Quatre ans après les accords de paix de Pretoria, la guerre reprend. Les mêmes acteurs sont présents, mais les alliances ont changé.
Les Ethiopian National Defense Forces (ENDF) du gouvernement fédéral d’Abiy Ahmed ont engagé une contre-offensive pour tenter de récupérer les territoires et les villes conquis une semaine auparavant par les forces rebelles regroupées sous la bannière de « l’Alliance pour la survie ».
Une alliance de circonstance
Les villes d’Alamata, d’Erebti et de Mékélé, capitale du Tigré, ont été reconquises par les ENDF, qui ont profité des faiblesses intrinsèques de « l’Alliance pour la survie », proclamée le 20 septembre. Celle-ci regroupe huit organisations qui étaient pourtant ennemies lors de la guerre de 2020.
À ce stade, seules trois organisations sont engagées militairement : le TPLF, basé au Tigré ; les FANO, présentes en Amhara ; et l’ARDUF, active sur le territoire afar. Les cinq autres, notamment l’OLA, une organisation importante opérant en Oromia, déclarent seulement partager la volonté de destituer Abiy. De plus, les conflits territoriaux entre les différentes communautés sont loin d’être réglés.
À l’intérieur même de la plupart de ces organisations, des dissensions existent. Si, en 2020, lors de la première guerre, le TPLF était uni, ce n’est plus le cas aujourd’hui. Les représentants de l’aile modérée ont rejoint le gouvernement fédéral, tandis que d’autres, opposés à une nouvelle guerre, ont été arrêtés. Plus grave encore, le TPLF fait face au mécontentement d’une partie de la population en raison de son incapacité à gouverner efficacement la région et, surtout, de la conscription forcée dont sont victimes des milliers de jeunes hommes.
Des affrontements ont eu lieu à Gondar entre des milices FANO au sujet de l’opportunité de rejoindre cette alliance. Même situation au sein de l’ONLF, où la faction basée à l’étranger est favorable à l’alliance, en opposition aux dirigeants présents sur le terrain.
Comme le résume un communiqué de presse de l’OLA : « Il ne s’agit pas d’un accord sur des questions politiques de fond, mais d’un consensus procédural. »
Risque d’un conflit prolongé
Alors que les ENDF avaient jusqu’ici la maîtrise du ciel grâce à une flotte de drones, parfois utilisés contre des cibles civiles — hôpitaux, écoles et même convois humanitaires —, cet avantage vient peut-être de prendre fin.
En effet, dans la nuit du 1er octobre, des attaques de drones menées par les forces rebelles ont eu lieu à Addis-Abeba, dans les quartiers de Torhailoch et de Meshalokiya, visant deux emprises militaires, dont l’état-major de l’armée éthiopienne. Si « l’Alliance pour la survie » est effectivement dotée de ce type d’armement en grand nombre, cela pourrait constituer un tournant dans le conflit.
Il en va de même de l’intervention présumée de troupes de l’armée érythréenne en soutien aux rebelles sur le territoire afar, selon les déclarations du président de cette région, partisan du gouvernement fédéral.
On pourrait alors assister à un rééquilibrage des forces militaires entre les deux camps, ouvrant la sombre perspective d’un conflit qui se prolongerait au détriment des populations.
Rappelons que la guerre de 2020 a été l’une des plus meurtrières du début du siècle, avec jusqu’à 600 000 morts selon certaines estimations. Une population prise en otage dans une guerre déclenchée par un processus de recomposition de la classe dirigeante du pays lors de l’arrivée d’Abiy au pouvoir, sur fond de nombreux conflits intercommunautaires qui n’ont jamais été véritablement réglés depuis la mise en place de la Constitution ethno-fédéraliste en 1995.