Les phases finales de la 70e édition du concours de l’Eurovision auront lieu du 12 au 16 mai, à Vienne, capitale de l’Autriche. Alors que les mobilisations pour rompre avec Israël se multiplient, la question du boycott culturel est posée à grande échelle.
La rengaine selon laquelle l’art ne serait pas politique arrive à sa phase d’essoufflement. En témoignent les nombreuses prises de position d’artistes depuis le début du génocide à Gaza. No Music For Genocide a publié une tribune signée par 1 100 artistes, parmi lesquelLEs figurent des personnalités de renom tels que Paul Weller, Paloma Faith, Massive Attack, Kneecap, ainsi que les musiciens David Holmes, Brian Eno et Peter Gabriel.
L’Eurovision n’échappe pas au double standard
Ces dernières années, le concours de chant s’est systématiquement accompagné de mobilisations pour dénoncer sa participation à la propagande de l’État colonial israélien.
L’année dernière, alors que le concours se déroulait à Malmö, plus de 20 000 personnes s’étaient rassemblées. Des candidatEs affichant leur solidarité avec la Palestine avaient été accuséEs d’antisémitisme, et l’unE d’eux avait même été renvoyéE. Alors que la candidate israélienne défilait avec le drapeau israélien sur scène, on assistait au bannissement de tout signe faisant référence à la Palestine.
L’Eurovision a pris position plusieurs fois, excluant du concours la Biélorussie en 2021 puis la Russie en 2022. Mais l’organisation n’a pas exclu Israël malgré le génocide à Gaza, la poursuite de la colonisation et des pogroms en Cisjordanie, ainsi que la destruction en cours du Sud-Liban.
Hard power / soft power
Israël compte sur l’Eurovision pour contrebalancer les images du génocide, du massacre de la farine, des prisonnierEs torturéEs, mais aussi les mobilisations internationales exigeant la justice en Palestine et des sanctions contre Israël.
En même temps qu’il impose un ordre international par la force, à grand renfort d’armements fournis par ses alliés occidentaux, Israël déploie une stratégie de séduction en instrumentalisant les universités, la culture, le sport, le tourisme, ainsi que les luttes féministes et LGBTQIA+.
En décembre 2025, le ministre israélien des Affaires étrangères, Gideon Sa’ar, avait revendiqué qu’Israël était engagé dans une
« guerre mondiale pour gagner les cœurs et les esprits et qu’il doit dépenser en conséquence », d’après le Jerusalem Post. « Nous avons réalisé une avancée majeure cette année, mais notre pays doit investir beaucoup plus (…) Il faudrait investir autant que dans des avions de chasse, des bombes et des intercepteurs de missiles. »
Il semble avoir été entendu puisque le budget de la propagande, ou hasbara, a été quadruplé en 2026, toujours d’après le Jerusalem Post.
Les sanctions arrivent, mais pas en France
Alors que le concours aura lieu pendant la commémoration de la Nakba, de nombreuses initiatives européennes s’opposent à l’impunité d’Israël. L’Espagne, l’Irlande, l’Islande, les Pays-Bas, la Slovénie et maintenant le Portugal ont d’ores et déjà annoncé se retirer du concours, mais la France, elle, refuse de céder.
Les radiodiffuseurs d’Irlande, d’Espagne et de Slovénie ne diffuseront même pas le programme et la directrice du radiodiffuseur public de la télévision slovène a annoncé remplacer l’Eurovision par « Voices of Gaza », un programme de documentaires et films palestiniens.
Le vainqueur de l’Eurovision 2024, le chanteur suisse Nemo, s’est quant à lui retiré du jury pour protester contre la participation d’Israël.
Des mobilisations sont organisées sur place, à Vienne, mais aussi devant le radiodiffuseur à Belgrade, en Serbie, ainsi qu’au Portugal. Des contre-soirées Eurovision s’organisent en France à l’appel du FRACBI, la coordination pour le boycott culturel, universitaire et sportif de l’État d’Israël.
Des ONG palestiniennes ont travaillé avec un musicien palestinien sur une contre-chanson pour l’Eurovision : Ahmed Abu Amsha’s drone song.
Eurovision : ni participation, ni diffusion, ni promotion !
Pour participer à cette vague de solidarité, il est plus que temps de boycotter totalement l’Eurovision. Face à l’effacement de la Palestine, nous avons un rôle à jouer. Diffusez le titre palestinien, organisez des contre-soirées pour mettre en lumière la Palestine, son histoire et sa culture.
Monira Moon