Publié le Jeudi 30 novembre 2017 à 10h00.

Égypte : Attentat meurtrier

Le 24 novembre, une mosquée d’al-Rawdah, un village situé à une cinquantaine de kilomètres à l’ouest d’al-Arish, capitale de la province du Nord-Sinaï, a été la cible d’un terrible attentat : plus de 300 morts dans une explosion suivie d’une fusillade, après qu’une trentaine d’hommes masqués et armés ont encerclé le bâtiment. 

Cet attentat, le plus meurtrier qu’ait connu l’Égypte, confirme la situation sécuritaire catastrophique du pays, et l’incapacité du pouvoir central à juguler les groupes jihadistes qui se développent, notamment dans le Sinaï, depuis le putsch contre Mohammad Morsi en juillet 2013. 

La « réponse » du pouvoir militaire ne s’est pas fait attendre, avec des bombardements qui auraient fait près d’une vingtaine de victimes. La fuite en avant du dictateur Sissi se poursuit donc, confirmée par des déclarations dans lesquelles il affirme que l’armée va continuer d’avoir recours à la « force brutale ».

La stratégie ultra-répressive de Sissi est depuis longtemps dénoncée par les ONG, non seulement du point de vue des droits humains, mais aussi de son inefficacité. Human Rights Watch expliquait ainsi en octobre dernier : « La politique antiterroriste de l’Égypte, ternie par de graves abus et prétexte à étouffer toute forme de contestation pacifique, constitue probablement un terreau propice à la radicalisation. Les jeunes se retrouvent sans moyen d’exprimer pacifiquement leur opposition. (…) Les attaques violentes sont globalement en hausse. De vastes opérations militaires se sont étendues à al-Arish, la plus grande ville du gouvernorat du Nord-Sinaï. Plusieurs études montrent que les prisons égyptiennes deviennent un milieu fertile pour la radicalisation. » 

Le dernier attentat en date est une sanglante démonstration de la justesse de ces analyses, et des conséquences tragiques, pour la population, de l’escalade mortifère que se livrent la dictature et les groupes jihadistes, ses meilleurs ennemis. 

JS