Publié le Vendredi 6 mars 2026 à 14h00.

« Les politiques municipales peuvent changer la vie des femmes »

Cette année, le 8 mars, journée internationale de lutte pour les droits des femmes, précède de peu les élections municipales. Lysa, militante du NPA-l’Anticapitaliste, se présente sur une liste unitaire à Saint-Ouen. L’occasion d’interroger la manière dont nos mobilisations féministes et leurs mots d’ordre peuvent se traduire concrètement, jusque dans les mairies.

En quoi les politiques municipales pèsent-elles concrètement sur l’accès à nos droits et sur nos conditions de vie ?

En fait, c’est assez large ! Les élections municipales sont des échéances qui ont des conséquences très concrètes. Les choix budgétaires des villes s’appliquent rapidement et peuvent directement améliorer (ou pas !) les conditions de vie et de travail des femmes. À Saint-Ouen par exemple, nous nous sommes donné deux priorités : d’une part l’accès au logement et d’autre part la défense des services publics, car on sait que les femmes sont en première ligne sur ces questions. Les villes, par leur pouvoir d’action budgétaire sur ces sujets, peuvent en fait impacter et changer durablement la vie des femmes.

Face aux violences conjugales, il faut créer les conditions matérielles pour que les femmes puissent se protéger et partir

La question du logement est très liée à celle de la prise en charge des violences conjugales. On le sait, dans les violences conjugales les situations d’emprise psychologique s’accompagnent souvent d’emprise économique. Pour que les femmes puissent se protéger et partir, il faut créer les conditions matérielles pour qu’elles ne soient pas isolées et sans logement. Il faut créer des centres d’accueil, sur le modèle des maisons des femmes à Saint-Denis par exemple, qui seraient des lieux à la fois d’écoute, de prise en charge sociale et juridique, mais aussi des lieux qui seraient des relais vers des logements fléchés expressément pour loger des femmes victimes de violences, avec ou sans plainte. C’est par exemple le rôle des dispositifs comme « Mon logement d’abord ». Les municipalités doivent mettre en place des zones d’accueil pour les femmes et les enfants victimes de violences. À Saint-Ouen, nous défendons l’ouverture d’une Maison des solidarités, sur le modèle de l’économie solidaire, qui ferait ce travail d’accompagnement complet des femmes victimes de violences conjugales mais pourrait aussi aider dans les cas de violences au travail avec un volet juridique.

Les municipalités gèrent l’accès aux crèches et le nombre de places disponibles, enjeu décisif pour l’égalité

Sur la question des services publics, ce sont aussi les villes qui gèrent l’accès aux crèches et leur nombre de places. Or la question des soins et de la garde des enfants est une question centrale en matière d’égalité femme-homme, y compris d’un point de vue économique. Les femmes sont plus souvent contraintes d’arrêter ou de diminuer leur activité salariée après l’arrivée du premier enfant et cela a des conséquences sur la suite, sur leur autonomie financière, l’avancement professionnel et bien plus tard sur le montant de leur pension de retraite ! À Saint-Ouen, on a principalement des crèches privées, l’idée est d’ouvrir rapidement des crèches municipales et d’augmenter le nombre de places. Certaines villes ont mis en place des jumelages entre des crèches et des maisons de retraite, pour recréer du lien social et lutter contre l’isolement. C’est dans notre programme à Saint-Ouen.

Mais pour ça, il faut aussi réinvestir des moyens ! On s’est aussi rendu compte que les nounous n’ont pas de lieu pour garder les enfants lorsque le domicile n’est pas accessible. Elles se retrouvent dehors toute la journée avec les enfants… Nous défendons aussi l’ouverture de locaux adaptés qui permettraient aux assistantes maternelles d’avoir des activités avec les enfants.

Beaucoup de candidatEs de droite ou d’extrême droite font campagne sur la sécurité. Quelle est notre réponse en tant que militantes féministes et révolutionnaires ?

D’abord, il faut revoir les chiffres : l’écrasante majorité des violences faites aux femmes se produisent à leur domicile, par quelqu’un connu par la victime. L’agresseur tapi dans l’ombre dans la rue, ce n’est pas qu’il n’existe pas, c’est qu’il est tellement minoritaire qu’il est insensé de vouloir faire une politique là-dessus avant de s’occuper de là où se produisent vraiment les violences : dans le couple. Les candidatEs d’extrême droite ou de droite alimentent ce mythe pour mieux servir leurs discours réactionnaires, sécuritaires et racistes. Iels mettent de côté 95 % des violences et se concentrent sur les cas qui leur permettent de nourrir leur rhétorique visant les hommes racisés, arabes ou noirs, et les étrangerEs.

L’écrasante majorité des violences faites aux femmes se produisent à leur domicile, par quelqu’un connu par la victime
Pour nous il faut d’abord agir sur la prévention des violences dans le couple, l’émancipation des femmes, l’éducation au plus tôt, une meilleure prise en compte des plaintes des victimes… Ce ne sont pas des policiers qui vont « rendre les rues plus sûres », la lutte contre les violences ne passe pas par des opérations marketing ou des applications mobiles ! En fait, ce qu’il faut c’est transformer en profondeur la société et notre rapport aux lieux publics : la question des transports publics (arrêts à la demande, fréquence de circulation, éclairage public), mais aussi par exemple celle des équipements sportifs adaptés aux femmes, avec des sortes de roulements aussi pour que tout le monde puisse utiliser les stades, les gymnases, la piscine municipale. À Saint-Ouen, on voudrait valoriser le sport féminin et permettre à toutes d’utiliser les espaces publics avec de la prévention !

Il faut transformer en profondeur la société et notre rapport aux lieux publics

La vidéosurveillance prend de l’ampleur, notamment dans le 93, mais il faut aussi la poser en termes de budget : cela représente de gros financements pour des effets assez limités, nous on pense que ces budgets doivent être dirigés vers l’accompagnement, la formation, le secteur associatif, en bref tout ce qui permet la prévention et pas la répression !

Il y a seulement 20 % de femmes maires en France, comment ­l’expliquer ?

En fait, c’est comme dans toutes les étapes de la vie politique, on retrouve peu de femmes malgré les exigences de parité des listes. C’est un problème en termes de représentation et aussi en termes d’action politique par la suite. Nous, on pense qu’il faut qu’on fasse les choses par nous-mêmes pour nous-mêmes !

À Saint-Ouen, le congé menstruel pour les agentes municipales est déjà d’actualité

Les enjeux d’attribution des noms des rues, d’arrêts de bus ou de métro sont souvent perçus comme minimes mais ils permettent aussi de rendre visibles les femmes et leurs luttes, leur histoire et leurs combats.

À Saint-Ouen, le congé menstruel pour les agentes municipales est déjà d’actualité, preuve en est que les décisions municipales peuvent avoir un réel impact sur le quotidien des femmes !

Propos recueillis par Aurélie-Anne Thos