Édito de l'Anticapitaliste n° 799, par Aurélianne Abitbol et Manon Boltansky
Suite au premier article de Mediapart, Patrick Bruel est désormais accusé par des dizaines de femmes de violences sexistes et sexuelles, allant du harcèlement sexuel au viol sur mineure.
Qui aurait pu penser qu’un homme blanc, en position de pouvoir, a pu user de sa position dominante pour agresser sexuellement des femmes ? Qui aurait pu imaginer que, dans une société patriarcale qui légitime les violences faites aux femmes (6 féminicides en 9 jours début mai, dans l’indifférence générale) et aux enfants, et laisse les agresseurs dans l’impunité la plus totale, de tels faits puissent se produire ?
On entend déjà les nombreux : « Non, pas Patrick Bruel ! Un si grand artiste ! Un si grand homme ! » Si ! Précisément parce qu’il était connu, admiré, riche… il a pu maintenir l’omerta pendant des années. Justement parce que les violeurs ne sont pas des monstres mais simplement des hommes dans une société traversée par la culture du viol. Patrick Bruel vient rejoindre Depardieu, Weinstein, PPDA et tant d’autres. Elle a une sale gueule, la place des grands hommes.
On aura ensuite droit à la débandade de celles et ceux qui voudraient séparer l’homme de l’artiste à force d’une gymnastique mentale dont seuls eux détiennent le secret, alors même que certaines paroles de ses chansons commencent à prendre un troublant double sens. « Qui a le droit de faire ça à un enfant qui croit vraiment ce que disent les grands ? », « J’te mentirais, si j’te disais que j’ai rien senti, rien entendu de ces non-dits ».
Ils expliqueront que nous devons penser à la vie et à la carrière brisées de ce pauvre homme meurtri par ces accusations, que les victimes sont des « sales connes » qui parlent trop tard, trop ou pas assez, qu’elles font ça pour la gloire ou l’argent.
Nous, nous pensons à elles, et à toutes celles qui n’ont pas encore parlé, et nous leur apportons tout notre soutien. Nous vous croyons.
Allez, on s’était dit rendez-vous au tribunal. Cette fois-ci, qu’il tombe. Et vite !