Publié le Mardi 28 février 2023 à 12h46.

Face aux invasions de l’armée israélienne et aux « pogroms » des colons, la Cisjordanie résiste

Alors que les assassinats opérés par l'armée israélienne et les opérations de terreur menées par les colons se multiplient, les Palestiniens se rallient à la résistance armée, avec des mobilisations de masse spontanées qui n'ont pas été vues depuis des décennies.

La Cisjordanie a subi une double attaque la semaine dernière. La première a été menée par l’armée israélienne lors d'une invasion militaire massive de Naplouse qui a tué 11 Palestiniens et en a blessé plus de 100. La seconde a été menée par son aile civile — des bandes de colons qui se sont déchaînées dans la nuit de dimanche à lundi en réponse à une attaque de la résistance qui a tué deux colons israéliens à Huwara, juste au sud de Naplouse.

« Ne désespérez pas et ne sombrez pas dans le chagrin »

Le raid sur Naplouse, l'un des plus sanglants de ces derniers mois, visait à assassiner des résistants recherchés des Lions de Naplouse, Muhammad Juneidi et Hussam Isleem. Les forces spéciales israéliennes les ont tués ainsi que leur camarade, Walid Dakhil, cousin de l'un des cofondateurs du groupe. Quatre autres combattants des groupes de résistance armée des environs de Naplouse ont également été tués dans les combats, ainsi que quatre passants dans la ville (trois hommes âgés et un adolescent).

Naplouse était en deuil, et les Lions ont lancé un appel demandant à la population de manifester son soutien à minuit, le 23 février :

« Ne désespérez pas et ne sombrez pas dans le chagrin, nous avons besoin de vous tous, comme vous nous y avez habitués […], pour descendre dans la rue si vous le pouvez, pour sortir sur toutes les grandes places, dans toutes les villes de Cisjordanie, de Jérusalem, de la bande [de Gaza] bien-aimée, et dans tous les camps de réfugiés de la patrie, pour entendre ceux qui jureront fidélité au sang versé. »

Tout le monde a répondu à l'appel des Lions. De Ramallah à Hébron, de Naplouse à Jénine, à Bethléem et dans ses camps, à Tulkarem et à Jéricho, les gens sont sortis par milliers à minuit, pour la manifestation d’un soutien massif et inconnu de toutes les factions politiques palestiniennes.

Ni le Fatah ni aucune autre faction n'a été capable de rassembler ce type de soutien de masse spontané depuis la première Intifada. Il est désormais évident que la légitimité politique ne vient pas des salles où se déroulent les sommet ou des accords de sécurité, mais du canon du fusil lorsqu'il est pointé vers le colonisateur.

En d'autres termes, les Lions ont stimulé l'imagination des Palestiniens d'une manière que le « leadership » politique n'a pas réussi à faire depuis des décennies. En réalité, il a depuis longtemps cessé d'essayer.

Pourtant, ce leadership reconnaît que son contrôle est de plus en plus ténu sur les cantons de Cisjordanie qu'il appelle un État, ce qui l'a poussé à participer à une réunion organisée par la Jordanie avec de hauts responsables israéliens à Aqaba le dimanche 27 février. Annoncé comme visant à « mettre fin à l'effusion de sang », selon le Fatah, le sommet d'Aqaba a été organisé dans le but express de calmer la tempête en préparation du côté de la résistance palestinienne.

« Pogrom » à Naplouse

Le même jour que le sommet, un Palestinien armé non identifié a mené une attaque contre un véhicule de colons dans la ville palestinienne de Huwara, au sud de Naplouse. Deux colons ont été tués, et avec eux le Sommet d'Aqaba, qui était en réalité mort-né.

Les Palestiniens ont considéré l'attaque comme des représailles à l'invasion de Naplouse, tout comme la fusillade de Khairi Alqam à Neve Yaacov avait été considérée comme des représailles au massacre de Jénine il y a plusieurs semaines.

Selon Reuters, l'un des colons tués à Huwara faisait partie de l'armée israélienne, et les deux colons seraient originaires de la colonie israélienne illégale de Har Bracha, située à 8 kilomètres du site où ils ont été tués. Har Bracha est l'une des nombreuses colonies israéliennes notoirement violentes de la région de Naplouse, d'où les colons israéliens lancent régulièrement des attaques contre les Palestiniens.

Et c'est précisément ce que les colons ont fait après la fusillade de dimanche à Huwara.

L'émeute des colons a été en général décrite comme un « pogrom », et ce à juste titre. Les gangs de colons enragés se sont déchaînés à Huwara et dans de nombreuses autres villes de Cisjordanie, brûlant complètement 35 maisons palestiniennes, en endommageant 40 autres et tuant un Palestinien à Zaatara, Sameh Aqtash, âgé de 37 ans.

Pendant tout ce temps, l'armée israélienne accompagnait les colons, assurant leur sécurité et leur « liberté » de lyncher et de brûler à leur guise. Les forces israéliennes ont également imposé un bouclage de la région de Naplouse, l'agence de presse Wafa signalant des bouclages aux points de contrôle de Huwara, Awarta, la route d'al-Muraba'a, Za'tara et les entrées de Beita. Lundi 27 février, Wafa a rapporté qu'un colon israélien a tenté d'écraser un groupe de journalistes qui couvraient l'actualité à Huwwara.

Le ministre des Finances d'extrême droite Bezalel Smotrich, qui est désormais en charge de l'administration civile en Cisjordanie, a liké un tweet du chef adjoint du conseil régional de Samarie qui appelait à « effacer » le village de Huwara, tandis que son ami politique et ministre de la Sécurité nationale, Itamar Ben-Gvir, s'est rendu lundi à l'avant-poste illégal des colons d'Evyatar alors qu'il était en cours d'expulsion, jurant d’« écraser nos ennemis » et déclarant que les colons sont dans un état de guerre qui « ne va pas se terminer en un jour ».

En cela, Ben-Gvir a raison. La guerre perpétuelle des sionistes contre les Palestiniens est aussi vieille que le sionisme lui-même, tout comme la résistance palestinienne.

Traduction J.S.

Source : mondoweiss.net