Publié le Vendredi 17 juillet 2026 à 09h00.

Gaza après l’annonce par le Hamas de son retrait du gouvernement

Le Hamas a annoncé la dissolution de son gouvernement d’urgence à Gaza et le transfert du pouvoir à un comité technocratique palestinien. Il s’agit d’une concession conforme aux accords signés, alors qu’Israël continue d’en violer les termes.

 

La phase 1 du « cessez-le-feu » d’octobre dernier comportait trois éléments : le retour des « otages », l’arrivée de 600 camions d’aide humanitaire par jour et le retrait progressif de l’armée israélienne.

 

Phase 1 : un cessez-le-feu à sens unique

Israël n’a respecté aucun des engagements qui lui incombaient. L’occupant n’a pas cessé de tuer des PalestinienNEs, a occupé presque 70 % de la bande de Gaza en créant une ligne « jaune » dont il est mortel de s’approcher, et l’aide humanitaire n’atteint que le tiers de ce qui était prévu.

Les engins destinés au déblaiement arrivent au compte-gouttes. Israël invoque leur possible double usage, militaire et civil, pour interdire divers matériels — pieds de tente, médicaments — et continue de détruire des infrastructures.

Israël a négocié un cessez-le-feu avec le Hamas sans jamais cesser de traquer ses membres, civils comme militaires, notamment ceux de la police. Or, après près de vingt ans d’administration de Gaza par le Hamas, nombre de ses membres occupent des fonctions civiles dans ­l’administration.

 

Le Hamas se retire du gouvernement de Gaza

Alors qu’Israël n’a jamais respecté les termes du cessez-le-feu, le passage à la phase 2 et l’annonce par le Hamas de son retrait du gouvernement de Gaza s’inscrivent malgré tout dans le cadre des accords signés. À l’issue de la phase 1, la gestion de Gaza devait en effet être transférée à un gouvernement « technocratique » composé de PalestinienNEs. Celui-ci n’a toujours pas été autorisé à entrer à Gaza. Il est censé gérer l’enclave depuis Le Caire…

Deux responsables du Hamas ont donc annoncé, devant l’hôpital Al-Aqsa, la dissolution du gouvernement d’urgence et le transfert du pouvoir au comité technocratique. Le Hamas a présenté cette décision comme une concession majeure destinée à lever l’un des principaux obstacles à la mise en œuvre de l’accord de cessez-le-feu et au lancement, longtemps reporté, de la reconstruction de Gaza.

Le Hamas a depuis longtemps cessé de vouloir se maintenir à la tête de l’administration de Gaza. Il se définit lui-même comme une organisation de lutte pour la libération de la Palestine et entend donc se concentrer sur cette lutte.

Ce retrait laisse les habitantEs de Gaza face à une difficulté : une administration reste nécessaire pour gérer l’enclave. Or, pour l’instant, les rapports de pouvoir s’organisent autour des clans, sous la menace constante de groupes armés soutenus par Israël.

Même s’ils ne sont pas dupes, les dirigeants du Hamas continuent de faire des concessions afin de mettre Israël en difficulté et de le contraindre, à son tour, à en faire. Jusqu’ici, cette stratégie n’a pas fonctionné.

 

Une stratégie à l’efficacité incertaine

Ce retrait va-t-il permettre l’application du cessez-le-feu par Israël et le début de la reconstruction de Gaza ? Tout indique le contraire. Israël ne respecte aucun traité ni aucun cessez-le-feu et modifie sans cesse les conditions pour éviter d’appliquer ce qu’il a signé. Cette méthode, déjà utilisée après Oslo face à l’Autorité palestinienne, est aujourd’hui reprise au Liban contre le Hezbollah. Les exigences changeantes restent impossibles à satisfaire, puisqu’Israël est seul à juger si elles ont été respectées.

À Gaza, le nouveau prétexte est le désarmement du Hamas. Or, il ne lui resterait que des armes légères et, éventuellement, des munitions non explosées larguées en masse par Israël sur l’enclave et susceptibles d’être transformées en pièges. Si la possession d’une kalachnikov suffit à conclure à l’existence de groupes armés, aucun désarmement n’est réellement atteignable à Gaza. Cette exigence permet ainsi à Israël de prolonger indéfiniment sa guerre.

Le retrait du Hamas ne suffit donc pas à ouvrir une nouvelle phase. Sans arrêt effectif des attaques israéliennes, retrait de l’armée d’occupation et entrée massive de l’aide, il n’y aura ni véritable cessez-le-feu ni reconstruction. Les concessions palestiniennes ne peuvent pas remplacer la contrainte politique exercée sur Israël.