Publié le Mercredi 16 septembre 2026 à 17h00.

De premières sanctions occidentales contre les colonies israéliennes

Le 8 septembre, le Royaume-Uni a interdit les importations issues des colonies israéliennes, restreint ses exportations d’armes et reconnu l’illégalité de l’occupation. Douze pays, dont la France, ont annoncé des mesures analogues.

 

L’imminence des législatives du 27 octobre en Israël est l’occasion, pour les classes dirigeantes occidentales, de répondre à l’aggravation de la situation à Gaza et en Cisjordanie, notamment après les appels d’offres lancés pour de nouvelles colonies dans le couloir E1 (voir notre article de la semaine dernière).

L’épouvantail Netanyahou

L’occasion, aussi, de se servir de Netanyahou comme d’un épouvantail et d’une explication à bon compte de la trajectoire génocidaire d’Israël. 

L’enquête publiée le 8 septembre par Haaretz, selon laquelle le président émirati Mohammed ben Zayed aurait averti Netanyahou dix jours avant le 7 octobre que le Hamas préparait une opération de grande envergure, alimente surtout les théories du complot, au détriment de la réalité de l’époque : en 2023, la classe dirigeante israélienne a les yeux rivés sur la Cisjordanie et sur le Liban, pas sur Gaza. 

Netanyahou aurait du reste répondu qu’une attaque éventuelle viendrait plutôt de Cisjordanie. Avant le 7 octobre, 2023 était déjà l’une des années les plus meurtrières dans le territoire occupé avec le redémarrage des pogroms de colons, comme à Huwara. Une nouvelle génération de militants armés palestiniens a également émergé, hors de tout cadre habituel, comme la Fosse aux lions à Naplouse. L’incompétence, l’arrogance et le racisme expliquent bien mieux l’attitude de Netanyahou qu’un ­quelconque plan concerté.

De premières sanctions occidentales

Les dernières actions coloniales israéliennes ont néanmoins poussé plusieurs pays à réagir. Devant la Chambre des communes, le secrétaire au Foreign Office Ed Miliband a annoncé qu’il refuserait désormais toutes les demandes de licences d’exportation d’armes et d’autres biens contribuant « de manière significative à l’occupation », aussi longtemps que durerait celle-ci. Il a également annoncé des sanctions contre les entreprises privées fournissant des services, y compris financiers, qui facilitent l’expansion des colonies.

Le Royaume-Uni a en outre reconnu officiellement le caractère illégal de l’occupation, en s’appuyant sur l’avis de la CIJ de 2024, et employé les termes de « nettoyage ethnique » à propos de la Cisjordanie. La riposte israélienne ne s’est pas fait attendre : Israël a exigé la fermeture du consulat britannique à Jérusalem sous un mois, Gideon Sa’ar, ministre des Affaires étrangères, accusant Londres de travailler « ­systématiquement contre l’État d’Israël ».

Des mesures à la portée limitée

Il ne s’agit pourtant que de se conformer au droit international et aux avis de la Cour internationale de justice. Pour l’Union européenne, l’exclusion des produits des colonies relève d’une clause déjà inscrite dans l’accord commercial avec Israël.

Ces mesures sont en outre largement symboliques. Il est très facile de maquiller la provenance des produits, et Israël le fait souvent. Les modalités de l’embargo britannique sur les armes restent très vagues : il exclut notamment les composants des F-35, couramment utilisés à Gaza. Et il faudra voir si les règles sont réellement appliquées : elles mettront six à neuf mois à entrer en vigueur.

Pire, le jour même où la France annonçait l’interdiction des produits des colonies, sa diplomatie communiquait sur la gouvernance à Gaza et son soutien à Abbas. Il faut toujours « équilibrer » et « symétriser ».

Des points d’appui quand même

Ces mesures n’en sont pas moins les premières véritables sanctions décidées par des États occidentaux, elles constituent donc des points d’appui. Qu’elles puissent viser des entreprises soutenant l’expansion des colonies constitue une avancée notable : il devient possible de punir les colons en sanctionnant les banques occidentales qui les financent.

Mais l’Occident reste pro-israélien. Miliband a aussitôt réaffirmé son engagement en faveur de deux États, et n’a cessé de proclamer son attachement à Israël. 

Il est possible que, devant la fuite en avant génocidaire, certains dirigeants occidentaux se disent que le meilleur moyen de sauver Israël est de le sauver de lui-même, en imposant deux États. Ou, à tout le moins, de faire mine de s’y employer, le temps de la campagne.