Après les restaurants qui retirent leurs menus enfants et les hôtels et les locations « childfree », les espaces no kids (sans enfants) prolifèrent et se déploient même à la SNCF. La goutte de trop pour les parents de jeunes enfants et les collectifs de protection des enfants, qui dénoncent une société adultiste.
Il est vraiment inquiétant de voir que les enfants sont de moins en moins toléréEs dans l’ensemble des espaces publics. Sur les réseaux sociaux, les commentaires et témoignages contre les enfants pullulent : ils seraient bruyants, dérangeants, mal élevéEs, bref, insupportables. Les lieux proposant alors des expériences « premium » uniquement pour les adultes se développent et plus d’un adulte sur deux déclare y être favorable. L’annonce, par la SNCF, du lancement de ses nouveaux espaces « Optimum », accessible uniquement à partir de 12 ans, vient ainsi parachever des années de discriminations.
Exclure les enfants, c’est exclure les femmes
Absence de tables à langer dans la plupart des lieux publics, manque de rampes ou d’ascenseurs pour les poussettes et landaus, absences de chaises hautes ou de réhausseurs dans les restaurants, interdiction pour les jeunes mères d’allaiter en public… Bref, toute la vie sociale devient inaccessible.
Dans le même temps, le manque de places en crèche, les différences salariales hommes-femmes et l’inégalité du congé parental entre la mère et le père font reposer la charge des enfants et la charge domestique sur les femmes. Lorsque les enfants sont exclus de la vie sociale et publique, les femmes en sont exclues tout autant.
Pas étonnant dans ces conditions que la natalité baisse. La volonté affichée du gouvernement Macron de « réarmement démographique » ne nous fait comprendre qu’une chose : faites des enfants mais restez chez vous !
Une société qui exclut et maltraite les enfants
C’est en fait l’ensemble de l’organisation sociale qui exclut et reproduit la domination sur les enfants. Une société qui fait comprendre aux enfants qu’ils ne sont pas les bienvenus est une société qui les pousse à se taire et qui entérine, en définitive, les violences commises à leur encontre.
On constate d’ailleurs que les violences faites aux enfants sont toujours aussi peu prises en charge : deux membres du collège directeur de la CIVIISE ont démissionné cette semaine, faute de pouvoir continuer un travail centré sur la parole de l’enfant.
Les juges des enfants croulent littéralement sous des centaines de dossiers, l’ASE devient un système qui broie bien plus qu’il n’aide les jeunes en danger, les scandales de violences dans les écoles commencent à peine à sortir après des années de silenciation, comme à Bétharram, les jeunes mineurEs isoléEs dorment dans la rue.
À l’inverse, nous devons pousser à la transformation de la société, qui accompagnerait les enfants et les traiterait comme des personnes à part entière !
– Accessibilité des transports et des lieux publics.
– Ouverture de places en crèche, et pour un vrai système de sécurité sociale de la petite enfance.
– Des moyens à hauteur des besoins pour la lutte contre les violences faites aux enfants. Maintien du programme EVARS.
– Formation des professeurEs et des professionnelEs de l’enfance. Embauche pour rouvrir des classes et des écoles.
– Multiplication des lieux où les enfants peuvent jouer.
Aurélie-Anne Thos