Publié le Dimanche 1 novembre 2026 à 09h00.

Cadres de soutien à la Palestine : bilan, perspectives et tâches

Depuis le 7 octobre 2023, l’actualité de la colonisation de la Palestine s’est brutalement imposée. En conséquence, l’activité traditionnelle de notre organisation dans le mouvement de solidarité avec la Palestine a été considérablement transformée.

 

Pour comprendre la profondeur des transformations récentes de la lutte pour la libération de la Palestine, il est incontournable de revenir sur la construction de la solidarité. En France, ces mouvements ont émergé dans les années 1960 autour de plusieurs tendances : réseaux arabes,:  « cathos de gauche » , gaullistes et extrême gauche (1). Le mouvement a depuis beaucoup évolué, attirant de nombreuses personnes racisées, notamment musulmanes. D’où vient ce militantisme et comment a-t-il évolué depuis 1960 ?

 

Un historique des mouvements de solidarité

Le soutien à la cause palestinienne a émergé bien avant la guerre des Six Jours de 1967, dans le milieu étudiant arabe à Paris, notamment dans les soutiens au panarabisme de Nasser, et bien après la Nakba de 1948. Jusqu’en 1962, le soutien était surtout acquis à la cause algérienne, puis c’est avec l’occupation de Jérusalem-Est, de la Cisjordanie et de la bande de Gaza par Israël que ce militantisme s’est élargi. En 1967, le comité de soutien au peuple palestinien, basé à Orly, rassembla des travailleurs algériens, tunisiens et marocains en France pour:  « soutenir les victimes de la guerre » . Les mots d’ordre furent principalement centrés autour de la situation des réfugiéEs palestiniennNEs.

Dans la continuité des comités Palestine, Le Mouvement des travailleurs arabes (MTA), fondé en 1972, inscrit la solidarité avec la Palestine dans une lutte plus large contre le racisme et pour les droits des travailleurs immigrés. La défense de la cause palestinienne constitue une dimension importante de son activité militante, aux côtés des luttes menées en France par les travailleurs arabes. Le MTA contribue ainsi à faire de la Palestine une question directement liée aux luttes de l’immigration et de l’antiracisme, et pas seulement une question de politique internationale. 

 

En 1968, la bataille de Karameh fut importante dans le soutien à la cause palestinienne, puis le détournement d’un avion Rome - Tel Aviv par le FPLP marqua le début de la stratégie d’internationalisation du conflit dit:  « israélo-palestinien » en France. La même année fut créée l’Association de Solidarité Franco-Arabe (ASFA), avec des gaullistes (Lucien Bitterlin et Louis Terrenoire) comme cadres, en raison de la position critique du général de Gaulle au moment de la guerre des Six Jours. L’extrême gauche fut également très active à la fin des années 1960, notamment les maoïstes comme la Gauche Prolétarienne qui créa des Comités Palestine sur la base des Comités Vietnam de Base. 

 

Dans les années 70, l’Association France Palestine Solidarité (AFPS) vit le jour, fusion de la structure de l’Association Médicale Franco-Palestinienne (AMPF), créée par un groupe de médecins proches de la Ligue communiste révolutionnaire (LCR), du Parti socialiste unifié (PSU) et du Parti communiste Français (PCF) et de l’Association France Palestine (AFP). Les cadres de l’AFP font principalement partie du PCF, comme Alain Gresh ou Geneviève Sellier, mais pas seulement, et de nombreuses autres personnalités interviennent régulièrement aux meetings. 

 la fin des années 1980, la cause palestinienne progresse notamment par l’action de l’Organisation de libération de Palestine (OLP). Les premiers jumelages entre des villes françaises (Montataire dans l’Oise) et des camps de réfugiéEs palestiniens ont lieu.

 

Les années 1990 ont été le théâtre de la Première Intifada (1987-1993) et des processus de paix, soutenus majoritairement par les associations pro-palestiniennes, alignées sur les positions de la Délégation générale de la Palestine en France, sous la direction de Leïla Shahid, peu avant la signature des accords d’Oslo de 1993. Ces accords sont soutenus par une large frange d’organisations comme des associations (AFP, AMFP, GUPS), des syndicats (CGT, SNES) ou des partis politiques (PCF, Verts). Pourtant, du côté des PalestinienNEs, cet accord divise, et le FPLP, le FDPL et le Hamas rejettent les négociations. des reproches sont formulés vis-à-vis des concessions faites par le Fatah, notamment sur le droit au retour des réfugiéEs. Les accords d’Oslo aboutissent cependant à un consensus large du mouvement de solidarité à la Palestine en France, en dépit donc, de l’opposition d’une partie de la résistance palestinienne. Le principal désaccord portait sur un point clé : la reconnaissance de l’État d’Israël. .

Les espoirs déçus d’Oslo mènent à la deuxième Intifida, mobilisation palestinienne qui s’est déroulée entre septembre 2000 et 2005, suivie de guerres coloniales sucessives d’Israël contre le peuple palestinien en 2006, 2008/2009 et 2012. La mort de Yasser Arafat en 2004 et l’arrivée au pouvoir du Hamas en 2006 rebattent les cartes. Dans ce contexte, de nombreux militants, notamment à l’AFPS et au PCF, participent à une véritable diabolisation du Hamas, réduit alors dans le débat public à sa dimension terroriste. 

 

A cette même période, plusieurs organisations ou collectifs voient le jour en France Dès le début de la deuxième Intifada, en novembre 2000, se constitue également le Collectif national pour une paix juste et durable entre Palestiniens et Israéliens. Il rassemble plusieurs dizaines d’organisations issues notamment du mouvement associatif, syndical et politique, Le collectif défend alors une perspective de paix fondée sur la reconnaissance des droits des deux peuples et organise de nombreuses manifestations, campagnes et initiatives publiques. Il constitue pendant plusieurs années un cadre important de mobilisation unitaire autour de la Palestine en France. Évoquons également la Coordination des appels pour une paix juste au Proche-Orient (Capjpo) menée par Olivia Zémor, qui est devenue Europalestine par la suite. Ce dernier mouvement était controversé en raison de la liste Europalestine aux élections européennes de 2004 (avec Dieudonné et Alain Soral), choix qui n’a été regretté que quelques années plus tard. D’autres mouvements ont vu le jour comme Génération Palestine, composé de jeunes militantEs, le Mouvement de soutien à la résistance (Msrpp) soutenant explicitement le Hamas ou la Campagne civile pour la protection du peuple palestinien (CCIPPP) organisant des missions de solidarité dans les territoires occupés. La Campagne BDS (Boycott, Désinvestissement, Sanctions), lancée en 2005 par les PalestinienNNes comme Omar Barghouti avec 170 organisations, visant à exercer une pression sur Israël, fut déployée dans le but final que les PalestinienNEs atteignent l’autodétermination. Elle a été déclinée en France à partir de 2009 avec la publication de la charte de la structure BDS France. Le réseau Samidoun de solidarité avec les prisonnierEs palestienNEs a été créé en 2011 au Canada, après une grève de la faim dans les geôles israéliennes organisée par le FPLP. D’autres organisations de solidarité comme l’UJFP ont vu leur nombre d’adhérentEs augmenter significativement. Surtout, de plus en plus de personnes racisées assignées:  « arabes » , d’Afrique du Nord, ont rejoint les cortèges.  

Enfin, une alliance qui se nomme elle-même:  « Axe de la résistance » et se présente comme anti-impérialiste est apparue dans les années 2000 après l’invasion de l’Irak par les États-Unis en 2003 et au lendemain de la Seconde Intifada. Il s’agit d’une alliance contre les États-Unis et Israël entre l’Iran, certains mouvements armés en Palestine (comme le Hamas – sunnite, même s’il a soutenu l’opposition syrienne en 2012 lors de la guerre civile syrienne – ou le Jihad islamique), au Liban (Hezbollah), en Irak ( des milices chiites), les Houthis au Yémen ou le mouvement lié à Al-Assad en Syrie. Cette alliance s’est intensifiée après 2013, avec une participation accrue du régime de Bachar al-Assad. La séquence de 2023-2024 a affaibli cet:  « Axe de la résistance » , avec la chute du régime Assad, l’assassinat de Hassan Nasrallah en septembre 2024 et surtout le génocide à Gaza.

Les débats autour de cet:  « Axe de la résistance » sont nombreux au sein du mouvement, partagé entre les alliances militaires concrètes visant notamment à ce que la résistance armée puisse se fournir en armes et la dénonciation nécessaire des régimes comme celui d’Iran sous Ali Khamenei ou de Syrie sous Bachar Al-Assad qui massacrent leur propre peuple. La Russie et la Chine ont été considérées au mieux comme des adversaires objectifs des États-Unis, au pire comme des puissances alliées. En réalité, cet:  « Axe de la résistance » a progressivement diminué son soutien (financier, logistique et militaire) au Hamas, en témoigne a priori la baisse du financement pendant cinq années pour le sanctionner d’avoir soutenu les rebelles syriens contre le régime de Bachar al-Assad. Dans un contexte colonial et impérialiste, il est nécessaire de soutenir inconditionnellement les palestinienNEs et de s’opposer à toutes les attaques impérialistes. Ceci n’empêche pas d’avoir une analyse des régimes oppresseurs et des forces réactionnaires à l'œuvre dans la région.

 

Un renouvellement depuis le 7 Octobre

La mobilisation a pris un autre tournant au lendemain du 7 Octobre et de l’opération:  « Déluge d’al-Aqsa » menée principalement par les Brigades al-Qassam, la branche armée du Hamas, mais aussi le Jihad et le FPLP. Les massacres à Gaza par l’armée d’occupation israélienne se sont transformés en génocide. En France, Urgence Palestine a vu le jour quelques semaines après le 7 Octobre, en s’organisant autour d’une centralité palestinienne, c’est-à-dire à la fois autour de PalestinienNEs réuniEs au sein du collectif Boussole Palestine et en considérant que l’organisation à pour intervention centrale et comme point de vue pour apprécier l’actualité la Palestine comme point de vue. 

Les positionnement combatifs d’Urgence Palestine ont permis de faire avancer des mots d’ordre radicaux et de dépasser les hésitations de la gauche traditionnelle : Parmis eux, il y la clarté d’UP, qui a refusé de condamner l’attaque du 7 Octobre et de céder à la pression raciste ambiante à ce sujet, qui a été intransigeante sur l’auto-détermination des peuples – excluant ainsi toute forme de sectarisme face au choix des Gazaoui·es de porter le Hamas au pouvoir — et, au fond l’indépendance par rapport aux accords d’Oslo et à l’Autorité palestinienne. Cet ensemble de positions et la légitimité de ses figures les plus connues lui ont permis de prendre des initiatives concrètes, comme les appels à manifester malgré la menace d’interdictions, et l’ouverture à une nouvelle génération militante, des sections locales jusqu’aux cadres de direction du mouvement.

En organisant des mobilisations semaine après semaine, cette organisation a permis, malgré l’interdiction des premières manifestations, de rassembler des milliers des personnes, en particulier des jeunes, des femmes, des racisé·es, en lien avec des collectifs existants plus traditionnels comme le Collectif national pour une paix juste et durable entre palestinienNes et israélienNEs, une inter-organisations créée en 2020 d’une cinquantaine d’entités composée des partis, syndicats et associations historiques. Par ailleurs, on ne peut comprendre la réussite d’Urgence Palestine sans savoir que celle-ci a été construite dès le départ en connexion forte avec des organisations comme le NPAA, le Parti des indigènes de la République, Perspectives musulmanes, la CNT, Révolution permanente (qui a lamentablement abandonné UP après avoir compris qu’elle ne pourrait pas en contrôler la direction), etc.

Urgence Palestine a progressivement construit des liens avec des organisations similaires en Europe comme le Palestine Youth Movement, créée en 1982 aux Etats-Unis, composée de jeunes de la diaspora palestinienne et plus largement arabe, et très active aux États-Unis. D’autres plateformes de la diaspora palestinienne se sont aussi construites dans le but d’accueillir les personnes qui fuient la colonisation et particulièrement le génocide en cours comme La Palestine nous rassemble créée dans les années 2010, ou d’autres organisations de jeunes de la diaspora comme Jeune Palestine.

 

L’évolution des débats dans le mouvement traditionnel

À l’échelle nationale, les organisations les plus importantes, en plus d’Urgence Palestine, sont BDS, l’AFPS ou EuroPalestine, et le Cnpjdpi (Collectif national pour une paix juste et durable entre Palestiniens et Israéliens) coordonnent les grandes organisations.. Mais celles-ci ne correspondent pas nécessairement à ce qui est nécessaire aujourd’hui face au génocide.

 

En effet, l’immense majorité des personnes mobilisées lors des manifestations entre 2023 et 2026 ne font pas partie d’une organisation. Elles répondent aux appels à manifester, participent aux mobilisations, mais sans nécessairement trouver de cadre permettant de prolonger leur engagement dans une organisation et de construire une mobilisation dans la durée.  En 2026, les mobilisations ont faibli malgré la stabilité des cadres organisationnels, et il est difficile d’identifier la pénétration des mots d’ordre et de l’analyse politique portée par les organisations pro-palestiniennes. Seule UP était taillée pour accueillir massivement des nouvelles et nouveaux, BDS a été percutée par le fait d’être une organisation au mode d’action très précis, tandis que l’AFPS n’a pas été capable d’attirer une jeunesse racisée et radicale.

L’organisation de flottilles pour Gaza est également une action permettant de mobiliser l’opinion publique internationale, comme cela a été le cas avec les initiatives de la Global Sumud Flotilla, de Thousand Madleens to Gaza, Waves of Freedom ou la Flottille de la liberté. En France, les manifestations de soutien, notamment à République, au lendemain de la séquestration de Rima Hassan et lors de son retour, accompagnées de l’occupation de la place parisienne, ont été les plus massives à la fin du printemps 2025. Pour autant, elles n’ont pas permis de relancer de la mobilisation : les flottilles envoyées en avril, qui ont été interceptées par Israël et auraient pu, en raison de la violence subie par les militant·es qui en ont fait partie, soulever l’opinion publique mais le différentiel de visibilité d’une parlementaire et la faible pénétration des logiques militantes dans les masses n’ont pas permis une politisation durable.(2) Cependant, cela a permis de maintenir les organisations traditionnelles dans une dynamique d’actions. La présence de militant·es du PCF et de LFI, en 2026, a contraint ces organisations à un minimum de préoccupation sur la question, bien que la mobilisation ait été encore plus réduite qu’en 2025.

De plus, il existe un clivage important entre les organisations historiques comme l’AFPS et le Cnpdjpi qui défendent principalement:  « une solution à deux États » sur la base des frontières de 1967 et des organisations comme Urgence Palestine, qui militent pour une Palestine libre:  « de la Mer au Jourdain » , c’est-à-dire une Palestine libérée du colonialisme, où les réfugiéEs palestinienNEs pourraient revenir sur leurs terres, sans discrimination, où on pourrait vivre quelle que soit sa religion, même si on sait, en pratique, que cela signifierait le départ de nombreux·ses sionistes qui ne pourraient pas accepter cette perspective. Cette vision est également celle du NPA-L’Anticapitaliste, qui y ajoute le caractère démocratique et laïque de l’État. UP comme le NPAA précisent cependant que c’est aux PalestinienNEs de décider, qu’on ne considère pas que la solution doit venir de l’extérieur.

Cependant, il est clair que les clivages passés ont évolué : dans de nombreuses organisations, beaucoup de militant·es considèrent que la politique d’Israël a détruit la possibilité d’une solution à deux États. Y compris dans l’AFPS, LFI ou la CGT. Nous pouvons montrer que l’échec d’Oslo est de ne pas avoir pris le problème du colonialisme sioniste à la racine et d’avoir permis à Israël de consolider ses positions en Palestine et au Moyen-Orient de manière plus générale.

Nos tâches pour le mouvement de solidarité à la Palestine sont doubles : d’une part, poursuivre la massification avec des mobilisations unitaires pour imposer un réel rapport de forces depuis la base et aussi faire front contre la répression de ces luttes de solidarité, et d’autre part, faire en sorte que des revendications comme le droit au retour des réfugiéEs ou la libération des prisonnierEs soient largement diffusées dans ces milieux et bien au-delà. Pour s’assurer que les revendications soient bien en lien avec les luttes du peuple palestinien, la centralité palestinienne, c’est-à-dire une organisation autour des revendications palestinienne, est cruciale. C’est notamment le cas à Urgence Palestine organisée autour des palestinienNEs vivant en France ou BDS autour du BNC (le comité national palestinien de BDS). 

 

Et la solidarité à la Palestine dans les cadres de masse ?

Nous devons construire des actions revendicatives, à destination de la jeunesse : actions directes de type agit-prop, manifestations, boycott, blocages… Notre tâche est de construire ces mouvements à la base,« par en bas », dans les comités ou sections locales, en y amenant notre savoir-faire militant, en se mettant à la disposition d’un point de vue logistique ou financier et en renforçant la portée de leurs actions quand c’est possible. Et en apprenant de militant·es qui militent parfois depuis bien plus longtemps que nous sur cette thématique.

Les cadres de masse, notamment syndicaux, constituent également des espaces importants de solidarité avec le peuple palestinien. Leurs revendications restent souvent centrées sur la reconnaissance d’un État palestinien et le respect du droit international, ce qui peut apparaître limité au regard de la colonisation et du morcellement des territoires palestiniens. Mais ces organisations peuvent aussi porter des positions plus offensives : la CGT dénonce la colonisation et l’occupation, revendique notamment la suspension de l’accord d’association UE-Israël et entretient des liens historiques avec la Fédération générale des syndicats palestiniens.

Ces cadres sont importants parce qu’ils permettent de faire sortir la solidarité avec la Palestine des seuls réseaux militants spécialisés et de l’inscrire dans des espaces de masse : syndicats, lieux de travail, universités et mouvements étudiants. Ils constituent ainsi des points d’appui pour élargir la mobilisation et faire de la question palestinienne un enjeu des luttes sociales et antiracistes en France.

La confédération a des liens historiques avec la Fédération générale des syndicats palestiniens.

La CGT a organisé des collectes financières de solidarité avec le peuple palestinien en lutte. Elle a aussi été partie prenante de la flottille en 2026. De nombreuses délégations ont été organisées dans les territoires occupés pour dénoncer les conditions de vie en Palestine. Des campagnes de désinvestissement et de ciblage des entreprises françaises complices de la colonisation israélienne ont été organisées, notamment avec la Plateforme des ONG françaises pour la Palestine. En 2025, une action visant le salon de l’aéronautique du Bourget a été co-organisée par Guerre à la guerre avec la CGT 93, pour dénoncer la présence d’entreprises israéliennes et d’autres entreprises complices du génocide à Gaza.

L’Union syndicale Solidaires est également très active dans la solidarité au peuple palestinien, que ce soit par l’envoi de délégations syndicales, le soutien des campagnes de boycott en lien avec BDS, la participation à des manifestations unitaires en tant que membre du Cnpjdpi ou l’organisation de collectes humanitaires.De plus, en agissant avec les organisations de solidarité avec la Palestine, les syndicats comprennent et reprennent une partie de leurs revendications. Ils ont également l’avantage de coller au niveau de conscience d’une partie des salariéEs, que ce soit en termes de compréhension de la situation ou de revendications. La campagne d’octobre 2026 contre l’armement vise à construire un mois de mobilisations en direction des entreprises et à renforcer les liens avec les syndicats et les travailleurEs.

 

Faire face à l’hostilité de l’État par un travail unitaire

Le mouvement de solidarité au peuple palestinien fait face au durcissement des politiques de l’Etat. S’il y a eu un réel dynamisme du côté de l’organisation des solidarités, elle ne peut occulter la violence de la répression et l’absence de consensus autour de la cause palestinienne.

Dès le lendemain du 7 octobre 2023, les manifestations de soutien au peuple palestinien ont été interdites en France. D'innombrables contraventions ont été abusivement adressées à plusieurs milliers de personnes lors de ces premières manifestations, notamment à Paris. Porter un keffieh a conduit à de nombreuses interpellations. De nombreuses conférences sur la Palestine ont été censurées. L’Union Juive Française pour la Paix, a subi une perquisition abusive et s’est vu fermer son compte en banque, pour avoir dit que:  « Israël est une puissance colonisatrice [...] et conforte un régime d’apartheid » . 

 

L’accusation d’apologie du terrorisme est devenue courante. Urgence Palestine a été victime de cette répression, après une menace de dissolution adressée par Bruno Retailleau fin avril 2025, échouant finalement grâce à la campagne de solidarité massive organisée par UP. D’après les chiffres du ministère de la Justice, 452 jugements et 305 condamnations ont été prononcées pour au moins une infraction de provocation et apologie du terrorisme, entre octobre 2023 et novembre 2024, soit trois fois plus de jugements qu’entre janvier et septembre 2023. De nombreuses personnalités, et un grand nombre de militantEs ont été attaquéEs pour ce motif, avec des procédures encore en cours, comme Omar Alsoumi d’Urgence Palestine (en plus d’un gel des avoirs en depuis 2025), Rima Hassan ou Mathilde Panot (affaire classée sans suite) de La France Insoumise, Anasse Kazib de Révolution Permanente, Jean-Pierre Delescaut de la CGT du Nord. Ramy Shaath, membre d’Urgence Palestine, subit également une menace d’expulsion initiée fin avril dernier de la part des autorités françaises affirmant qu’il représente une:  « menace grave pour l’ordre public » alors même qu’il n’a jamais été poursuivi ou condamné à ce titre, vivant en France depuis 2022 après avoir été accueilli en France par Macron à la suite de sa détention arbitraire en Egypte pour avoir coordonné le mouvement BDS localement.

Citons également Ali, réfugié palestinien emprisonné depuis 2024 alors qu’il est installé en France depuis 2016, soi-disant pour:  « complicité de tentatives d’assassinats en Cisjordanie en 2023 » . Cette affaire s’inscrit dans la continuité d’une répression, d’abord contre les palestinienNEs, puis ensuite contre les militantEs. L’affaire Georges Abdallah, emprisonné entre 1984 et 2025, alors qu’il était libérale dès 1993, est le cas le plus connu. 

 

La répression de la lutte pour la libération de la Palestine s’explique par le fait que la France est un centre impérialiste majeur dans le capitalisme mondial, avec une histoire coloniale anti-arabe et islamophobe particulièrement significative, et que les mobilisations pour la Palestine, des mobilisations massives des jeunes raciséEs des classes populaires déstabilise les équilibres politiques en France comme dans ses alliances avec Israël. Houda Asal, socio-historienne proche de nous, documente l’existence d’un racisme d’État anti-palestinien spécifique, visant l’effacement, la déshumanisation, et l’invisibilisation des voix palestiniennes (et alliées) dans le débat public et politique en France, et plus largement en Occident, comme support idéologique aux politiques impérialistes de la France sur la Palestine. Il est ainsi nécessaire d’articuler la solidarité à la Palestine avec la lutte antiraciste, notamment contre l’islamophobie et le racisme anti-arabe, pour une ligne claire internationaliste et antiraciste puisqu’un grand nombre de personnes subissant la répression sont des personnes racisées, principalement perçues arabes. Les accusations d’antisémitisme ont également été un support pour décrédibiliser les mobilisations de soutien à la Palestine. Elles s’appuient sur une propagande propageant l’idée qu’il y aura une montée de l’antisémitisme, alors qu'il s'agit en réalité d'un amalgame entre antisionisme et antisémitisme où tout soutient à la résistance palestinienne devient antisémite, pour décrédibiliser la gauche radicale, La lutte nécessaire contre l’antisémitisme, y compris à gauche et dans le mouvement, est instrumentalisée par un État qui souhaite assimiler antisionisme et antisémitisme (notamment par la loi dite Yadan visant en réalité à criminaliser une certaine critique antisioniste d’Israël). 

 

Dans ce contexte, une mobilisation de masse, unitaire, permet de faire face au durcissement de la répression. La mobilisation de soutien à Urgence Palestine au lendemain de sa dissolution, et notamment de la pétition (plus de 200 000 signatures, dont des centaines de personnalités en quelques semaines ) a probablement été déterminante. Il est nécessaire de faire un front unique contre la répression, au-delà des appartenances diverses et variées à gauche et à l’extrême-gauche. 

 

Articuler lutte des classes et solidarité à la Palestine

Il existe une tradition de lutte pour la Palestine dans le mouvement ouvrier mondial, car celle-ci incarne bien la toute puissance de l’impérialisme, le summum de l’injustice, son absence de scrupules dans le massacre de populations. C’est de plus un enjeu majeur dans les rapports de forces au Moyen-Orient, puisque Israël est en réalité, malgré son autonomie, le bras armé des États-Unis au Moyen-Orient, qui leur permet de contrôler la région, ses échanges commerciaux et énergétiques et les régimes en place.

En Italie, les dockers (notamment le CALP) et leurs syndicats (notamment USB), notamment à Gênes, se sont fortement mobiliséEs pour la Palestine en refusant de charger ou de décharger des armes (ou des composants destinés à l’armement) destinées à Israël. Ils ont mené des grèves et bloqué des ports. Une grève massive a été organisée le 22 septembre 2025, avec le blocage de la quasi-intégralité des grands ports italiens, 90 % des transports publics en grève, et 50 % des chemins de fer. Des dizaines de milliers de travailleursEs ont fait grève, dans les transports, les écoles, la santé, les pompiers, les médias, entre autres secteurs, pour protester contre les frappes israéliennes à l’encontre du peuple gazaoui, contre l’économie de guerre, contre le Gouvernement italien qui continue de soutenir Israël, et en solidarité avec la flottille internationale. 500 000 personnes ont manifesté dans les rues de plus d’une soixantaine de villes, selon le syndicat USB. 

Des actions dans les entreprises d’armement ou de la technologie destinée à l’armement ont été organisées, en particulier à l’initiative de Stop Arming Israël mais également de la coalition Guerre à la guerre, en lien avec Urgence Palestine ou BDS. De nombreuses entreprises ont été ciblées comme Thalès, Safran ou Dassault, souvent en lien avec les syndicats de ces entreprises. Des grèves ont été organisées, par exemple à STMicroelectronics à Grenoble pendant deux heures. Un mois d’action pour:  « bloquer la machine de guerre israélienne » a été annoncé pour octobre 2026 par l’AFPS, BDS-France, Stop Arming Israel France et Urgence Palestine. Ce type d’actions permet mener plusieurs combats de front : d’une part en solidarité avec le peuple palestinien et d’autre part pour contribuer à la lutte de classes sur le lieu de travail. L’histoire de la lutte en solidarité à la résistance du peuple vietnamien a montré qu’il était possible d’articuler internationalisme et lutte de classes. 

 

Nos priorités d’intervention pour des cadres de masse

Pour nous, la solidarité à la Palestine est une activité internationaliste, anti-impérialiste et anticoloniale : elle doit ainsi être une priorité tant elle incarne aux yeux des masses:  « une boussole politique » . La massification de ces luttes doit se faire à la fois en soutenant une centralité palestinienne, non pas par symbole mais parce que, d’une part, nous voulons contribuer à l’émergence de directions palestiniennes, auto-organisées, et, d’autre part, parce que le combat pour la Palestine ne doit pas être dissout dans une multitude de luttes, si justes soient-elles.

Pour massifier et pour lutter contre la répression, il est nécessaire d’organiser les luttes de manière unitaire, quelles que soient les divergences s’agissant des courants politiques de la gauche la plus réformiste à la gauche révolutionnaire, en passant par différentes nuances plus ou moins campistes. La solidarité à la Palestine doit être articulée avec la lutte antiraciste, puisque sa répression de ses luttes a un lien avec l’impérialisme français mais également son racisme anti-palestinien mêlant islamophobie et racisme anti-arabes dans un contexte de montée du facisme dans nos centres impérialistes.

Enfin, nous cherchons à articuler solidarité avec la Palestine et lutte des classes, en intervenant sur nos lieux de travail pour organiser concrètement la solidarité (cagnottes de soutien, flottilles…), organiser des grèves et des débrayages dans les secteurs stratégiques (armement, technologie, transport maritime…). Notamment dans le but de faire cesser toute coopération avec l’État génocidaire.

Marc Hecker :  « Un demi-siècle de militantisme pro-palestinien en France : évolution, bilan et perspectives » . Confluences Méditerranée, n° 86, 2013/3, p. 197-208.  2013

Voir à ce sujet l’émission de l’Anticapitaliste réalisée avec les témoignages de nos camarades Maceo et Laetitia - TorturéEs par Israël : Maceo et Laetitia témoignent | L’Anticapitaliste 

Adam Hanieh, Robert Knox, Rafeef Ziadah, La Palestine au coeur du capitalisme mondial, 2026

Ilan Pappé, Une brève histoire du conflit israélo-palestinien, 2026

Joseph Daher, La question palestinienne et le marxisme, 2024