Le projet d’une Gaza « sans argent liquide » ne relève pas de la modernisation économique mais d’une technologie de domination. En supprimant toute autonomie monétaire, l’occupant se dote d’un levier supplémentaire pour administrer la survie et organiser l’asphyxie.
À l’abri des regards médiatiques, la première réunion du « conseil de la paix » dirigé par Donald Trump se tenait jeudi dernier à Washington, fédérant près de 40 pays autour d’une idée : accélérer la destruction des palestinienNEs et capitaliser sur ses effets.
Une des mesures annoncées pour mener à bien ce projet est la mise en place d’une « société sans argent liquide » à Gaza. Les autorités israéliennes s’acharnent depuis plusieurs mois à réduire la circulation d’argent liquide dans la bande. Elles ont désormais trouvé l’institution impérialiste qui leur permettra d’officialiser et d’achever ce processus.
Un contrôle total
La suppression de l’argent liquide permet un contrôle total sur les échanges monétaires des coloniséEs. Les autorités coloniales pourront surveiller de manière permanente l’ensemble des transactions. Les transferts financiers vers la Palestine, organisés par les organisations de solidarité, pourront donc largement être bridés, voire interdits par l’occupant.
La cryptomonnaie s’est développée à Gaza depuis le début du génocide, en permettant d’un côté d’accroître les profits des capitalistes financiers et de l’autre d’asservir une population qui y a difficilement accès du fait de sa faible solvabilité et des coupures d’électricité récurrentes. Parallèlement, l’occupant pouvait geler les portefeuilles numériques des GazaouiEs, une pratique impossible avec la monnaie liquide.
Une cyberarchitecture coloniale
La sélection arbitraire, à distance, de celles et ceux à qui l’on doit couper les ressources monétaires pour faciliter leur agonie permet de poursuivre le génocide colonial à l’abri des dénonciations internationales. Cette décision permettra d’accroître les profits des géants du secteur bancaire et financier avec qui les autorités sionistes pourront continuer de collaborer.
Cette cyberarchitecture coloniale sera organisée par l’entrepreneur israélien Liran Tancman, qui avait déjà fait ses preuves dans la persécution des palestinienNEs en élaborant le système de surveillance biométrique de la Gaza Humanitarian Foundation — qui avait débouché sur plusieurs dizaines d’assassinats. La modernisation du dispositif colonial et génocidaire s’établit désormais dans le contrôle des finances et des consommations.
Parallèlement, les discussions autour d’un « Nouveau Rafah » entérinant l’idée de Kushner de ne reconstruire qu’une partie résiduelle de la bande ont de nouveau émergé. Nous savions pertinemment que le plan trumpiste avait pour unique objectif de capitaliser sur Gaza sans aucunement reconstruire le territoire ; ce qui est effarant, c’est sa capacité à l’assumer sans être dénoncé par quelque gouvernement que ce soit.
Sara Laska