négligences, viols, agressions sexuelles, violences verbales, psychologiques ou physiques, commises par des animateurs.

Les violences faites aux enfants sont au cœur du système de domination patriarcal et adultiste. Ces révélations nous forcent à nous questionner sur la manière de recueillir la parole des enfants et de leur garantir la sécurité et l’épanouissement que devrait leur offrir la société.

Un phénomène massif

Entre janvier et avril 2026, 78 animateurs périscolaires ont été suspendus par la mairie de Paris, dont 31 pour des suspicions de violences sexuelles. Dans une école maternelle du 11e arrondissement, plusieurs plaintes ont été déposées pour agressions sexuelles sur des enfants de 3 à 5 ans ; un animateur est suspendu en avril 2025. Ce n’est pas un cas isolé : le collectif SOS Périscolaire recense 440 signalements pour violences (psychologiques, sexuelles, physiques, négligences) partout en France. Et nous savons que bien d’autres situations restent silenciées. Un an après, les mesures sont lentes et les classements sans suite se multiplient. Beaucoup d’enfants ne sont pas auditionnéEs et certainEs le sont dans des conditions stressantes et peu adaptées.

Cela met en exergue l’incapacité et le manque de volonté à protéger réellement les enfants. Très régulièrement soupçonnés de mentir, de manquer de cohérence, d’exagérer, de ne pas savoir de quoi ils parlent, la société use de leur vulnérabilité, minimise et banalise les violences faites aux enfants, comme s’ils et elles n’étaient pas des personnes à part entière. Des familles en témoignent.

Par exemple, lors du dépôt de plainte d’une mère pour sa fille qui a subi l’agression d’un animateur qui lui a montré son sexe, la policière lui répond : « Votre fille n’a pas été violée, est-ce que cela ne vous suffit pas ? »

Des causes structurelles

Des causes structurelles facilitent ces violences. Les personnels d’accueil périscolaire subissent des conditions de travail dégradées. Le manque de formation, le sous-effectif et la précarité empêchent de garantir un accueil satisfaisant aux enfants. La FCPE publie un rapport, intitulé « 50 propositions pour agir contre les violences à l’école et dans le périscolaire à Paris », qui met en avant l’importance d’améliorer les conditions de travail pour prévenir les violences et s’attarde notamment sur la formation des personnels, la détection des violences et l’accompagnement des familles. Le SUPAP-FSU revendique un recrutement massif et un meilleur taux d’encadrement.

Nos luttes doivent se soucier des violences faites aux enfants. Elles sont rendues possibles par le système patriarcal et adultiste qui nie leur droit de s’exprimer et délégitime leur parole. Pour faire entendre la voix des enfants, il faut des moyens pour la formation de toustes les adultes qui les côtoient au quotidien et, dans le cadre de procédures judiciaires liées aux violences, des conditions d’accueil respectueuses des enfants ainsi que des conditions de travail satisfaisantes pour les adultes. L’éducation à la vie sexuelle et affective dès le plus jeune âge, qui donne aux enfants la capacité de nommer et de dénoncer les violences auxquelles ielles sont confrontéEs, doit être renforcée. Enfin, il faut des moyens pour les protéger lorsque cela est nécessaire, notamment des logements pour échapper aux situations de violences intrafamiliales, comme pour l’aide sociale à l’enfance. Nous devons briser la loi du silence, refuser d’être complices et entendre la voix des enfants !

Commission nationale d’intervention féministe