Publié le Dimanche 7 juin 2026 à 18h00.

Au sud du Sud global : une grande victoire contre l’extractivisme

Cette histoire cherche à faire connaître un exploit populaire pour la défense de l’eau et du territoire dans un petit bout du monde, Chubut, dans le sud de l’Argentine actuelle, mais que dans la vision mapuche on nomme Wallmapu, sans frontières entre les États. Il s’agit d’une « pueblada », un soulèvement populaire : vous ne trouverez donc ici qu’une infime partie de cette histoire, un regard aussi personnel que politique, un récit parmi tant d’autres, un petit bout de peuple. Celui qui a été protagoniste du « Chubutazo ».

Du fait des aléas que nous réserve la vie et les opportunités que nous offre le militantisme, en novembre 2025, je me trouvais à Amsterdam, à l’école écosocialiste de la IVe Internationale. C’était le troisième jour et la conférence portait sur l’écosocialisme. C’était mon tour de prendre la parole lors du débat en groupe sur les enjeux de la lutte socio-environnementale. Dans mon intervention, j’ai évoqué la lutte menée dans ma province, le Chubut, où la population a gagné le bras-de-fer à une puissante alliance entre l’État et les multinationales. Cela m’émeut toujours quand j’en parle, et j’en parle toujours avec fierté. 

Quand j’ai fini de prendre la parole, j’ai regardé mon téléphone. J’avais reçu un message : « Relaxé·es… Je vous envoie un gros câlin, les camarades ». Je suis restée figée et les larmes ont commencé à couler sans que je puisse les retenir. Je ne savais pas que le poids des émotions et des tensions était si lourd, jusqu’à ce que je commence à le ressentir dans tout mon corps après avoir lu ce message. J’avais besoin de partager ça, car si notre engagement nous a appris quelque chose, c’est bien de partager les bons et les mauvais moments ; c’est seulement ainsi que tout devient plus réel. Mon camarade assis à côté de moi a pu lire le message et m’a prise dans ses bras, partageant mon émotion. À la fin de la journée, ces embrassades se sont multipliées avec le groupe de Latino-Américain·es (et un Basque) qui connaissaient déjà ma situation et la lutte dans mon village.

Avec quatre camarades, nous avons fait l’objet d’une procédure judiciaire qui a duré près de cinq ans. Le gouvernement a transposé un conflit social et politique sur le terrain judiciaire, afin de tenter d’isoler les figures de proue et de fragmenter la lutte, dans le but de nous condamner pour nous être opposé·es à l’exploitation minière à grande échelle.

 

La lutte paie

En décembre 2020, les assemblées des communautés de Chubut ont présenté, pour la deuxième fois, un projet d’Initiative populaire (mécanisme de démocratie directe prévu par notre constitution pour permettre l’élaboration de projets de loi à l’initiative de la base). Le premier, présenté en 2014, avait été manipulé par les député·es, qui avaient modifié des articles sensibles, altérant ainsi l’esprit de la loi, dans le but d’autoriser l’exploitation minière à grande échelle. Un scandale de corruption particulièrement flagrant a éclaté à cette occasion : en pleine séance, l’œil avisé d’une photographe a immortalisé le moment précis où le député Muñiz recevait des instructions d’une société minière par SMS. L’entreprise rédigeait directement les articles qui devaient être modifiés. Telle était la force de la pression exercée par les multinationales et de la corruption des législateurs provinciaux. La population a pu voir clairement comment agissent ses bourreaux. Ils ont finalement adopté ce projet de loi amendé, qui était bien loin de celui présenté par la population, transformant ainsi l’Initiative Populaire en un plan de zonage minier déguisé. Les assemblées ont poursuivi la lutte en intentant des actions en justice qui, en janvier 2016, ont abouti à l’abrogation de cette « loi bidon ». 

Le deuxième projet a fait l’objet d’une mobilisation intense sur l’ensemble du territoire : plus de 40 000 signatures ont été recueillies dans une province de 600 000 habitant·es, ce qui a constitué une expression sans équivoque de la volonté populaire. L’objectif était d’interdire l’exploitation minière à grande échelle dans la province de Chubut, car bien qu’une loi provinciale interdise l’exploitation minière métallifère à ciel ouvert et l’utilisation du cyanure, elle autorise le zonage après approbation de l’assemblée législative. Le zonage est le mécanisme utilisé pour créer des zones de sacrifice ; il s’agit d’un aménagement du territoire par l’État, qui le divise en parcelles afin de réglementer l’utilisation des sols et les activités qui y sont autorisées. C’est ainsi que les multinationales et les gouvernements mettent toute leur structure au service de leurs intérêts pour acheter des faveurs et extorquer la population. De grands projets miniers sont implantés sur le plateau de notre province, où les communautés sont petites, éloignées des grandes villes, et où, depuis des années, des conditions défavorables sont créées pour les personnes qui y vivent, dans le but de dépeupler cette région et de présenter des projets d’exploitation comme les sauveurs de cette crise qu’ils ont eux-mêmes provoquée.

Le jour même où l’initiative populaire a été déposée pour être examinée par l’assemblée législative provinciale, le gouvernement de Mariano Arcioni — qui était alors gouverneur — a également présenté le projet de zonage minier. À partir de ce moment-là, les deux processus ont suivi leur cours : d’un côté, celui du peuple, de l’autre, celui du pouvoir économique.

En mai 2021, les député·es ont décidé que notre projet ne méritait même pas d’être examiné sérieusement au sein de l’assemblée et l’ont rejeté. Le sentiment de frustration de ceux et celles d’entre nous qui avions milité pour cette initiative populaire était immense : en quelques secondes, on nous avait privé·es de la possibilité de voir se concrétiser en loi la volonté du peuple, qui, à travers ce projet, clamait haut et fort que l’extractivisme n’était pas le modèle à suivre. La décision des assemblées de toute la province était prise : si l’initiative populaire était rejetée, nous irions bloquer toutes les routes.

Et c’est ce qui s’est passé. À Trelew, aux côtés des habitant·es de Puerto Madryn, de Rawson et de la basse vallée du Chubut, nous avons bloqué la route nationale n° 3 pendant trois jours. Les gens venaient nous voir, des familles entières y ont participé, et nous avons reçu des dons réguliers pour soutenir notre action. Les drapeaux en faveur de l’eau et du territoire flottaient haut dans les airs. L’ambiance était tendue, mais aussi joyeuse. Cette joie que l’on ressent quand on sait que, lorsque l’on s’en prend au peuple, celui-ci riposte, avec les modes d’action que nous avons historiquement utilisées en Argentine lorsqu’il s’agit de défendre ou de conquérir des droits : le piquete, la grève, le barrage routier, la manifestation dans la rue.

Toute la province s’est mobilisée, ce qui a donné un élan supplémentaire à chacune des actions. Au bout de trois jours, le gouvernement a lancé une opération d’évacuation disproportionnée. Cette nuit-là, une assemblée s’est tenue sur la route et quatre intermédiaires ont été désigné·es pour négocier avec les forces répressives et organiser un départ en bon ordre. Les autres devaient se placer sur le bord de la chaussée et devaient former une chaîne humaine pour protéger chaque voisin·e. Je faisais partie de ces quatre personnes mandatées.

Tout s’est déroulé exactement comme prévu. C’était une fierté de voir autant d’organisation populaire faire face à un tel dispositif répressif. Le gouvernement a mobilisé jusqu’au dernier policier de la province sur la route. Dans leurs yeux et dans leurs gestes, on voyait bien qu’ils voulaient réprimer et emmener le plus grand nombre possible de personnes arrêtées. Mais l’assemblée a répondu calmement et avec une grande organisation. Le bien-fondé de notre revendication, notre volonté de défendre l’eau et le territoire, renforçaient notre détermination.

Finalement, parmi toutes les personnes présentes ce matin-là, seules trois ont été emmenées en garde à vue, car impossible pour eux de justifier un tel dispositif policier sans procéder à une arrestation. Nous les avons accompagné·es au commissariat, comme toujours, jusqu’à ce que ces camarades soient libéré·es.

C’est à partir de cette aube du 9 mai 2021 qu’a débuté la procédure devant la justice fédérale, qui vient seulement aujourd’hui de connaître une issue favorable pour nous. Nous avons été pris·es pour cible pour avoir signé le procès-verbal d’expulsion de la route. Même si cette action nous a valu une lourde procédure judiciaire, nous estimons avoir fait ce qu’il fallait en donnant la priorité à la nécessité de préserver la sécurité de tou·tes les voisin·es. L’alternative aurait été une répression effrénée aux conséquences incalculables pour le mouvement populaire.

Il est impossible de raconter dans cet article tout ce que nous avons vécu lors de ce barrage routier. Encore aujourd’hui, lorsque nous discutons avec nos camarades et que nous nous remémorons ces jours-là, de nouvelles anecdotes refont surface. De nombreux sentiments et enseignements sont restés gravés dans la mémoire de celles et ceux qui ont participé à cette action, un tournant dans l’histoire de la lutte socio-environnementale à Chubut. Mais, en fait, ces journées ont été le prélude à un événement encore plus grand.

 

Le « chubutazo »

En Argentine, les violents soulèvements ouvrier·es et étudiant·es qui se sont multipliés à partir de 1969 ont été baptisés Azos. Il s’agissait de révoltes populaires qui ont affronté les dictatures militaires, comme le Cordobazo, le Rosariazo, le Tucumanazo, le Trelewazo de 1972 et bien d’autres. Dans notre province, le premier Chubutazo a eu lieu dans les années 1990 en réponse à la grave crise sociale et économique sous le gouvernement de Néstor Perl. À la suite de ces révoltes populaires, le gouverneur a été contraint de démissionner. Cet événement historique a créé un précédent important pour les luttes et les résistances à venir, gravant dans la mémoire collective ce qu’un peuple peut accomplir lorsqu’il se soulève.

Mariano Arcioni a exercé ses fonctions de gouverneur entre 2017 et 2023. La province traversait alors une grave crise due à ses politiques d’austérité et à une gestion qui ne servait en rien les intérêts de la population. Le climat était très tendu. On assistait à des manifestations de grande ampleur dans les secteurs de la santé et de l’éducation, ainsi que parmi les employé·es de la justice et les agent·es des services routiers. Il était courant de voir des ministères occupés, des routes bloquées, des tentes de l’unité (des campements permanents regroupant divers secteurs de la fonction publique unis dans une même action) et une présence forte et constante dans les rues, notamment de la part des fonctionnaires.

En 2019, à la suite d’une grande mobilisation dont les enseignant·es étaient les principaux acteurs, deux employées de ce secteur ont trouvé la mort dans un accident de la route alors qu’elles rentraient chez elles après avoir participé à cette mobilisation dans la capitale provinciale. La réaction populaire face à la douleur et au sentiment d’impuissance suscités par ces décès a été de mettre le feu, cette même nuit, au bâtiment de l’Assemblée législative de la province.

Le malaise grandissait, les travailleur·ses ne trouvaient pas de réponse à leurs revendications. C’est alors qu’est survenue la pandémie, et le versement échelonné des salaires a conduit à une situation inédite où le personnel de santé est resté trois mois sans être rémunéré. Tout cela dans un contexte de répression croissante et de contrôles renforcés. La présence policière s’est intensifiée dans les quartiers et lors des mobilisations, allant jusqu’à des arrestations arbitraires et des actes de torture à l’encontre de camarades du mouvement « Non à la mine ».

 

Un contexte marqué par un profond sentiment de lassitude

C’est dans ce contexte que, le mercredi 15 décembre 2021, lors d’une session extraordinaire de l’Assemblée législative de Chubut, a été adopté le projet de zonage minier qui ouvrait la voie à la destruction et au pillage de notre territoire.

Nous étions très peu nombreu·ses, à l’extérieur de l’enceinte, à suivre la séance en direct. Lorsque l’adoption du projet a été annoncée, la tristesse était totale et nous nous sommes senti·es anéanti·es. Nous nous sommes pris·es dans les bras et avons pleuré ensemble, ne sachant pas vraiment comment réagir. Nous avons commencé à relayer sur les réseaux sociaux ce qui venait de se passer et, soudain, des gens ont commencé à arriver, de plus en plus nombreu·ses. La colère était palpable, et pas seulement au niveau individuel : c’était une rage collective. D’un seul coup, l’hémicycle était bondé et cette colère a commencé à prendre forme.

En l’espace de quelques heures, des centaines de personnes hurlaient de tout leur cœur contre les fonctionnaires complices du pouvoir. L’étincelle avait jailli : c’est ainsi que commençait le deuxième Chubutazo.

La police ne savait pas trop quoi faire, la peur se lisait sur leurs visages. Iels se sont retrouvé·es acculé·es dans les escaliers ; leur objectif était d’empêcher l’accès à l’intérieur du parlement et de protéger les député·es qui venaient de nous condamner à mort, y compris la leur. Ces barrières qui visaient à nous tenir à distance ont soudainement été arrachées et nous les avons placées à l’arrière, par là où ces lâches voulaient s’enfuir. Au milieu des gaz lacrymogènes et alors que la répression commençait, iels sont simplement parti·es dans leurs 4x4 de luxe, celleux dont on se souvient encore aujourd’hui comme de la pire assemblée législative de l’histoire. Au service d’un gouvernement qui n’a fait que causer du tort et de la souffrance à notre peuple.

À partir de ce moment-là, la colère a éclaté, car ce qu’iels avaient fait était sans précédent, cela ne pouvait pas être accepté comme ça, et c’est ainsi que nous avons assisté à l’une des plus grandes manifestations de dignité et de résistance de l’histoire de Chubut. Cette première nuit, il s’est passé de tout : deux camarades ont été emmenées, arrêtées en secret au sein même de l’assemblée législative. La tension montait, la foule grossissait. Nous avons résisté à une répression qui a duré près de six heures ; cette nuit-là, personne n’a dormi.

La solidarité des habitant·es de Rawson a été incroyable : iels nous ont ouvert les portes de leurs maisons pour nous protéger de la répression et se sont occupé·es de nous avec beaucoup d’attention. Je me souviens m’être évanouie en plein milieu de la répression à cause des gaz lacrymogènes et d’une balle en caoutchouc qui m’a touchée au front. J’ai été secourue par des camarades qui, au risque d’être arrêté·es, ont décidé de ne pas m’abandonner et m’ont traînée hors de cette première ligne. J’ai été soignée chez une voisine qui nous a aidées avec tout son amour.

Jeudi, les rassemblements ont été massifs dans toute la province. À Rawson, la capitale, tout a pris feu. Le siège du gouvernement, la Cour suprême de justice, les voitures de police du commissariat, les bâtiments publics des autorités régionales : tout était en flammes.

Tout à coup, ces rues qui nous avaient vus défiler pacifiquement pendant tant d’années se sont remplies de rage et d’une volonté collective de tout détruire. La colère accumulée par tant de travailleur·ses qui traversaient une période très difficile, par tant de jeunes qui subissaient la violence policière dans leurs quartiers, a explosé lorsque la goutte d’eau a fait déborder le vase : l’audace d’adopter une loi qui nous condamnait à davantage de misère et de mort. Tout cela s’est déroulé pendant sept jours au cours d’une bataille rangée où, malgré la répression brutale, les gens n’ont cessé de rejoindre les manifestations. Nous avons formé des tranchées, avec des pierres et quelques pancartes qui nous servaient de boucliers pour résister et faire face aux balles.

Il y a eu des manifestations pacifiques auxquelles des centaines de familles ont participé en chantant et en brandissant des banderoles aux slogans pleins d’esprit, mais il y a aussi eu des moments où la colère s’est exprimée par des actions directes. Car lorsque les gouvernements recourent à la violence, le peuple réagit comme il le peut et le fait en légitime défense. Il n’y a pas d’acte plus souverain et plus digne qu’une rébellion populaire.

Le lundi 20 décembre 2021 marquait le vingtième anniversaire de cette révolte populaire qui s’est déroulée dans le contexte d’une crise politique, économique, sociale et institutionnelle entrée dans l’histoire sous le nom d’« Argentinazo ». Sous le slogan « Que se vayan todos » (« Qu’iels s’en aillent tou·tes »), le peuple argentin s’est révolté contre le gouvernement de Fernando De La Rúa, qui a été contraint de démissionner.

Au cours de ces journées de 2001, la répression policière sanglante a coûté la vie à trente-huit personnes et fait des centaines de blessé·es. Le mois de décembre nous fait toujours souffrir, mais il nous invite aussi à poursuivre sur les traces de celleux qui ont donné leur vie en luttant.

En pleine vague de protestations du « chubutazo », et alors que le souvenir de l’« argentinazo » nous brûlait encore la poitrine, une route nationale a été bloquée, celle-là même où, quelques mois auparavant, nous nous étions battu·es pour l’initiative populaire. Ce fut un blocage intense, massif et complexe. En plein milieu de l’action, des rumeurs concernant l’abrogation de la loi sur le zonage minier ont commencé à circuler. Le secteur de la pêche, représenté par son syndicat, a également appris qu’une loi préjudiciable aux travailleur·ses du secteur ne serait pas adoptée. Au bout de plusieurs heures, le barrage a été levé et nous avons quitté la route pour nous diriger vers le centre-ville de Trelew. Un rassemblement a eu lieu sur la place et un nouvel appel à la mobilisation a été lancé pour le lendemain à Rawson. Immédiatement après, le journal pro-minier de la province (Diario El Chubut) a été incendié. Complice des multinationales et au service du pouvoir, ce média avait joué un rôle central dans le lobby minier. Le peuple avait identifié ses ennemi·es et rendu justice.

Le mardi 21 décembre, sept jours après son adoption, l’assemblée législative de la province a abrogé la loi sur le zonage minier. Le peuple a triomphé. Le sentiment qui nous a envahis ce jour-là est indescriptible. Nous étions nombreu·ses, les embrassades et les larmes jaillissaient de nos corps fatigués, nous avions réussi. Différents gouvernements avaient tenté de faire adopter cette loi, Arcioni avait finalement réussi à respecter le pacte de pouvoir. Mais la fête n’a duré que sept jours. Iels n’ont pas pu vaincre le peuple.

Ce jour-là, on a fait la fête sur la place, on a dansé la cumbia. Ce fut l’un des jours les plus heureux de ma vie. Voir la préfecture en feu, puis, après cette victoire collective, voir les visages rayonnants de tant de camarades, de mon amie, de tant d’ami·es, cela est resté gravé à jamais dans ma mémoire et mon cœur.

 

La lutte continue

Nous sommes conscient·es que le capitalisme continuera à s’étendre sur nos corps et nos territoires, et qu’il s’attaquera toujours à nos biens communs. Ce qui, pour nous, est un territoire où vivent des êtres humains et des espèces non humaines représente pour eux une richesse à exploiter ; et tou·tes celles et ceux qui s’opposent à leur projet de spoliation seront persécuté·es et puni·es, à l’instar des communautés autochtones et des habitant·es qui se sont battu·es lors des journées du « Chubutazo ».

Le gouvernement actuel d’Ignacio Torres, tout en relançant des projets miniers, s’en est pris avec acharnement aux jeunes accusé·es d’avoir causé des dégâts matériels lors du « Chubutazo ». Iels étaient huit. La veille de l’annonce du verdict, l’un de ces jeunes s’est suicidé :
Lautaro Martínez. Présent, aujourd’hui et pour toujours. Merci pour ton combat courageux.

Cette affaire a été entachée d’innombrables irrégularités. Finalement, en l’absence de preuves, six voisin·es ont été condamné·es et deux d’entre eux sont aujourd’hui en prison. On se bat actuellement pour leur libération.

Cette petite victoire crée un précédent qui redonne espoir à toutes les personnes criminalisées pour s’être battues. La manière dont nous avons mené cette cause, collectivement et la tête haute, montre la voie à suivre, car c’est cette attitude qui nous a permis de rester fermes et de remporter la bataille sur le terrain de l’ennemi. Pour nous, ce non-lieu signifie la possibilité de poursuivre notre combat : la transformation en profondeur d’une société capitaliste qui nous mène dans une impasse.

Nous faisons partie de l’histoire que notre peuple écrit dans le sang et le feu. Nous étions présent·es lors des moments cruciaux de la lutte pour l’eau, nous nous sommes battu·es aux côtés de tant d’autres, nous étions les gouttes d’un même fleuve.

De la mer à la cordillère, en passant par le plateau, notre province a été le berceau de luttes cruciales pour la défense des biens communs. Le « Chubutazo » est lui aussi le fruit de toute cette histoire, et il nous incombe de poursuivre ce combat, en renforçant l’action pédagogique constante des assemblées socio-environnementales qui, pendant des années, ont sensibilisé notre peuple, ouvrant ainsi la voie à son émergence massive aux moments décisifs.

Le rapport de forces sur le terrain de la lutte socio-environnementale est souvent très défavorable. Mais grâce à la détermination populaire, à l’organisation et à la prise de conscience, nous, les peuples, pouvons gagner.

 

*Andrea Leonett est militante de Poder Popular (Argentine)